Le moratoire sur la hausse de la taxe des carburants accueilli froidement par les "gilets jaunes"

Le dicton affirme pourtant "mieux vaut tard que jamais".

À Paris, le 1er décembre. (© AFP)

Le Premier ministre va annoncer un moratoire sur la hausse des taxes sur les carburants, a appris l’AFP mardi 4 décembre de sources gouvernementales, un geste réclamé de toutes parts pour tenter de sortir de la crise des "gilets jaunes" mais déjà qualifié d’insuffisant.

Édouard Philippe va annoncer cette mesure d’apaisement, décidée lundi soir à l’Élysée lors d’une réunion de crise présidée par Emmanuel Macron, mardi matin devant le groupe En marche à l’Assemblée, a précisé une source gouvernementale à l’AFP.

Cette suspension de plusieurs mois doit être assortie d’autres mesures d’apaisement, selon ces sources. Édouard Philippe doit également s’exprimer mardi lors de la séance de questions au gouvernement, avant un débat mercredi à l’Assemblée et jeudi au Sénat.

Matignon a par ailleurs confirmé l’annulation de la réunion avec des "gilets jaunes" prévue mardi après-midi, après avoir entendu la veille de nombreux responsables politiques lui demander un moratoire sur la hausse des taxes.

Le nouveau délégué général de La République en marche Stanislas Guerini a estimé qu’un tel moratoire sur la hausse des taxes serait "sain" et qu’il fallait "apaiser le pays", encore sous le choc des graves violences samedi dernier, notamment à Paris.

Mais, en attendant l’annonce des autres mesures, l’opposition et des représentants des "gilets jaunes" ont qualifié d’insuffisant et bien tardif ce moratoire.

Benjamin Cauchy, une des figures du mouvement a salué une "première étape". Mais "les Français ne veulent pas des miettes, ils veulent la baguette au complet", a-t-il déclaré à l’AFP en réclamant des "états généraux de la fiscalité", "une nouvelle répartition des richesses en France" et l’instauration de "référendums réguliers sur les grands enjeux sociétaux".

Le moratoire est "une cacahuète", a estimé pour sa part Laetitia Dewall, porte-parole des "gilets jaunes" du Val-d’Oise.

L’opposition enfonce le clou

"Les Français demandent une annulation", a jugé le chef de file des sénateurs LR Bruno Retailleau. "Un moratoire n’est qu’un report. Ça n’est évidemment pas à la hauteur des attentes et de la précarité dans laquelle se débattent les Français", a ajouté la présidente du RN Marine Le Pen.

"Mieux vaut tard que jamais", mais il faut aussi un coup de pouce au Smic, a réagi Ségolène Royal, ancienne ministre socialiste de l’Écologie. La députée LFI Clémentine Autain a estimé que "changer de République est une urgence démocratique".

Face à l’urgence de la situation, une réunion au sommet s’est tenue lundi soir à l’Élysée autour d’Emmanuel Macron, qui a reporté sa visite officielle en Serbie prévue mercredi, Édouard Philippe et une dizaine de ministres.

Auparavant, le Premier ministre avait reçu les chefs des formations politiques représentées au Parlement. À l’exception d’Europe Écologie-Les Verts et de Génération Écologie, toutes les formations d’opposition avaient plaidé pour un "moratoire" dans la hausse prévue le 1er janvier des taxes sur le carburant, mot d’ordre initial du mouvement des "gilets jaunes" dont la dernière manifestation samedi a donné lieu à de nombreuses scènes de guérilla urbaine.

À droite, Laurent Wauquiez avait de nouveau plaidé pour un référendum, Marine Le Pen et la France insoumise avaient évoqué une dissolution de l’Assemblée, et le PS avait brandi une proposition de loi de "sortie de crise" avec des mesures en faveur du pouvoir d’achat.

Konbini news avec AFP

Par Clothilde Bru, publié le 04/12/2018