Antoine, victime de Flash-Ball.

Lanceurs de balles de défense : le défenseur des droits demande la "suspension" de leur utilisation

Depuis le début de la mobilisation, au moins 69 gilets jaunes et journalistes ont été blessés.

Antoine victime de Flash-Ball

Antoine, victime d’un tir de Flash-Ball. (© Konbini)

Le Défenseur des droits Jacques Toubon a dit jeudi "espérer que le gouvernement prendra des dispositions" sur l’usage des lanceurs de balles de défense (LBD), utilisés par les forces de l’ordre, notamment lors des manifestations de gilets jaunes, "devant l’évidence aujourd’hui de [leur] dangerosité". Il a demandé la suspension de leur utilisation, pour "prévenir plutôt que soigner".

Publicité

L’utilisation de ces armes dites de force intermédiaire, notamment le LBD 40x46, est au cœur de polémiques ces dernières semaines après que de nombreux manifestants ont été blessés, parfois grièvement au visage, lors des rassemblements de gilets jaunes.

Le mois dernier, Konbini news avait rencontré Antoine. Le jeune homme, âgé de 25 ans, a été touché par un tir de Flash-Ball en pleine tête lors d’une manifestation des gilets jaunes. Face à notre caméra, il expliquait : "Je n’ai plus qu’un œil. Ma vie a changé en l’espace d’une seconde."

Publicité

"Une grande dangerosité"

Dans un rapport remis le 10 janvier 2018, Jacques Toubon préconisait déjà l’interdiction de l’usage des lanceurs de balle de défense (LBD) dans le cadre du maintien de l’ordre en raison de leur "dangerosité" et des "risques disproportionnés" qu’ils font courir. Interrogé sur RTL, il rappelait :

"Nous avons déterminé, à partir des cas qui nous sont soumis, que l’usage des LBD 40x46 pouvait présenter une grande dangerosité. Nous avons demandé un moratoire, nous avons demandé que tout ça soit réétudié. Je l’ai encore fait dans un rapport déposé il y a un an."

Avant d’ajouter : "J’espère que devant l’évidence aujourd’hui de la dangerosité de ces armes de forces intermédiaires le gouvernement prendra des dispositions."

Publicité

Selon des chiffres annoncés la veille, douze des 25 saisines, dont certaines collectives enregistrées par le Défenseur des droits depuis le début de la contestation des gilets jaunes évoquent des tirs de balles de défense. Selon une source policière, sur la seule journée d’action du 12 janvier, au moins cinq manifestants ont été grièvement blessés "vraisemblablement" par des tirs de LBD.

Au moins 69 victimes depuis le début de la mobilisation

(© AFP)

Dans une note obtenue mercredi par l’AFP, le directeur général de la police nationale (DGPN), Éric Morvan, juge globalement justifié le recours aux LBD au cours des récentes mobilisations, mais a rappelé que leur utilisation doit être proportionnée et que le tir doit viser "exclusivement le torse ainsi que les membres supérieurs ou inférieurs".

Publicité

D’après le décompte du service de fact-checking de Libération, qui s’appuie sur les travaux du collectif militant Désarmons-les, au moins 69 gilets jaunes ou journalistes, parmi lesquels trois membres de la rédaction de Konbini, ont été blessés par des tirs de LBD depuis le début de la mobilisation et au moins 14 d’entre eux ont perdu l’usage d’un œil.

Début décembre, 200 personnalités avaient appelé à interdire "immédiatement" l’usage de ces fusils d’épaule à un coup qui projettent des balles semi-rigides de calibre 40 mm.

Konbini NEWS avec AFP

Par Astrid Van Laer, publié le 17/01/2019

Copié

Pour vous :