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C’est quoi au juste la castration chimique ?

En réaction au meurtre de la jeune Angélique, Laurent Wauquiez, le président des Républicains, voudrait rendre la castration chimique obligatoire pour les violeurs. Mais est-ce vraiment possible ?

(© U.S. Air Force photo/Airman 1st Class Matthew Lotz/CC)

La question de la castration chimique revient régulièrement dans le débat sur la sanction des délinquants sexuels. Après le viol et l’assassinat de la jeune Angélique (âgée de 13 ans), le 25 avril dernier, Laurent Wauquiez a été le premier à la remettre sur la table.

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Dans une interview accordée au journal 20 Minutes, le mercredi 2 mai, le président du parti Les Républicains (LR) a déclaré : "Il faut rendre la castration chimique obligatoire pour les violeurs." Les députés LR s’apprêteraient même à déposer une proposition de loi pour imposer la castration chimique aux violeurs, afin de lutter contre la récidive.

Mais que dit actuellement la législation française ? Et en quoi consiste exactement la castration chimique ?

La castration chimique est un traitement hormonal dont le but est de réduire les fonctions érectiles d’un homme. En France, elle peut être prescrite par un psychiatre en complément d’une thérapie. "Il faut que la personne soit consentante et que cela soit accompagné d’un suivi psychologique", explique la psychiatre Gabrielle Arena, spécialiste des auteurs de violences sexuelles.

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La mise en place de ces traitements est lourde. Que cela soit par voie orale (sous forme médicamenteuse) ou par injection, une telle médication implique un bilan hépatique complet. "Le corps entier change : ça joue sur la spermatogenèse, la masse musculaire et les os", détaille Gabrielle Arena.

(© Doruk Salancı/Wikimedia/CC)

Le traitement permet également de réduire la libido. "Souvent, ce sont des patients très envahis par leurs fantasmes qui le demandent, ça les tranquillise. Certains patients sont effrayés de ce qu’ils pourraient faire, que ça recommence", explique Gabrielle Arena, qui a déjà eu des patients soumis à ce traitement.

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Toutefois, et contrairement à ce que l’on pourrait croire, ce processus est réversible. D’où la controverse autour du terme "castration", qui laisse penser que ce serait définitif. En réalité, "à l’arrêt du traitement, le sujet va récupérer ses fonctions", précise la psychiatre.

Peut-on rendre la castration chimique obligatoire ?

En Europe, la castration chimique est utilisée pour lutter contre la récidive dans de nombreux pays, comme l’Allemagne, le Danemark, la Belgique ou encore la Pologne. Dans les faits, c’est très rare qu’elle soit imposée par la justice. L’accusé a ainsi souvent le choix entre le traitement et une peine de prison plus longue.

La Californie est le premier État américain à avoir utilisé la castration chimique comme punition pour des délinquants sexuels. Une loi de 1996 dispose que si les juges rendent un verdict de culpabilité pour un viol de mineur de moins 13 ans, le coupable peut être traité s’il est en liberté conditionnelle et si c’est son deuxième délit sexuel. Les contrevenants sont obligés d’accepter le traitement de castration chimique.

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En France, ce n’est pas la première fois qu’une proposition de loi voudrait rendre la castration chimique obligatoire en cas de récidive. En novembre 2009, l’Assemblée nationale avait adopté un amendement qui aurait permis aux juges d’imposer cette mesure, mais le Sénat l’a retiré, laissant aux médecins le soin d’apprécier son opportunité en fonction du patient. De plus, imposer un traitement à un patient irait à l’encontre du Code de déontologie des médecins.

Pour la docteure Gabrielle Arena, imposer la castration chimique à un délinquant sexuel par une décision de justice est une hérésie : "Si les magistrats se mettent à prescrire, c’est effrayant. Imaginez que les juges commencent à faire des ordonnances !" D’autant qu’il n’y a pas de recette miracle. La castration chimique n’a de sens que dans certains cas. "C’est comme pour un cancer : la chimiothérapie va fonctionner sur un patient et pas un autre", résume la spécialiste.

De plus, la lourdeur du traitement ne permet pas de systématiser une telle pratique. Pour les personnes âgées ou les mineurs, il serait même dangereux. Dans les faits, la potentielle proposition de loi du groupe LR a donc peu de chances d’aboutir. En revanche, elle a fait couler beaucoup d’encre, ce qui était certainement aussi le but de la manœuvre ?

Par Clothilde Bru, publié le 03/05/2018

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