©Sebastiano Tomada via Getty Images

Handicap International veut en finir avec les bombardements des civils

L’ONG souhaite que la France s'engage contre ces pratiques militaires.

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90. C’est le nombre de civils tués ou blessés chaque jour par des armes explosives en 2017. Un massacre qui se déroule dans le huis clos des villes. Parmi les victimes du fracas des bombes, 92 % sont des civils frappés en zones urbaines, révèle Handicap International, qui organise depuis début septembre en France sa 24e Pyramide de chaussures.

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Une pétition en ligne a déjà récolté plus de 110 000 signatures pour dire stop aux bombardements des civils. L'ONG veut réunir un million de voix pour faire pression sur les États.  

Car les chiffres sont alarmants. À Mossoul, deuxième ville d’Irak, plus de 2 000 frappes aériennes ont eu lieu entre octobre 2016 et septembre 2017. Plus de 3 000 civils ont été tués par des bombardements de l’armée irakienne et de la coalition internationale, selon une enquête d’Associated Press, publiée fin 2017

Au Yémen, plus de 16 000 raids aériens ont eu lieu depuis 2015, entraînant là encore des milliers de victimes innocentes dans des zones peuplées. Depuis le début du conflit, 5 000 enfants ont perdu la vie. 

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Bombes à retardement

Approximatifs, ces bombardements tuent et mutilent sans faire de distinction entre les combattants et les civils. Les armes explosives n’explosent pas toutes à l’impact non plus. Enfouies sous les gravats et les décombres, elles deviennent de véritables bombes à retardement. "Il faudra plusieurs décennies, probablement entre 30 et 50 ans, pour décontaminer le territoire syrien et irakien", alerte Baptiste Chapuis, chargé de plaidoyer Armes chez Handicap International.

Autre conséquence de ces pratiques militaires : "Les restes d’explosifs de guerre empêchent le retour des exilés dans leur ville", explique-t-il.

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Face à ce constat, il est urgent que la communauté internationale agisse pour protéger les civils. Mais à ce jour, seuls douze États travaillent à la rédaction d’une déclaration politique internationale visant à interdire les bombardements en zones peuplées d’ici fin 2018. La France, elle, reste parmi les abonnés absents.

"La France a un rôle moteur à jouer"

Troisième exportateur mondial d’armement, l’Hexagone a pourtant une part de responsabilité dans les bombardements de civils, en particulier au Yémen. Parmi les plus gros clients du pays des Droits de l’homme figure en effet l’Arabie saoudite, qui pilonne sans mesure le pays depuis plus de trois ans.

Ces crimes sont documentés. Selon les Nations unies, la coalition menée par l’Arabie saoudite s’est en effet rendue coupable de multiples violations du droit humanitaire au Yémen : attaques de civils, bombardements d’hôpitaux, ou encore utilisation d’armes prohibées. En mars dernier, Amnesty International et l'ACAT rendaient public une étude juridique destinée à évaluer la légalité des ventes d’armes de la France à l’Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis.

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"En tant que membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU, la France a un rôle moteur à jouer", assure Baptiste Chapuis de Handicap International. Un rôle d’autant plus attendu qu’en campagne présidentielle, Emmanuel Macron avait répondu favorablement à l’appel de l’ONG pour "l’élaboration d’une déclaration politique internationale sur ce sujet".

Pour respecter sa parole, le chef de l’État a une fenêtre de tir. Du 11 au 13 novembre, Emmanuel Macron a donné rendez-vous aux chefs d’États de plus de 80 pays à Paris pour le Forum International pour la Paix. "Ce serait une occasion rêvée de prendre une position courageuse, insiste Baptiste Chapuis. Pour y arriver, cela passe par la mobilisation des citoyens." 

Handicap International leur donne rendez-vous le 29 septembre à Lyon, Paris et à Nice pour dire non aux bombardements des civils.

Par Axel Roux, publié le 27/09/2018

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