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Le navire humanitaire Ocean Viking immobilisé par les autorités italiennes

Publié le

par Lila Blumberg

© Giovanni ISOLINO / AFP

Pour SOS Méditerranée, ce sont de nombreuses vies qui ne pourront pas être sauvées.

Depuis le 22 juillet et après une inspection par des gardes-côtes, l’Ocean Viking est détenu par les autorités italiennes dans le port de Porto Empedocle en Sicile. L’ONG SOS Méditerranée demande sa libération et espère pouvoir reprendre sa mission de sauvetage en mer dans les meilleurs délais.

Un "harcèlement administratif systématique"

Lors de cette inspection, les gardes-côtes italiens ont constaté "plusieurs irrégularités techniques et opérationnelles" qui seraient "de nature à compromettre non seulement la sécurité du navire et de l’équipage mais aussi des personnes qui ont été et qui pourraient être récupérées à bord" ainsi que des "violations de la réglementation visant à protéger le milieu marin".

Dans un communiqué, SOS Méditerranée dénonce un "harcèlement administratif systématique" et affirme que la détention du navire qu’elle affrète est justifiée par les autorités au motif qu’il "a transporté plus de personnes que le nombre autorisé par le certificat de sécurité pour navire de charge".

L’ONG, qui demande la libération de l’Ocean Viking qu’elle exploite depuis plus d’un an, est sceptique face à cet argument. "Nous ne comprenons pas pourquoi des remarques mettant en cause la sécurité du navire sont faites maintenant, alors que rien de tel n’a été notifié à ce sujet au cours de quatre inspections, dont deux récentes, effectuées par la même garde-côte italienne, et qu’il n’y a eu aucun changement dans les règlements de sécurité sur ce qui est aujourd’hui mis en cause."

Le directeur des opérations de SOS Méditerranée, Frédéric Penard, souligne que les autorités italiennes ont, au cours des trois derniers mois, justifié la détention de "quatre navires d’ONG menant des opérations de recherche et de sauvetage en Méditerranée centrale" avec ce même argument sur la sécurité. Il s’interroge : "Pourquoi la sécurité n’a pas davantage préoccupé les autorités maritimes alors que, au début du mois, l’Ocean Viking a dû attendre 11 jours pour qu’un port sûr lui soit assigné et qu’un état d’urgence a dû être déclaré à bord ?"

De nombreuses vies ne pourront être sauvées

Dans son communiqué, SOS Méditerranée insiste sur le fait que l’acharnement des autorités italiennes, "dont le seul but est d’empêcher [les] activités de sauvetage", participe à un véritable drame humain.

"Il n’y a actuellement que très peu de navires de sauvetage en capacité de mener des opérations de recherche et de sauvetage en Méditerranée centrale." Mais, chaque jour, des personnes fuient "la Libye, surtout l’été lorsque les conditions météorologiques le permettent, et des embarcations se retrouvent en détresse […]". L’ONG précise que "des corps flottant au milieu de la mer ont été repérés". Elle rappelle par ailleurs que tout capitaine d’un navire a une obligation de porter assistance aux personnes en détresse en mer.

Lorsque l’Ocean Viking transporte, lors d’une mission de sauvetage, plus de personnes que le nombre autorisé, ces dernières ne doivent pas être considérées comme des "passagers" mais comme des "rescapés". SOS Méditerranée précise en effet que "les règlements maritimes internationaux […] établissent que les naufragés qui se trouvent à bord, conformément à l’obligation du capitaine de porter assistance, ne doivent pas être comptabilisés dans la vérification de la conformité du navire [aux normes relatives à la sécurité, la sûreté et l’exploitation des navires]".

L’ONG dénonce "une interprétation disproportionnée du cadre juridique maritime" et un "grave mépris pour la situation des multiples embarcations impropres à la navigation" qu’elle a dû secourir. Une pétition pour demander la libération de l’Ocean Viking et ainsi éviter à de trop nombreux naufragés de périr en Méditerranée a été lancée ici.

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