Les femmes dirigeantes plus efficaces face à la crise du Covid-19 ?

L’efficacité face à l'épidémie, une question de genre ? Le problème est plus complexe que cela.

Nouvelle-Zélande, Allemagne, Taïwan… ces pays font preuve d’exemplarité dans leur réponse face au coronavirus. Il suffit de se référer au faible nombre de morts ou aux mesures de déconfinement qui y sont prises pour le constater. Leur point commun ? Ils sont tous dirigés par des femmes. Un constat qu’avance un article du magazine Forbes.

Mais gare aux conclusions hâtives : pour Céline Morin, maître de conférences en Sciences de l’information et de la communication, le piège serait "d’homogénéiser des dirigeantes et des pays très différents". Le fait d’être une femme ne garantit, en rien, une éthique et une politique responsable, rappelle-t-elle en évoquant le cas d’Angela Merkel qui a défendu des politiques européennes d’austérité à l’égard des pays du sud.

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"Un pays attentif à sa santé publique sera, en tendance, plus ouvert sur les politiques de féminisation du pouvoir"

Le fait que ces pays aient permis une féminisation du pouvoir témoigne de leur position progressiste sur bien des plans, qui sont ici décisifs dans la gestion de la crise. Il est notamment question de la santé, domaine probablement privilégié financièrement, en raison de l’avance de ces pays sur les questions sociales. "Un pays attentif à sa santé publique sera, en tendance, plus ouvert sur les politiques de féminisation du pouvoir."

Arwa Mahdawi, chroniqueuse pour le Guardian, a apporté une autre piste de réflexion concernant, cette fois-ci, le phénomène de surqualification qui touche ces femmes. Les dirigeantes en question ont dû redoubler d’effort quant à leurs homologues masculins afin d’accéder au même type de poste. "Les femmes doivent généralement être meilleures pour devenir des dirigeantes." Naturellement, elles font preuve davantage de vigilance et d’efficacité car les attentes à leur égard n’équivalent pas celles émises à l’égard des hommes.

Et la masculinité dans tout ça ?

La mauvaise réponse, face à la pandémie, de leaders populistes tels que Donald Trump ou Jair Bolsonaro serait en revanche l’une des conséquences désastreuses de la masculinité. Selon Céline Morin, la "performance viriliste" de ces dirigeants est une "stratégie de positionnement et de communication" qui constitue un "vrai choix politique aux conséquences terribles sur la gestion de la pandémie".

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Arwa Mahdawi souligne que ces femmes se sont davantage référées à l’expertise de scientifiques, tandis que l’ego a, lui, primé auprès de certains politiciens. Fin mars, dans une allocution teintée d’héroïsme, le président brésilien affirme qu’il ne ressentirait "presque rien" s’il devait être contaminé, en raison de son "passé de sportif".

Faut-il chercher la réponse dans le rapport qu’entretiennent les hommes avec les questions de santé ? Dans une étude réalisée en 2007 par une association américaine de médecins (American Academy of Family Physicians AAFP), plus de la moitié des hommes reconnaissent ne pas avoir consulté au cours des douze derniers mois. Pour Chloe Della Costa, écrivaine, ces données pourraient être reliées au "mythe culturel selon lequel chercher une aide médicale pour un homme est, en quelque sorte, un signe de faiblesse". Un point de vue qui permettrait d’expliquer le manque de réactivité et de considération de la part de certains dirigeants, face à la gravité du virus.

Il n’est pas question de jeter la pierre à tout homme dirigeant. Céline Morin fait d’ailleurs mention de contre-exemple, à l’instar de la Corée du Sud, dirigé par Moon Jae-in et qui témoigne d’une efficacité confirmée dans la gestion de la pandémie.

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Article écrit par Thibault Hadziavdic

Par Konbini News, publié le 17/04/2020