Christiane Lambert, le 27 novembre 2019. © GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP

Jusqu'à 14 900 € mensuels : la FNSEA "assume pleinement" les salaires de ses dirigeants

Pour la directrice du syndicat, l'enquête de Mediapart est une "entreprise de démolition".

"Pas de doute, le train de vie des dirigeants de la FNSEA [Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles] est très éloigné de celui de la plupart des agriculteurs et agricultrices", avait réagi Greenpeace après la parution mercredi d’une enquête de Mediapart, qui révélait le montant des salaires des dirigeants de la FNSEA.

À la publication de ces chiffres, nombreux sont ceux à avoir dénoncé le décalage entre le train de vie des dirigeants du syndicat et la crise que subissent les agriculteurs depuis des années. En tête arrive le directeur général du syndicat, Clément Faurax, qui touche 13 400 euros bruts par mois. Comme le précise Mediapart, c’est "3 300 euros de plus que le ministre de l’Agriculture, qui est rémunéré, comme les autres membres du gouvernement, 10 100 euros bruts chaque mois".

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On y apprend également que l’ancienne directrice générale, Catherine Lion, aurait été requalifiée en conseillère à temps partiel du syndicat. À ce titre, elle toucherait une "rémunération brute répartie entre un salaire de base à 8 900 euros et une 'prime mensuelle' de 6 000 euros", soit 14 900 euros bruts mensuels pour trois jours travaillés par semaine.

Cité dans l’article, Clément Faurax a répondu à Mediapart que "les augmentations réalisées restent dans la tendance des augmentations habituelles et doivent s’évaluer dans la durée". Reconnaissant des salaires "extrêmement importants", il les a justifiés en expliquant qu’ils "sont dans la grille de ce qui se fait dans le secteur des organisations professionnelles de l’importance de la FNSEA". Et d’ajouter :

"Ce qui nous importe, c’est la plus-value apportée à l’agriculteur. Notre action au quotidien, c’est d’être efficace pour que l’agriculteur s’en sorte le mieux possible."

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La FNSEA a porté plainte pour vol de documents

Du côté de la présidente de la FNSEA, Christiane Lambert, même son de cloche. Celle-ci était invitée à la matinale de RMC ce matin pour réagir. "Ce n’est pas la première fois que Mediapart s’en prend à la FNSEA", a-t-elle déclaré, avant de pointer du doigt ce qu’elle juge être une "entreprise de démolition". Elle a également annoncé avoir porté plainte :

"Nous contestons la façon dont Mediapart a fonctionné. Nous avons porté plainte pour vol de documents, puisqu’il y a des chiffres qui sont parus, alors qu’ils n’ont pas à paraître."

Dans un communiqué, la FNSEA a évoqué les "méthodes détestables" du média, parlant d’un "article tenant plus du règlement de comptes que de l’enquête journalistique". L’organisation syndicale a expliqué que la FNSEA "assum[ait] pleinement les niveaux de rémunération de ses cadres dirigeants".

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Au-delà du dépôt de plainte, Christiane Lambert a défendu la politique salariale de la FNSEA et expliqué :

"C’est la politique RH de la FNSEA. Nous avons des cadres dirigeants de haut niveau et [en] ce qui concerne notre directrice générale, il y aura enquête et ce sera prouvé : il y a présentation fallacieuse des chiffres. Donc je conteste un certain nombre de présentations.

Oui, c’est vrai que nous avons besoin de cadres dirigeants qui ont des compétences et qui ont donc des rémunérations. J’insiste sur le fait que les rémunérations de nos dirigeants ne sont pas supérieures à celles des cadres des autres organisations. Elles seraient même inférieures, selon une étude de la Cedap de 2015."

Par Astrid Van Laer, publié le 21/02/2020