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Human Rights Watch dénonce les "contrôles abusifs et racistes" de la police

Publié le

par Hugo Coignard

© CLEMENT MAHOUDEAU / AFP

"S’il n’y avait pas autant de contrôles, il n’y aurait pas de tensions dans le quartier", raconte Abdoul à l'ONG.

Human Rights Watch dénonce dans un rapport publié jeudi des "contrôles abusifs et racistes" de jeunes noirs et arabes, souvent mineurs, par la police française, selon des témoignages récoltés par l’ONG.

Ce rapport de 44 pages sur la pratique dite du "contrôle au faciès" a été réalisé pendant plus d’un an auprès d’une centaine de jeunes Noirs et Arabes de plusieurs villes de France.

Le Défenseur des droits avait déjà relevé en 2016 dans une enquête qu’un "jeune homme perçu comme Noir ou Arabe" a 20 fois plus de chances de se faire contrôler par la police que les autres.

Selon Human Rights Watch, ces contrôles comprennent souvent "une palpation corporelle intrusive et humiliante ainsi que la fouille des effets personnels".

"Ils nous parlent comme à des chiens"

Ainsi à Lille, Abdul, 18 ans, raconte un contrôle par une patrouille de quatre policiers lui barrant la route alors qu’il se rendait à son entraînement de karaté. 

"Un agent a retourné mon sac sans prévenir et jeté toutes mes affaires au sol. J’avais vraiment la haine, je lui ai demandé : 'Pourquoi tu fais ça ?' Je me suis mis à quatre pattes pour ramasser mes affaires. Quand je me suis relevé, un policier m’a poussé contre la voiture, il m’a écarté les jambes et m’a touché partout", témoigne le jeune homme à l’ONG de défense des droits de l’Homme.

Ce qui énerve Abdoul, jeune roubaisien de 18 ans, "c’est comment ils nous parlent, et les palpations. Ils nous parlent comme à des chiens. S’il n’y avait pas autant de contrôles, il n’y aurait pas de tensions dans le quartier. S’ils [nous] respectaient, on les respecterait".

Le sentiment que "rien ne va changer"

L’ONG note que peu de jeunes ayant subi un contrôle d’identité abusif vont ensuite déposer plainte, "par manque de confiance dans le système".

"La justice, elle n’existe pas. Ça ne changera jamais… Un flic, il me frappe, il n’a rien. Si moi je le frappe, je vais en prison", a expliqué un homme de 20 ans d’origine nord-africaine à Human Rights Watch.

Judith Sunderland, directrice adjointe de la division Europe et Asie centrale de l’ONG, a pu constater parmi les jeunes interrogés ce sentiment partagé que "rien ne va changer".

"J’ai réalisé de mêmes recherches il y a huit ans. Mais cette fois-ci j’ai noté qu’il y a davantage ce sentiment que 'rien en va changer', que 'ça ne sert à rien'. Il y a huit ans, les gens avaient plus d’espoir de voir des changements", explique l’auteure à Konbini news. Elle espère cependant que "les récentes marches contre le racisme et les violences policières donneront davantage d’espoir à ces personnes".

"C’est la politique du chiffre" – Un policier

Un policier a admis à Human Rights Watch que l’usage des contrôles et des palpations par la police est "un moyen détourné de voir s’il y a des stupéfiants".

Il ajoute, sous couvert d’anonymat : "C’est la politique du chiffre : rechercher des stupéfiants est la façon la plus rapide de faire du chiffre. J’ai même eu un supérieur qui disait qu’il préférait qu’on arrête dix usagers plutôt qu’un dealer, car pour attraper un dealer, il faut beaucoup plus de temps et de ressources."

L’agent précise à l’ONG que beaucoup de ses collègues sont eux aussi inquiets de leur propre sécurité.

Le récépissé après contrôle : la solution ?

Human Rights Watch appelle le président Emmanuel Macron à réformer le cadre légal des contrôles policiers.

Dans une récente interview à l’AFP, le Défenseur des droits Jacques Toubon avait lui aussi estimé que la traçabilité des contrôles était nécessaire, et possible, comme l’a montré la récente période de confinement. 

Demande récurrente des partis de gauche et des ONG de défense des droits de l’Homme, et promesse de François Hollande lorsqu’il était candidat, le système d’un récépissé après chaque contrôle n’a jamais été mis en place. Les syndicats de police s’y opposent.

Konbini news avec AFP

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