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L'accouchement masqué ne peut pas être rendu "obligatoire", affirment les ministres

Publié le

par Astrid Van Laer

© Kemal Yildirim / Getty Images

"La naissance doit rester un moment privilégié, même dans ce contexte d’épidémie", ont-ils soutenu.

Depuis des mois, le sujet du port obligatoire du masque durant l’accouchement divisait. Le gouvernement vient enfin de trancher. Pour prendre sa décision, il s’est appuyé sur l’avis du Haut Conseil de santé publique et du Collège national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF). Fin septembre, ce dernier avait affirmé :

"Le port du masque est recommandé en présence des soignants. Pendant les efforts expulsifs, le port du masque est souhaitable car il protège les soignants et la femme elle-même. Il ne peut pas être imposé."

Lundi, le ministre de la Santé, Olivier Véran, le secrétaire d’État chargé de l’enfance et des familles, Adrien Taquet, et la ministre chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes, Elisabeth Moreno, ont publié un communiqué conjoint dans lequel ils concluent donc : "Le port du masque chez la femme qui accouche est souhaitable en présence des soignants mais ne peut en aucun cas être rendu obligatoire."

Et les ministres d’arguer :

"L’accouchement dans des conditions sereines favorise le bien-être de la mère pendant la période du post-partum et la construction d’une relation parent-enfant de qualité. […]

La naissance doit rester un moment privilégié, même dans ce contexte d’épidémie, sachant que chacun doit être attentif au respect des consignes de sécurité données par les personnels des maternités."

Les ministres conseillent également la réalisation d’un test PCR ou d’un test antigénique sur la patiente qui s’apprête à accoucher afin de permettre "d’adapter les mesures".

"L’air me manquait et ça me donnait envie de vomir"

Pour rappel, l’Organisation mondiale de la santé est claire : "Il ne faut PAS porter de masque quand on fait de l’exercice car les masques peuvent réduire l’aisance respiratoire". Elle précise : "La transpiration peut entraîner une humidification plus rapide du masque, rendant la respiration plus difficile et favorisant la croissance des micro-organismes."

Depuis le début de l’épidémie, les témoignages de mères ayant accouché avec un masque et se disant traumatisées par l’expérience se sont multipliés. Il y a quelques semaines, Konbini news a recueilli le témoignage de Lauranne.

La jeune femme a accouché en avril dernier à la maternité de Talence, après 39 heures de travail, masquée tout le long. Elle nous avait confié son expérience douloureuse. "Assez vite, l’air me manquait et en plus ça me donnait envie de vomir", se souvient-elle.

"Donnez les moyens aux équipes médicales"

Pour protéger les équipes médicales sans obliger le port du masque, le CNGOF évoque de son côté la possibilité de proposer aux patientes "le recours à une visière adaptée au visage". Le collectif Stop aux violences obstétricales et gynécologiques a pour sa part publié un communiqué pour réagir aux annonces du gouvernement.

Dans celui-ci, il demande un meilleur équipement pour les personnels médicaux : "Les maternités doivent être approvisionnées en masques FFP2, lunettes de protection, charlottes, surblouses à usage unique/"

"Donnez les moyens aux équipes médicales d’assurer les soins et l’accompagnement des femmes qui accouchent dans de bonnes conditions et l’accueil du co-parent", poursuit-il, alléguant : "Les femmes informées continueront à arracher leur masque (si on ne leur maintient pas de force sur le visage), et les autres ?"

Et de conclure en interrogeant : "Face à des sages-femmes sous-équipées, comment pourront-elles voir leur choix respecté ?"