A stencil reading « Nanterre is angry » is pictured by a paintbrush and paint on the campus of the Nanterre University, west of Paris, on April 18, 2018 within nation-wide demonstrations of university students against higher education reforms, introduced by the French government that give public universities the power to set admission criteria and rank applicants. (Photo by – / AFP)

"La rentrée va être explosive" : les facs de Tolbiac et Nanterre toujours bloquées

Certains étudiants boycottent les partiels, qu’ils voient comme un moyen pour le gouvernement de "freiner la mobilisation".

(© AFP)

Les étudiants ne lâchent pas l’affaire. La hausse des frais d’inscription pour les étudiants étrangers extra-européens ne passe pas et ils entendent bien le faire savoir. À Nanterre, la faculté est en grève reconductible par blocage depuis le samedi 10 décembre. Ce blocus a été reconduit jusqu’à jeudi lors d’une assemblée générale, ce mardi 18 décembre.

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Le président de l’université, Jean-François Balaudé, a publié un communiqué pour affirmer que les examens auraient bien lieu. Évoquant des "conséquences très dommageables pour le bon déroulement du calendrier universitaire", il a plaidé pour un retour à la normale : "les blocages doivent définitivement être levés, les empêchements physiques d’accéder aux lieux d’examen, les brutalités observées ne peuvent être acceptées, pas plus que les perturbations d’examen", a-t-il déclaré avant d’ajouter : "Les examens doivent donc se tenir autant qu’il est possible dans le calendrier prévu."

Il a tenu à faire savoir qu’il partageait les revendications des étudiants :

"Nous sommes collectivement opposés à la mise en place de l’augmentation des frais d’inscription pour les étudiants internationaux hors Union européenne. Il faut que nous avancions collectivement sur ce sujet. […]

Nous devons unir nos forces sur ce sujet, et je m’engage à défendre avec constance cette position."

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"Les partiels sont utilisés comme un frein à la mobilisation"

Malgré cet appel, un certain nombre de partiels, notamment en psychologie, en économie-gestion et en droit ont été annulés. Mickaël est étudiant à Nanterre. Joint par téléphone, il nous a expliqué : "Cela permet de s’adresser de manière plus directe aux étudiant·e·s. […] Ce ne sont pas des conditions pour passer des examens."

"Nous pensons que les partiels sont utilisés par le président de l’université et par le gouvernement comme un frein à la mobilisation", ajoute le jeune homme pour justifier le blocage que les étudiants n’entendent pas stopper : "On ne considère pas du tout que les vacances de Noël sonnent la fin de la mobilisation. Elle reprendra à la rentrée."

Une rentrée qu’il qualifie "d’explosive", en raison d’un "ras-le-bol général". "Le mouvement ne va pas s’arrêter, la grève va se poursuivre", affirme-t-il, ajoutant :

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"La rentrée ne doit pas se passer normalement. Ce qui est sûr, c’est que la rentrée va être explosive, on va tout faire pour."

Que faut-il faire pour que la grève s’arrête ? "Il faut que le gouvernement réponde à nos revendications, comme le retrait de la mesure au sujet des frais d’inscription pour les étudiants étrangers ou le retrait de la loi ORE", répond Mickaël en rappelant qu’une nouvelle date de mobilisation a déjà été calée, au 10 janvier prochain.

"Tout cela est lié au contexte général"

À l’université de Tolbiac, où les partiels ont également été déplacés, l’ambiance a quelque peu dégénéré mardi lors d’une assemblée générale, provoquant la réaction de la ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, qui a tenté d’appeler au calme dans un message publié sur Twitter :

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Toutefois, la mobilisation continue à Tolbiac. David, qui y étudie, relate que lors de la dernière assemblée générale il a été voté de participer aux manifestations lycéennes, ainsi qu’à la manifestation des gilets jaunes prévue le samedi 22 décembre. Selon le jeune homme, qui espère que les vacances ne verront pas la mobilisation faiblir, "tout cela est lié au contexte général" :

"Ce blocage prend part à une mobilisation générale contre la politique d’Emmanuel Macron, contre la misère, la précarité, etc. Certaines revendications sont propres aux étudiants, mais il faut se donner les moyens en se battant tous ensemble et en tapant tous sur le même clou."

David plaide donc pour une coordination régionale entre les universités, afin que la mobilisation prenne plus d’ampleur, notamment par le biais de l’annulation des examens.

"Je suis contre ce mode d’action"

Mais tout le monde n’est pas de cet avis. Certains étudiants s’opposent à la forme que prend la mobilisation. Étamine, étudiante en master des Droits de l’Homme à Nanterre, nous explique :

"Sans être hostile ou indifférente aux préoccupations des étudiants mobilisés, je suis contre ce mode d’action. Je ne trouve pas constructif ni légitime de bloquer une université entière quand les assemblées générales ne représentent qu’une partie minime des étudiants."

Et la jeune femme de justifier son propos en faisant référence à une consultation électronique à laquelle 15 184 étudiants ont participé :

"D’autant plus que ces assemblées se déroulent dans un contexte souvent tendu et pas très clair sur les procédures, et vont à l’encontre d’une consultation électronique qui a été menée par l’Université et à l’issue de laquelle le 'non au blocage' était majoritaire."

En effet, 56 % des étudiants ayant participé s’étaient prononcés contre les blocages.

Par Astrid Van Laer, publié le 19/12/2018

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