PHILIPPE DESMAZES / AFP

L’ex-prêtre Preynat assure avoir été lui-même abusé et pointe le silence de l’Église

Lors de son procès, l’ancien prêtre accusé d’agressions sexuelles sur mineurs a enchaîné les révélations sur sa hiérarchie.

Le procès très attendu de l’ancien prêtre Bernard Preynat, jugé pour abus sexuels sur mineurs, se déroule au rythme des révélations de l’accusé. Bernard Preynat a ainsi raconté dans le détail avoir été abusé par un sacristain, un moniteur de colonie devenu prêtre puis des enseignants au séminaire. L’un d’eux avait ainsi "la manie de (lui) laver le sexe avec un gant de toilette" ou un mouchoir. "On n’est pas obligé de me croire", a répondu l’ex-prêtre, face à des avocats sceptiques.

"Je n’ai pas été le seul, il y a beaucoup d’autres enfants qui ont été ses victimes, on le savait mais on n’en parlait pas", affirme le prévenu. D’autres gestes qu’il dit avoir subis ressemblent beaucoup à ceux qu’on lui reproche. "C’était dans la sacristie, j’avais une dizaine d’années, quand les enfants de chœur se préparaient, le sacristain est venu, il m’a appuyé sur le sexe en disant : 'Qu’est-ce qu’il y a là ?'", relate-t-il.

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"Vous ne faites pas de lien ? […] Force est de constater que vous reproduisez exactement les mêmes gestes", lui demande alors la présidente. "Non, je ne fais pas de lien", répond Preynat. "On peut avoir des doutes sur la réalité de tout ça", a lancé Me Yves Sauvayre, l’avocat d’une des victimes de Preynat, après ce récit.

"C’est exactement ce que je pensais, c’est pour ça que je ne voulais pas en parler, je pensais que ça ne serait pas bon", enchaîne Preynat."Mais je n’ai pas inventé ces agressions pour m’excuser devant le tribunal", ajoute le prévenu tandis qu’une autre avocate se montre sceptique. Depuis le début du procès, Bernard Preynat assume presque tout… et révèle le silence de sa hiérarchie.

Une véritable culture du silence

De l’autre côté de la barre, dix victimes – dont les cas n’ont pas été prescrits –, sont face à l’ancien curé, qui affirme que sa hiérarchie savait. Il raconte même avoir suivi une thérapie en 1967 : "Je pensais que j’étais guéri mais j’ai recommencé quelques mois plus tard", raconte l’accusé.

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"Je n’ai jamais été interrogé sur les détails. Jamais. La première fois que j’ai parlé précisément de ce que j’avais fait, c’était devant les policiers en 2015, raconte le prévenu. Quand le cardinal Decourtray m’a convoqué en 1991, j’ai commencé par lui dire que c’était une longue histoire. Là, il a fait un geste du bras pour exprimer qu’il n’avait pas envie d’en entendre plus. Il m’a fait promettre de ne jamais recommencer et m’a dit : 'Bernard, je vous fais confiance'", explique Bernard Preynat, comme le rapporte le journal 20 minutes.

Des faits connus de tous, et que les victimes ont dû une nouvelle fois expliquer devant le tribunal : anciens membres des scouts à la paroisse Saint-Luc à côté de Lyon, ils ont raconté comment le prêtre les avait isolés et agressés sexuellement. Bernard Preynat a même reconnu deux cas de viols, aujourd’hui prescrits. Le procès de l’ex-prêtre accusé d’agressions sexuelles sur mineurs devrait durer jusqu’à la fin de la semaine.

Konbini news avec l’AFP

Par Pauline Ferrari, publié le 16/01/2020

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