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"La désobéissance risque de s’amplifier", Armen Seropyan décrypte la situation en Arménie

Depuis le 13 avril, l’Arménie fait sa révolution. La jeunesse apparaît comme le leader d’un mouvement de contestation qui rassemble de plus en plus d’Arméniens. Manifestations, rues bloquées et élections à venir, qu’est-ce qui a poussé ce petit pays d’Europe de l’Est à se soulever ? Armen Seropyan est membre du Comité de défense de la cause arménienne (CDCA). Il décrypte, pour Konbini news, la situation sur place.

(© DR)

Pourquoi les Arméniens sont-ils dans la rue depuis le 13 avril dernier ?

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Il y a eu une réforme du système constitutionnel, pour passer à un régime parlementaire – ce qui est une excellente chose. L’ancien président Serge Sarkissian qui avait déjà deux mandats, s’était engagé à ne pas se présenter au poste de Premier ministre, mais il n’a pas tenu sa parole. Il s’est présenté le 17 avril, et il a été élu par l’Assemblée nationale. Serge Sarkissian est l’héritier d’un système qui arrive en bout de course. La jeunesse et le peuple d’Arménie se sont soulevés parce qu’ils veulent que ce système post-soviétique, semi-oligarchique, qui a la mainmise sur des pans entiers de l’économie, évolue.

Qui est Nikol Pachinian ?

Nikol Pachinian fait de la politique depuis assez longtemps. Au moment de l’élection de l’ancien président au poste de Premier ministre, il a organisé une grande marche à travers le pays. Il a réussi à capter le message du peuple, et à organiser le mouvement à travers le pays de façon pacifique. Il a appelé à la désobéissance civile. Des jeunes et d’autres moins jeunes bloquent désormais les rues dans la joie et la bonne humeur. Jusqu’à présent, il n’y a eu aucun dérapage, ce qui est assez surprenant. Ils ont quand même réussi à faire démissionner le premier ministre Serge Sarkissian, en moins de dix jours !

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(© Wikipédia/CC)

Quelle est la situation actuellement ?

Suite à la démission du Premier ministre (le 23 avril dernier), le gouvernement de transition s’est remis en place. Or le peuple ne veut pas de ce gouvernement. Pour élire un nouveau Premier ministre, le Parlement a été convoqué, mais le parti républicain dont est issu Serge Sarkissian, y est majoritaire. En quelques semaines, Nikol Pachinian a réussi à rallier à sa cause trois partis dont celui dont il fait partie : Yelk. Résultats des courses : hier, mardi 1er mai, seuls 45 députés ont voté pour élire Nikol Pachinian Premier ministre, et 55 ont voté contre. Dans une semaine, mardi 8 mai, auront lieu de nouvelles élections. Ce matin, Nikol Pachinian a appelé l’ensemble du peuple arménien à continuer la désobéissance civile et à bloquer les rues, les métros, les aéroports, etc. Les routes sont bloquées pour accéder à l’aéroport et en sortir, mais a priori les avions vont et viennent encore.

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Est-ce que l’élection de Nikol Pachinian est possible le 8 mai prochain ?

Oui. Un député du parti républicain a déjà voté pour lui lors de la première session. Il faut que dans la semaine, les réseaux, les relais d’opinion et le peuple se fassent entendre et que certains députés du parti républicain prennent conscience de ce qui se passe dans le pays, et votent pour Nikol Pachinian.

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L’opinion publique est-elle homogène ?

Tous les gens qui se sont soulevés étaient résignés. Ils pensaient que rien n’allait changer. Depuis quelques jours, quelques semaines, le sentiment dans la société est en train d’évoluer. Tous les jours, il y a des gens qui se disent “Oui c’est possible”. Le flot des gens dans la rue ne fait qu’augmenter et c’est pour ça qu’on pense qu’on va aller vers une issue favorable parce qu’il y a des gens dont l'avis va basculer. Il y a une certaine oligarchie qui bénéficie de cette situation et qui ne souhaite pas que ça bouge. Pour le moment, la jeunesse et les personnes de moins de trente ans sont dans la rue et souhaitent faire tomber le système.

Quelle est la position du président de la République ?

Au départ, le président Armen Sarkissian pensait qu’il allait avoir un rôle d’ordre diplomatique. Avec cette situation, il s’est retrouvé tout de suite dans l’arène. Au début de la crise, il a réuni pas mal de protagonistes : les chefs de l’opposition comme de la majorité, mais aussi les leaders religieux de la société civile pour essayer de sortir de cette crise. Maintenant on est dans une impasse. Il faut que tous ces acteurs se mobilisent pour faire avancer l’élection de Nikol Pachinian.

La situation politique peut-elle avoir une incidence sur la guerre avec l’Azerbaïdjan ?

L’État azerbaïdjanais suit tout ça de très près. On l’a vu avec la guerre des Quatre jours il y a deux ans, il est prêt à réattaquer à tout instant. Les soldats sont prêts et mobilisés. Sur ce point, quel que soit le camp, tout le monde est prêt à défendre la patrie. Quelque part c’est un sujet qui n’est pas évoqué. Quel que soit le bord, la défense de la patrie est prioritaire. Tout le monde fait cause commune.

(© Wikipédia/CC)

Est-ce que les blocages commencent à générer de la crispation dans le pays ?

Tous les blocages se font dans la joie et la bonne humeur. Les gens veulent vraiment du changement. Il y a eu une partie de gens éclairés qui a commencé et aujourd’hui tout le monde se joint à eux, au fur et à mesure. Bien sûr, c’est une tracasserie de ne pas pouvoir rejoindre un lieu, mais quelque part tout le monde se rend compte que cela permet de peser sur le pouvoir. C’est grâce à cette désobéissance civile que le Premier ministre a démissionné.

Que peut-on attendre de la prochaine semaine ?

La désobéissance risque de s’amplifier. J’espère vraiment qu’on puisse sortir de cette impasse au niveau parlementaire. Si ça ne se fait pas dans ce cadre-là, il va y avoir des élections anticipées. Comme elles seront organisées par le parti républicain, il y aura des contestations, un sentiment d’inachevé pour le peuple.
S’il est élu Nikol Pachinian aussi veut organiser des élections mais en toute liberté et transparence.

Par Clothilde Bru, publié le 02/05/2018

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