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Japon : il y a eu plus de suicides au mois d'octobre que de décès liés au Covid-19 en 2020

Publié le

par Clothilde Bru

© Stanislav Kogiku/SOPA Images/LightRocket via Getty Images

Les femmes et les enfants inquiètent particulièrement les associations.

Dans beaucoup de pays, la pandémie de Covid-19 a eu des effets délétères sur la santé mentale. Si en France, les dommages causés sur notre psychisme restent à quantifier, des données permettent déjà de mesurer l’ampleur des dégâts au Japon.

Selon les statistiques du gouvernement japonais, relayées par CNN lundi 30 novembre, il y a eu plus de suicides au mois d’octobre que de décès liés au Covid-19 sur toute l’année 2020. Au cours du mois en question, 2 153 Japonais ont mis fin à leurs jours. Vendredi 27 octobre, le Japon comptait 2 087 victimes du coronavirus, assure le ministère de la Santé japonais.

CNN rappelle que le Japon est l’une des rares puissances économiques mondiales à cultiver une telle transparence en la matière, certainement parce que l’archipel a longtemps affiché le taux de suicides le plus important au monde.

Depuis une dizaine d’années, ce nombre décroissait et a fini par atteindre 20 000 l’année dernière. C’est le chiffre le plus bas jamais enregistré depuis 1978, rappelle l’enquête de CNN. À titre de comparaison, on dénombre environ 9 000 suicides par an en France, selon les données publiées par Santé publique France en 2019.

Selon Michiko Ueda, professeure à l’université Waseda à Tokyo, considérée comme une experte en la matière, cette augmentation du nombre de suicides est bien liée au coronavirus et ce, même si le Japon "n’a pas eu de confinement et que les conséquences du Covid-19 ont été minimes par rapport à d’autres pays", précise-t-elle, interrogée par CNN.

Les femmes plus touchées

Au Japon, cette vague de suicides semble avoir concerné un nombre croissant de femmes, même si elles représentent toujours une part moins importante que les hommes. En octobre, le nombre de suicides chez les femmes a augmenté de 83 % par rapport au même mois l’année dernière. Chez les hommes, ce chiffre a augmenté de 22 %. Or, le phénomène est ancien. En août déjà, Libération évoquait un bond spectaculaire du nombre de suicides chez les jeunes femmes.

Selon l’enquête du média américain, on peut attribuer cet état de fait à plusieurs raisons. D’abord, les femmes sont plus nombreuses à travailler à mi-temps dans les hôtels, les restaurants, les supermarchés… où le nombre de licenciements a augmenté à cause de la pandémie. Ensuite, les femmes ont dû s’occuper des enfants à la maison, alors que les écoles étaient fermées – des responsabilités qui sont venues s’ajouter à celles qu’elles devaient continuer à assumer au travail.

Les associations s’inquiètent également du sort des plus jeunes. Comme le rappelle CNN, le Japon est le seul pays du G7 où le suicide est la cause numéro un de mortalité chez les 15-39 ans. Déscolarisés, de nombreux enfants se sont retrouvés bloqués chez eux, dans des environnements stressants, et sont parfois même victimes de violences physiques et psychologiques.

Selon Michiko Ueda, cette vague de suicide pourrait bientôt gagner d’autres pays concernés par la pandémie. En France, de nombreux professionnels de santé alertent déjà depuis plusieurs semaines sur une troisième vague "psychiatrique".

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