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"Je tourne en rond dans ma chambre" : ces aînés qui ont souffert du confinement

Publié le

par Hugo Coignard

© Thanasis Zovoilis / Getty Images

Près d'une personne âgée sur trois s'est souvent sentie seule pendant le confinement, selon une étude.

La plupart des personnes âgées ont eu davantage de contacts avec leurs familles pendant le confinement, mais une minorité déjà très isolée l’a été encore plus durant l’épidémie, révèle une étude publiée jeudi par l’association "Les Petits frères des pauvres", qui appelle à une politique de prévention de la solitude.

"En dépit d’un bel élan de solidarité familiale et citoyenne, de nombreuses personnes âgées, en particulier les femmes âgées aux revenus modestes, ont encore davantage souffert de solitude et d’isolement", relève l’association.

Cet isolement "ce n’est pas que pendant une crise, pas que pendant une canicule, c’est toute l’année", affirment les "Petits frères", qui y voient un "facteur aggravant de perte d’autonomie".

"Une sorte de confinement permanent"

Une étude CSA, réalisée pour l’association auprès de 1 503 personnes de plus de 60 ans, met certes en évidence un "renforcement des contacts familiaux" pendant le confinement : 43 % des sondés disent avoir eu pendant cette période un contact tous les jours ou presque avec leur famille, contre 33 % auparavant.

Mais à l’inverse, 4 % des plus de 60 ans, soit 720 000 seniors, "n’ont eu aucun contact avec leur famille durant le confinement", alors que 1 % seulement faisaient état d’une telle situation avant l’épidémie, selon le rapport.

Ces personnes âgées les plus isolées, "vivent une sorte de confinement permanent, […] une triple peine isolement-précarité-exclusion numérique" et ont pu se sentir "complètement abandonnées" pendant la crise épidémique.

Elles n’avaient souvent pour seuls contacts réguliers que des commerçants ou des professionnels de santé, qu’elles n’ont plus vus pendant le confinement. Ce sont ces "invisibles" qui "ont le plus souffert", selon la déléguée générale des "Petits frères", Armelle de Guibert.

"Je me sens seule. Personne ne vient me voir. Je tourne en rond dans ma chambre. Les journées sont interminables", témoigne ainsi Claudette, 87 ans, citée dans le document.

"La solitude est un impensé de nos politiques publiques"

Le numérique a certes permis de rétablir des contacts : 59 % des seniors disposant d’un accès à Internet ont passé des appels en "visio" avec leurs proches (et même 43 % des plus de 85 ans). Pour autant, soulignent les "Petits frères", "4,1 millions de Français de 60 ans et plus n’utilisent jamais internet, surtout les plus âgés et les plus modestes".

Pour Mme de Guibert, l’enjeu de cette crise va être de "faire perdurer la dynamique de solidarité" qui s’est manifestée pendant le confinement, "pour qu’on aille vers ceux qui sont passés à travers les mailles du filet".

"La question de la solitude est un impensé de nos politiques publiques", souligne-t-elle. La crise du Covid-19 a permis de la mettre en lumière, "mais nous ne voudrions pas que ça retombe comme un soufflé".

Prévenir l’isolement

Pour l’association, il importe de "prévenir" l’isolement des plus âgés. Pour ceux qui résident encore chez eux, cela doit passer par une amélioration de l’aménagement urbain et de l’offre de transports, pour favoriser les déplacements, mais aussi par le maintien des services et commerces de proximité.

Et pour ceux qui vivent en maison de retraite, il faut "systématiser les lignes téléphoniques dans les chambres", "équiper tous les établissements en outils numériques à l’usage des résidents", ou encore "faciliter l’intervention de bénévoles d’accompagnement" et leur "donner un statut clair", prône l’association.

Payer pour avoir de la visite ?

Ces bénévoles devraient être "considérés comme des proches pour les résidents les plus isolés", selon les "Petits frères", dont plusieurs intervenants, qui avaient créé des liens avec des personnes âgées, déplorent de n’avoir même pas été prévenus lorsque celles-ci ont été emportées par le Covid-19.

L’association estime en outre important de "refuser la marchandisation du lien social", évoquant les propositions commerciales d’entreprises qui envoient des étudiants "faire des visites dites de convivialité" chez des seniors.

"Un aîné isolé devrait-il payer pour parler ou jouer à un jeu de société avec quelqu’un ?", s’interrogent les "Petits frères".

Konbini news avec AFP

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