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"Je suis Samuel", l'hommage des Parisiens au professeur décapité

Publié le

par Clothilde Bru

© GEORGES GOBET / AFP

"Adieu monsieur le professeur. On ne vous oubliera jamais."

"Coupez les têtes ! Vous ne tuerez jamais la pensée." Au milieu de milliers d’autres manifestants, Roseline Signoret, dessinatrice de 59 ans, a rendu hommage, le dimanche 18 octobre, à Paris, au professeur Samuel Paty, décapité deux jours plus tôt dans un attentat islamiste. "C’est plus qu’un sacerdoce d’être prof, surtout les profs de banlieue, dit-elle, j’admire les profs, parce que ce sont eux qui ont la responsabilité des jeunes qui vont devenir les futurs adultes."

Collègues, responsables syndicaux, parents d’élèves et simples citoyens lui ont emboîté le pas, deux jours après "l’horreur" de l’attaque qui a coûté la vie à Samuel Paty, 47 ans, assassiné à la sortie de son collège à Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines). La semaine dernière, ce prof d’histoire avait montré à ses élèves de 4e des caricatures de Mahomet lors d’un cours sur la liberté d’expression.

Son assaillant, un Russe tchétchène de 18 ans, a été tué par la police. "Enseignant, je suis très sensible à l’événement horrible qui s’est passé, c’était naturel que je vienne", confie Pierre Gérard, 62 ans, masque de rigueur sur le visage. "On doit réaffirmer l’importance d’aborder tous les sujets d’une manière libre. Notre rôle est difficile, mais on est au service d’un idéal", rappelle ce professeur de français parisien, au milieu de la foule dense.

Sur la place de la République, théâtre de la manifestation historique qui a suivi les attentats contre Charlie Hebdo et l’Hyper Cacher, le 11 janvier 2015, le recueillement est interrompu par des salves d’applaudissements, une "Marseillaise" ou des "Je suis Samuel" repris en chœur. Vers le ciel bleu d’automne se dressent des drapeaux tricolores et des reproductions de la désormais célèbre une du journal satirique Charlie Hebdo, parue juste après l’attaque.

"Je suis musulman, je suis contre la violence"

"Adieu monsieur le professeur. On ne vous oubliera jamais", entonnent des dizaines de personnes en cercle autour d’un musicien belge, Phorin, qui reprend à la guitare cette chanson d’Hugues Aufray.

Près de la statue, un homme tient une pancarte : "Je suis musulman, je suis contre la violence, je suis pour la liberté d’expression". "À chaque attentat, toute la communauté [musulmane] tremble, parce qu’on sait qu’on va être les dommages collatéraux, alors qu’on est autant choqués que les autres par la barbarie", rappelle Samia Orosemane, une comédienne de 40 ans.

Au-delà de la solidarité que le monde politique leur a exprimée depuis vendredi, les enseignants réunis dimanche attendent des actes. "C’est important de se lever, mais il faut que les dirigeants aillent, au-delà des mots, prendre la mesure de ce qu’il se passe et nous défendent, tout simplement", souligne Virginie, professeure de musique de 52 ans.

"Il y a très peu de temps dans la formation des enseignants pour apprendre à débattre, à créer les conditions d’un débat", ce qui rend les profs "démunis pour ces problématiques", a regretté Olivier Chaibi, un formateur de l’Institut national supérieur du professorat et de l’éducation (Inspé).

De nombreux manifestants s’interrogent également sur l’influence des réseaux sociaux dans la mort de Samuel Paty. Le père d’une de ses élèves ainsi qu’un militant islamiste connu de la police ont été interrogés depuis samedi par les enquêteurs. Ceux-ci avaient entamé une campagne de mobilisation pour dénoncer son initiative.

"C’est du terrorisme d’en bas, constate Agathe, une mère de famille de 53 ans, par les réseaux sociaux, un parent d’élève diffuse de fausses informations, [qui sont] relayées et tombées dans les oreilles d’un fanatique."

Konbini news avec AFP

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