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Le féminisme, "une grande cause dévoyée quand il est excessif" pour Éric Dupond-Moretti

Publié le

par Astrid Van Laer

Eric Dupond-Moretti le 17 juillet 2020. © Ludovic Marin / AFP

"Je vous le dis, sans avoir à rougir : je suis féministe", a également affirmé le ministre de la Justice.

Sa nomination avait beaucoup fait parler, en raison de prises de parole antérieures au sujet du féminisme et de la libération de la parole des femmes : le nouveau garde des Sceaux était invité de France 2 hier soir. Éric Dupond-Moretti s’est donc défendu en déclarant : "on est allés sortir deux ou trois phrases de leur contexte, on s’est bien gardé de reprendre ce que j’avais dit ou écrit."

Il fait là notamment référence au moment où, alors avocat, il s’était opposé à l’outrage sexiste et avait évoqué certaines femmes qui "regrettent de ne plus être sifflées". Ou lorsqu’il avait, au sujet du mouvement #MeToo, déclaré à GQ : "le mouvement #MeToo a permis de libérer la parole et c’est très bien. Mais il y a aussi des 'follasses' qui racontent des conneries et engagent l’honneur d’un mec qui ne peut pas se défendre car il est déjà crucifié sur les réseaux sociaux". Mais aussi : "l’emprise, ça existe. Mais il y a aussi des femmes que le pouvoir fait bander."

Des prises de parole qui ont vivement fait réagir, notamment en comparaison aux affirmations d’Emmanuel Macron selon lesquelles l’égalité entre les femmes et les hommes serait "la grande cause du quinquennat". Pour Éric Dupond-Moretti, "le féminisme, c’est une très grande cause, mais il est dévoyé quand il est excessif".

Et le nouveau ministre de poursuivre : "alors voilà ce que j’ai dit […] : d’abord, que j’étais pour une égalité absolue des droits des hommes et des droits des femmes, notamment sur le domaine salarial. Et sur cette question, je suis féministe et je vous le dis, sans avoir à rougir, je suis féministe."

Puis de déclarer : "j’ai dit que #MeToo avait libéré la parole de la femme et que c’était un bien. J’ai dit aussi qu’il fallait absolument, et je l’ai écrit, permettre aux femmes les plus timorées de dire les choses. J’ai dit qu’il fallait condamner, j’ai dû dire 'les salauds' à l’époque, les salauds qui se tenaient mal avec les femmes", avant d’ajouter :

"Mais pour autant, j’ai ajouté que la justice ne se rendait pas sur les réseaux sociaux, que la Toile ne pouvait pas être le réceptacle de ces plaintes, que la justice devait intervenir. Et j’ai dit aussi qu’il était arrivé que des hommes soient accusés à tort.

J’ai vu dans un procès qui avait défrayé la chronique que des féministes excessives racontaient qu’il fallait instaurer une distance physique de sécurité entre les hommes et les femmes."

"Moi, je ne veux pas vivre la moralisation comme on la connaît aux États-Unis. Je veux qu’un homme puisse prendre un ascenseur avec une femme, et la guerre des sexes, franchement, je trouve qu’elle est inutile.", a-t-il conclu.

"Moi, je ne connais pas le dossier de M. Gérald Darmanin. Je dis qu’il est présumé innocent"

Concernant la question de la nomination de Gérald Darmanin au ministère de l’Intérieur alors qu’il est visé par une accusation de viol, celui qui s’est dit "ministre solidaire du gouvernement évidemment" a également réagi. Interrogé sur l’éventuel traitement de ce dossier si l’enquête arrivait sur son bureau, Éric Dupond-Moretti a rétorqué : "c’est de l’ordre de la fantasmagorie", ajoutant :

"Il est normal que le garde des Sceaux, c’est son pouvoir propre, c’est aussi sa mission, recueille un certain nombre d’éléments qui concernent l’État, son fonctionnement et les dossiers sensibles. Ensuite, il a interdiction de donner des ordres, d’intervenir."

Et d’ajouter : "ça concerne tout le monde, la présomption d’innocence, et les Français ont beaucoup de mal avec ça", arguant : "moi, je ne connais pas le dossier de M. Gérald Darmanin. Je dis qu’il est présumé innocent, que ça n’est pas une règle mineure, que ça n’est pas une règle accessoire, c’est la Constitution."

"Mon langage sera moins libre"

En outre, de manière plus générale en ce qui concerne la politique qu’il souhaite mener Place Vendôme, il a déclaré :  "Je ne serai ni le garde des Sceaux du laxisme ni le garde des Sceaux de l’ultra-répression", évoquant notamment la possibilité de développer les travaux d’intérêt général ainsi que d’accélérer leur application.

Interrogé sur l’accélération des procédures, notamment concernant les divorces et les licenciements mais aussi des dossiers relevant du pénal, Éric Dupond-Moretti a répondu : "tout ça fait partie de la justice de proximité telle que je l’entends", une forme de justice que le chef du gouvernement Jean Castex a annoncé vouloir remettre à l’ordre du jour.

Considérée comme une "déclaration de guerre" par l’Union syndicale des magistrats, sa nomination avait également été très mal reçue par ceux-ci. "Les juges et les magistrats disposent-ils d’une forme d’impunité ?", l’a interrogé Laurent Delahousse, évoquant les différentes saillies passées du garde des Sceaux à leur égard. Ce à quoi Éric Dupond-Moretti a répondu que la responsabilité des juges serait "un des grands chantiers" de son ministère.

Enfin, au sujet de sa nomination au ministère de la Justice, il s’est dit "surpris, interloqué, ému, pas hésitant". "J’ai dit oui tout de suite, j’ai réfléchi après", a-t-il affirmé. "Il faut que j’apprenne mon administration", a-t-il aussi dit, concédant : "mon langage sera moins libre."

Et d’ajouter : "il y a des choses que je disais en ma qualité d’avocat avec une liberté infinie que je ne peux plus dire aujourd’hui", précisant toutefois : "ma pensée a peu changé voyez-vous".

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