(FILES) In this file photo taken on September 19, 2018 former Elysee senior security officer Alexandre Benalla looks over prior to the start a Senate committee in Paris. – The President former bodyguard has been indicted again by judges on November 29, 2018 for « interference in exercise of a public function » and « deliberate violence » as he alledgedly hit a demonstrator arrested in the Jardin des Plantes before a May Day rally in Paris, AFP reported on December 16, 2018. (Photo by Bertrand GUAY / AFP)

Le grand n’importe quoi des réseaux sociaux, spécial "pistolet à eau" de Benalla

Affaire Alexandre Benalla, épisode 3245.

Alexandre Benalla en costume dans la cour d'assise.

© Bertrand GUAY / AFP

"Ça peut paraître loufoque, mais c’est la réalité", a assuré Alexandre Benalla devant les juges pour tenter de les convaincre que l’arme identifiée comme étant un pistolet de type Glock avec laquelle il posait sur une photo révélée par Mediapart – à une période où il n’était pas autorisé à en porter une en dehors du QG de la République en marche –, était en réalité… un pistolet à eau.

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L’ancien collaborateur déchu de l’Élysée était entendu par les juges d’instruction le 29 novembre dernier. Sa défense pour le moins originale semble avoir fonctionné puisqu’ils ont renoncé, à ce stade, à ordonner sa mise en examen pour "détention non autorisée d’arme de catégorie B", comme ils l’envisageaient initialement.

Mais Alexandre Benalla n’a pas échappé à tous les chefs d’accusation : il a de nouveau été mis en examen pour des violences en marge du défilé parisien, cette fois au Jardin des Plantes, peu avant l’affaire de la Contrescarpe, a appris l’AFP dimanche de source proche du dossier.

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Déjà poursuivi depuis le 22 juillet pour ces faits survenus place de la Contrescarpe à Paris, il a de nouveau été entendu le 29 novembre. L’enquête vise donc aussi les événements intervenus quelques heures plus tôt au Jardin des Plantes. Ce jour-là, le jeune homme de 27 ans se trouvait en "observateur" embarqué avec les forces de l’ordre.

Ces faits, révélés après la mise en examen initiale de M. Benalla, constituent le premier acte de cette journée du 1er mai qui a précipité au cœur de l’été la chute de l’ex-chargé de mission, un élément central du dispositif sécuritaire autour d’Emmanuel Macron.

Plusieurs vidéos le montrent avec son acolyte Vincent Crase, employé du parti présidentiel La République en Marche, aux côtés de policiers dans les allées du jardin. Dans l’une d’elles, on les voit emmener un homme qui vient d’être interpellé alors que des CRS sont autour d’eux.

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Au terme d’un interrogatoire de plus de huit heures, les magistrats ont une nouvelle fois mis en examen M. Benalla pour "immixtion dans l’exercice d’une fonction publique" et "violences volontaires en réunion ayant entraîné une incapacité totale de travail inférieure à 8 jours". Des faits commis au préjudice de l’homme interpellé ce jour-là, Khélifa M.

À ce moment-là, Alexandre Benalla et Vincent Crase suivaient des policiers en civil appelés en renfort au Jardin des Plantes alors que des CRS essuyaient des jets de pierre venus de militants d’ultragauche, selon M. Benalla. Khélifa M., partie civile au dossier, affirme s’être réfugié dans le parc après un mouvement de foule et avoir été frappé. Il devra répondre dans quelques mois devant le tribunal de violences sur des policiers, des faits qu’il conteste.

Rires et silences

Depuis le début de l’affaire, les juges cherchent aussi à savoir si M. Benalla a outrepassé son rôle d’observateur en interférant dans les missions de la police.

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Interrogé sur ce point, Benalla a démenti tout rôle directif, soutenant au contraire qu’il était "en retrait". Sur les vidéos, "on constate à chaque fois que je n’ai pris aucune initiative […] Je suis le mouvement", se défend-il, selon l’interrogatoire dont a eu connaissance l’AFP.

Mais les choses se seraient ensuite emballées lorsque Khélifa M. aurait tenté d’échapper aux policiers. Si Alexandre Benalla reconnaît l’avoir interpellé avec Vincent Crase, et lui avoir fait "une clé de bras" avant de le remettre aux forces de l’ordre, il affirme avoir agi par "réflexe citoyen", un argument qu’il a déjà mis en avant lors de sa première mise en examen.

"J’ai apporté mon concours à la force publique pour interpeller un délinquant violent qui venait de commettre un acte grave sur les policiers", des jets de pierre sur des CRS, a-t-il justifié.

Des explications qui semblent avoir laissé les juges dubitatives : - "Admettez-vous qu’à ce moment-là vous n’êtes plus vraiment dans votre mission d’observation"? Entre rires, silences et piques à l’adresse des trois magistrates, la suite de l’interrogatoire est tendue.

"Ce n’est pas normal d’arrêter un délinquant et d’aider les policiers ?", se défend-il. Il refuse ensuite de répondre aux questions sur le cas de Khélifa M.

La suite de l’interrogatoire lui sera ensuite plus favorable. Les juges ont décidé de ne pas le mettre en examen pour un port illégitime de brassard de police, ni pour une autre interpellation dénoncée dans les médias par un couple qui se trouvait au Jardin des Plantes. Pour sa défense, il a assuré ne pas avoir assisté à cette scène.

"Et le coffre qui a disparu, c’était son coffre à jouets ?"

La justification du pistolet à eau n’a pas manqué de faire réagir les internautes, qui ont sauté sur l’occasion de moquer tantôt la stratégie des avocats de la défense, tantôt l’ancien chargé de mission lui-même.

Konbini avec AFP

Par Astrid Van Laer, publié le 17/12/2018

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