(c) MAYELA LOPEZ / AFP

La famille française en quarantaine au Costa Rica parle pour la première fois

Leur fils de cinq ans était atteint de la rougeole. Les autorités les ont tous enfermés pendant une semaine à l'hôpital.

(© Mayela Lopez/AFP)

"Ça, c’est sûr, on s’en rappellera." Depuis la chambre d’hôpital où il est enfermé depuis sept jours avec sa femme et son fils, Antoine* nous raconte comment sa famille a, bien malgré elle, créé la polémique au Costa Rica.

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Le 18 février dernier, ils atterrissent dans le petit pays d’Amérique centrale, où ils avaient loué une maison avec des amis dans un coin un peu reculé, pour s’adonner à leur passion commune : le surf.

Le lendemain de leur arrivée, Antoine et sa femme constatent que leur petit garçon a de la fièvre. Ils filent donc chez le médecin, qui ne voit aucune raison de s’inquiéter et leur prescrit des médicaments pour faire baisser la fièvre.

Le surlendemain, des petits points rouges apparaissent sur le visage de l’enfant. Presque simultanément, ils découvrent un e-mail envoyé par l’école du petit pour alerter les parents d’élèves sur un cas de rougeole. La suite, c’est Antoine qui nous la raconte.

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Konbini news | Quand est-ce que vous avez compris que votre fils avait la rougeole ?

Antoine | Quand on a lu cet e-mail. On ne savait pas du tout ce que c’était. Donc on a regardé sur Internet les symptômes et effectivement ça avait l’air de coller. Nous avons donc repris contact avec le médecin sur place, qui nous a demandé de repasser. Il nous a dit d’attendre l’arrivée d’un émissaire du ministère de la Santé, parce que c’est un virus qui doit être déclaré aux autorités.

Et là, ça a pris une ampleur assez dingue, parce qu’au Costa Rica c’est un virus qui a été complètement éradiqué depuis plus de vingt ans. Après, c’est un peu la faute à pas de chance. On a totalement coopéré parce qu’on comprend aussi toutes leurs démarches. C’est normal. Et à la limite, leur réponse est bonne, presque meilleure que la nôtre, puisque chez nous le virus continue à se répandre. Ils sont venus, ils ont fait des prises de sang, analyse d’urine, etc. Et on est partis en quarantaine dans un hôpital de Puntarenas.

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On vous a accusé d’être "anti-vaccins". Qu’en est-il ?

Notre fils a fait tous les vaccins obligatoires. Celui de la rougeole est obligatoire pour les nouveau-nés depuis 2018. Il est né en 2013, donc il n’avait pas l’obligation de le faire. Nous ne sommes pas du tout "anti-vaccins".

À l’époque, on devait même le faire, mais il était fatigué, donc on avait préféré reporter, notre médecin nous ayant dit que ce n’était pas dramatique. Et après vous savez comment c’est… le temps passe. Et avant de partir au Costa Rica, en revanche, on s’est renseignés sur les vaccins obligatoires pour aller dans ce pays. On a l’habitude de voyager, on vérifie ça systématiquement, et ce vaccin n’était pas du tout obligatoire.

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Avez-vous été surpris par l’ampleur de la polémique ?

Les titres de presse comme "Une famille française accusée d’avoir réintroduit le virus dans le pays" donnaient l’impression que c’était volontaire. Déjà, si nous avions su que notre fils avait la rougeole, nous n’aurions pas pris l’avion. Si nous avions su que ça serait aussi dramatique et que ça prendrait tant d’ampleur, nous serions restés chez nous. C’est certain.

Les médias disent qu’on est "anti-vaccins" et que nous ne sommes pas vaccinés : ce n’est pas du tout le cas. On a aussi lu que nous étions au courant avant de partir qu’il y avait des cas de rougeole dans l’école de notre fils, et ce n’est pas le cas du tout.

On a reçu le mail le jour où nous sommes arrivés au Costa Rica, et je vous avoue que je n’ai pas lu le mail dans la seconde, je l’ai lu le lendemain. Nous avons été un peu déçus que la presse française se soit empressée de relayer et accentuer de fausses informations sans même essayer de connaître la vérité.

Comment avez-vous été pris en charge à l’hôpital ?

La maison qu’on a louée est un peu au bout du monde. On a fait une heure et demie de route en ambulance, ensuite on a pris un petit bateau, et après on a refait un peu de voiture. Ils nous ont mis tout de suite en quarantaine. C’est une chambre où il n’y a pas de fenêtre et il y a un sas de décontamination. Mais il y a de grandes fenêtres qui donnent sur un couloir.

(c) Archives d'Antoine*

Et on a cette chance d’être en face d’une autre chambre, qui est tout le temps ouverte et qui a la vue sur la mer et la plage. Honnêtement, tout le staff était vraiment exceptionnel, très sensible et attentionné. Ils ont été vraiment très sympas. À défaut d’avoir découvert de somptueux paysages, nous avons découvert le grand cœur des Costaricains.

(c) Archives personnelles d'Antoine*

Comment va votre fils ?

Il va très bien depuis longtemps. Deux jours après notre arrivée à l’hôpital, il n’avait plus de points rouges, plus de fièvre. On avait peur que ce soit un peu traumatisant, mais il a vraiment assuré. Parfois, il s’est impatienté un petit peu, mais globalement ça va.

Comment occupez-vous vos journées ?

On a un iPad et un médecin très sympa nous a donné les codes du wifi de l’hôpital. Après, on a fait des coloriages, on a joué aux cartes Pokémon, on a mangé… On a fini le cahier d’exercices de vacances en deux jours. Et pour la petite anecdote, le 21 février c’était mes 30 ans. Donc j’ai passé mes 30 ans en quarantaine, mais ça, ce n’est pas le plus grave.

Les amis avec lesquels vous voyagez ont-ils été mis en quarantaine ?

Non, ils ont été contactés par le ministère de la Santé. Ils ont fait une piqûre de rappel au cas où, mais ils n’ont pas eu besoin d’être en quarantaine.

Parce qu’ils avaient fait leurs vaccins et pas vous ?

Nous, on est vaccinés. Moi j’ai les deux ROR (rougeole-oreillons-rubéole), contrairement à ce que dit la presse. Ma femme avait juste un seul des deux vaccins. Nous avons eu ce traitement parce qu’ils estimaient que l’on a eu un contact rapproché avec notre fils – et pour s’occuper de lui, évidemment.

Est-ce que vous avez eu des symptômes ?

Non, aucun. Ils nous ont surveillés tous les jours, mais à part quelques mini variations de température, rien. On n’avait pas connaissance que la rougeole était un virus qui fait autant de dégâts dans le monde, et encore moins qu’au Costa Rica il était totalement éradiqué. Toute cette situation, on l’a découverte avec ces événements.

Quand est-ce que vous pourrez sortir ?

Ce matin. On peut retourner à la maison qu’on a louée, mais on doit y rester jusqu’au 3 mars sans sortir. Et après on est 100 % libres de faire tout ce qu’on veut.

Quelle est la première chose que vous allez faire en sortant ?

J’aurais aimé aller surfer, mais je n’aurai pas le droit. Juste regarder, voir l’extérieur et sentir un peu de chaleur, ce sera déjà énorme.

* Le prénom a été modifié.

Par Clothilde Bru, publié le 28/02/2019

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