Le navire Sea Watch 3. © FEDERICO SCOPPA / AFP

Interdit d'entrée en Italie, le navire humanitaire Sea Watch force le blocus

"Je sais ce que je risque, mais les 42 personnes que j'ai à bord sont épuisées", a déclaré la capitaine du navire.

"Leurs vies sont plus importantes que n’importe quel jeu politique" : après quatorze jours en pleine mer, Carola Rackete, la capitaine allemande du navire humanitaire Sea Watch 3, a pris sa décision. "J’ai décidé d’entrer dans le port de Lampedusa", a-t-elle annoncé, déclarant : "Je sais ce que je risque, mais les 42 personnes que j’ai à bord sont épuisées. Je les emmène en sécurité." Onze personnes ont déjà été débarquées par les autorités italiennes en raison de problèmes médicaux.

"Basta", peut-on lire sur une image postée par l’ONG sur Twitter montrant sur le tracé GPS du navire sa stagnation depuis maintenant deux semaines. Las de faire des allers-retours au large de la frontière délimitant les eaux territoriales italiennes des eaux internationales, le bateau a donc décidé de débarquer.

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Il n’avait jusque-là pas franchi la frontière des eaux territoriales, respectant ainsi la législation italienne et les lois en vigueur. Mais ce mercredi 26 juin, Carola Rackete a décidé de braver l’interdiction et de passer la ligne pour débarquer à Lampedusa. Pour Sea Watch, la capitaine "n’a pas le choix" car "l’Union européenne les a laissés tomber".

Après de multiples messages d’alerte publiés sur les réseaux sociaux, en vain, et la tentative avortée de saisir la semaine dernière la Cour européenne des droits de l’homme, qui avait refusé d’intervenir en urgence, demandant simplement à l’Italie de "continuer de fournir toute assistance nécessaire", Carola Rackete n’avait que peu d’options.

En prenant cette décision, la jeune femme, mais aussi les responsables de l’ONG, encourent désormais des poursuites pour aide à l’immigration clandestine, ainsi que la saisie du bateau et une amende de 50 000 euros, conformément à un nouveau décret de M. Salvini, rappelle l’AFP.

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Pour Salvini, "celui qui fait des erreurs devra les payer"

Interrogé à la télévision italienne, le ministre de l’Intérieur italien, Matteo Salvini, qui a fait du refus de l’accueil des réfugiés et de l’immigration illégale son cheval de bataille, avait déclaré plus tôt dans la journée :

"SeaWatch, ce n’est pas un bateau de croisière ! Si vous prenez des immigrants à bord, vous allez au port le plus proche, pas en Italie, au détriment des Italiens, juste parce que c’est une destination 'appréciée'. Ce n’est plus comme ça que ça marche pour moi."

Une fois la décision de Carola Rackete annoncée, le ministre a réagi en direct sur Facebook, déclarant : "L’immigration ne peut pas être gérée par des navires hors la loi : nous sommes prêts à bloquer toute forme d’illégalité. Celui qui fait des erreurs devra les payer", avant d’ajouter : "PS : L’Europe ? Absente, comme toujours."

La semaine dernière, Konbini news avait interrogé Pia Klemp, une autre capitaine de navire de Sea Watch, pour qui "la manière dont Matteo Salvini essaye de stopper les missions de sauvetage" est "absolument dégoûtante". La jeune femme risque une peine de vingt ans de prison et 15 000 euros d’amende par personne sauvée en mer.

Celle-ci nous avait assuré : "C’est complètement absurde et ridicule d’accuser un marin de sauver des vies", avant d’ajouter : "C’est le devoir le plus important de tout marin. Et on risque une peine de vingt ans d’emprisonnement et des amendes pour avoir sauvé des vies."

Lorsqu’on lui a demandé si elle avait peur des peines encourues, la réponse de Pia avait été sans appel, et similaire à la décision prise ce jour par Carola Rackete :

"J’ai peur de ce qui est déjà à l’œuvre aujourd’hui : la solidarité et les sauvetages sont criminalisés, et on est bloqués par les autorités européennes pour aider. Des gens meurent tous les jours en Méditerranée et dans le même temps, les gens qui essayent de les sauver et qui agissent par solidarité sont politiquement poursuivis et criminalisés."

L’intégralité de l’entretien avec Pia Klemp est disponible ici.

Par Astrid Van Laer, publié le 26/06/2019

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