AccueilSociété

Les enseignants appréhendent une rentrée complexe sous le signe du Covid-19

Publié le

par Pauline Ferrari

© Philippe Lopez/AFP

Instituteurs et professeurs s’attendent à une année difficile, à quelques semaines de la rentrée des classes.

"Il faudra faire preuve d’esprit d’adaptation" : les enseignants s’attendent à des conditions de travail complexes et leurs syndicats s’interrogent sur l’efficacité du protocole sanitaire face au variant Delta, à l’aube d’une nouvelle rentrée sous le signe du Covid. "On a eu deux années d’enseignement dégradées et on s’embarque peut-être vers une troisième", anticipe Emmanuel Mathiot, professeur d’histoire-géo dans un lycée à Strasbourg, à l’approche du retour des élèves en classe le 2 septembre.

Le système "hybride", avec cours en présentiel pour une partie de la classe et à distance pour l’autre, a notamment été "compliqué à gérer", ajoute l’enseignant. Ce dispositif pourra faire son retour dans les collèges et lycées si la situation sanitaire se dégrade. Pour l’heure, le gouvernement a retenu pour cette rentrée un protocole prévoyant des cours en présentiel et le port du masque en intérieur pour tous.

"J’ai préparé mes séquences tout en me disant qu’il faudra certainement m’adapter aux circonstances, on voit bien que le nouveau variant fait beaucoup de victimes et touche les jeunes", observe Françoise Cahen, professeure de français dans un lycée d’Alfortville (Val-de-Marne). "Il faudra faire preuve d’esprit d’adaptation, mais c’est quelque chose qu’on sait mieux faire après ces deux années", ajoute-t-elle.

Dans les collèges et lycées, seuls les cas contacts non vaccinés devront s’isoler lorsqu’un cas de Covid sera détecté, tandis que dans les écoles primaires, toute la classe devra fermer. Autour de 55 % des 12-17 ans en France ont déjà reçu au moins une dose de vaccin contre le Covid-19 depuis cet été.

Sylvain Caberty, professeur de sciences de la vie et de la Terre (SVT) dans un collège à Tours, est "impatient" de retrouver ses élèves pour mener de nouveaux projets, bien qu’il s’attende à des "difficultés organisationnelles". "On ne pourra pas à la fois faire cours pour les présents et une visio pour les élèves isolés, la mise à l’écart de certains risque d’être catastrophique, on va encore perdre les élèves en difficultés", déplore ce membre de l’Association des professeurs de biologie et géologie (APBG).

Le sanitaire d’abord

"On s’attend à une rentrée compliquée, perturbée, on sent bien que le sanitaire va l’emporter sur le reste dans un premier temps", relève Bruno Bobkiewicz, proviseur de la cité scolaire Berlioz à Vincennes et secrétaire général du principal syndicat des chefs d’établissement (SNPDEN). "On espère pouvoir évacuer cette question rapidement pour se consacrer aux projets pédagogiques", ajoute-t-il.

Nouveauté en cette rentrée : collèges et lycées vont contribuer à la campagne de vaccination, ouverte aux plus de 12 ans. Le gouvernement prévoit d’envoyer des "équipes mobiles" dans certains établissements et d’acheminer des groupes d’élèves volontaires vers les centres de vaccination. "Organiser le transport, nous savons le faire, nous le faisons pour les sorties scolaires", commente Patrice Pertin, proviseur de la cité scolaire Delambre-Montaigne d’Amiens. "Cela va perturber les cours, c’est sûr, mais il faut en passer par là pour être plus tranquille après."

Pour les écoles maternelles et primaires, qui accueillent des enfants de moins de 12 ans, l’inquiétude reste toutefois très forte. "Il faut reprendre avec des règles strictes", estime Guislaine David, secrétaire générale du SNUipp-FSU, premier syndicat du primaire. Elle déplore que le protocole retenu pour la rentrée soit "plus léger" que celui de juin, "alors que le taux d’incidence est plus élevé chez les élèves à cause du variant Delta".

Une trentaine de médecins, chercheurs et enseignants ont plaidé récemment dans une tribune pour une "action ferme" pour la rentrée dans les écoles, en demandant notamment une politique de tests "plus fréquents, plus effectifs pour dépister très tôt les cas". L’école est "la situation la plus complexe qui nous attend pour l’automne", a aussi averti lundi l’épidémiologiste Arnaud Fontanet. Face au variant Delta, plus contagieux, "on ne peut pas appliquer les mêmes recettes que celles qu’on a utilisées jusqu’à présent".

En Guadeloupe, la rectrice et le préfet rejoignent les élus pour demander le report de la rentrée

La rectrice et le préfet de Guadeloupe ont rejoint les élus de l’île, qui connaît une quatrième vague sévère de Covid-19, pour demander au gouvernement un report de la rentrée scolaire qui doit se tenir début septembre. "Ensemble, avec les élus", le préfet Alexandre Rochatte et la rectrice d’académie Christine Gangloff-Ziegler "s’entendent pour relayer auprès du gouvernement le report de la rentrée scolaire compte tenu du contexte sanitaire actuel", ont-ils indiqué dans un communiqué commun lundi soir.

"Au vu de la gravité de la situation sanitaire actuelle, le préfet et la rectrice ont également exprimé leur préoccupation et leur attachement à œuvrer pour que toutes les garanties sanitaires et éducatives soient réunies pour le retour des élèves à l’école", ajoute le texte.

Les présidents du conseil régional Ary Chalus, du conseil départemental Guy Losbar et de l’Association des maires Jocelyn Sapotille avaient souligné samedi "que le contexte sanitaire actuel ne permettait pas la tenue de la rentrée scolaire aux dates initialement envisagées par les services de l’État", la première semaine de septembre.

Lundi, on comptait 1 610 personnes supplémentaires testées positives au Covid-19 depuis vendredi et un taux d’incidence de 1 536,3 pour 100 000 habitants. Quelque 20 % des Guadeloupéens sont entièrement vaccinés.

Konbini news avec AFP

À voir aussi sur news :