© Préfecture de Loire-Atlantique

Interdiction de manifester à Nantes : que va-t-il se passer ce samedi ?

"Le gouvernement fait une erreur en interdisant ce rassemblement."

Samedi 3 août, la ville de Nantes avait prévu de rendre hommage à Steve Maia Caniço. Mais la préfecture de Loire-Atlantique en a décidé autrement. Jeudi 1er août, elle a fait part dans un communiqué, de sa "décision d’interdire tout rassemblement dans une grande partie du centre-ville de Nantes le samedi 3 août de 10 heures à 20 heures."

La préfecture s’inquiète d’un appel à un "rassemblement d’envergure national", lancé par plusieurs internautes et notamment relayé par des communautés actives de gilets jaunes.

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"Un appel à rassemblement à Nantes samedi circule actuellement sur les réseaux sociaux. Celui-ci n’a fait l’objet d’aucune déclaration à ce jour et aucun organisateur n’a donc pu être identifié afin de s’assurer de la mise en œuvre de conditions de sécurité suffisantes", peut-on lire dans le communiqué.

La préfecture prend la menace très au sérieux. Il n’y a qu’à jeter un coup d’œil à la carte des différents périmètres interdits pour en prendre la mesure. Tout le centre-ville de Nantes est dans le rouge.

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Le sujet est brûlant. Le choc lié à la mort du jeune homme de 24 ans a dépassé les frontières de la ville de Nantes. Lundi 29 juillet, le corps de Steve Maia Caniço a finalement été retrouvé dans la Loire. Le jeune homme de 24 ans était porté disparu depuis le soir de la fête de la musique, le 21 juin. Si les circonstances exactes de sa mort restent à établir, on sait que la police était présente.

Les autorités craignent que la mobilisation de samedi ne soit "renforcée par la présence des manifestants ultras et d’individus extrêmement radicaux de type 'black bloc'".

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Vraies craintes de débordements ou écran de fumée

Les craintes de débordements agitées par la préfecture sont-elles justifiées ou s’agit-il d’un écran de fumée ?

Pour beaucoup de Nantais c'est l'incompréhension. Interrogé par Konbini news, un porte-parole de l'association Media'son fulmine : "Ça peut être motivé par des faux appels des Black Block, ce qui est déjà discutable. Mais ce qui est scandaleux c’est de voir (le préfet) s’exprimer pour la première fois sur cette affaire via une interdiction de manifester. Ça montre ses capacités à gérer les situations de crise !"

Sur les réseaux sociaux, on peut en effet tomber sur des appels violents à manifester. "En hommage à Steve, Aboubacar, Adama, Zineb et tous les gilets jaunes et jeunes de cités tué·e·s par la police nous allons foutre le feu partout en France et surtout à Nantes 🇫🇷🔥", peut-on lire sur l’évènement Facebook "ACTE 38 : TOUS À NANTES POUR STEVE".

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Plus de 500 personnes ont indiqué qu’elles participeraient. Ils sont près de 3 000 à s’être déclarés intéressés par l’évènement.

Face au tollé généré par l’interdiction le préfet s’est défendu de vouloir empêcher tout rassemblement en mémoire du jeune homme.

"Il y a une manifestation légitime pour que tous ceux qui sont dans un état d’esprit d’émotion, que je comprends parfaitement […] Mais nous ne voulons pas que se greffe sur cette démarche d’émotion une catégorie d’individus qui ont fait savoir qu’ils viendraient perturber cet état d’esprit", expliqué à France Bleu.

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Il y a bien une petite boucle où la manifestation n’est pas interdite, insiste la préfecture. 

Malgré tout, les proches de Steve ont abandonné l’idée de se réunir pour lui rendre hommage. "Malheureusement avec l’interdiction de rassemblement de la préfecture aucune marche 'officielle' n’est prévue. En tout cas pas de notre côté ni du côté des proches", déplore Media’son.

Autorisation ou pas, on doit s’attendre à voir des gilets jaunes manifester demain dans le centre de Nantes. "Il y a beaucoup de monde qui va se rendre à Nantes, ça c’est sûr. On est très nombreux à penser que le gouvernement a fait une erreur en interdisant ce rassemblement", regrette Maxime Nicolle, l’un des visages du mouvement des gilets jaunes, interrogé par Konbini news.

Des arrêtés préfectoraux ont également été pris pour interdire des "artifices", les "objets pouvant constituer une arme", ainsi que "l’achat et la vente au détail, l’enlèvement ou le transport de tout carburant dans tous les points de distribution situés dans les communes de Nantes Métropole".

Ailleurs en France des rassemblements sont prévus pour rendre hommage à Steve. À Paris, une marche est notamment prévue à 12 heures, entre la place de Clichy (XVIIe arrondissement) et la place de la République (Xe arrondissement).

 

Par Astrid Van Laer, publié le 02/08/2019

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