(c) CHARLY TRIBALLEAU / AFP

Gilets jaunes, acte V : malgré les doutes et les violences, les leaders tiennent bon

À quoi va ressembler la journée de mobilisation de demain ?

À Caen, le 18 novembre. (© Charly Triballeau/AFP)

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Combien d’actes aura donc cette pièce de théâtre made in France ? Le samedi 15 décembre correspond à l’acte V de la mobilisation des gilets jaunes, qui protestent contre l’augmentation du coût de la vie.

Si c’est bien l’augmentation du carburant qui a mis le feu aux poudres, la liste des revendications de ces Français qui ont choisi comme signe de ralliement un gilet jaune, n’a cessé de croître ces dernières semaines.

Les événements de ces derniers jours étaient toutefois de nature à remettre en question une cinquième journée de mobilisation. Il y a d’abord eu l’allocution télévisée du président de la République lundi, au cours de laquelle il a promis plusieurs mesures censées calmer la grogne des gilets jaunes (augmentation de 100 euros du smic, suppression des charges et des impôts sur les heures supplémentaires et les primes de fin d’année, annulation de la hausse de la CSG pour les retraites de moins de 2 000 euros…)

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À cela s’est ajouté l'attentat de Strasbourg, qui a coûté la vie à au moins quatre personnes et fait une douzaine de blessés mardi soir. Afin de capturer le terroriste en fuite, le gouvernement a mis en place un plan "urgence attentat" pouvant limiter les manifestations de samedi. L’assaillant a depuis été retrouvé et abattu.

"Cette semaine nous avons occupé tous les jours et tous les soirs"

Tous les responsables politiques, à l’exception de Jean-Luc Mélenchon, avaient exhorté les gilets jaunes à prendre leur mal en patience et à reporter la manifestation de demain. Le doute était donc permis sur l’ampleur et la forme que prendrait le rassemblement. Pour la totalité des gilets jaunes interrogés par Konbini news, aucun de ces événements n’a remis en cause l’acte V. Il n’en a tout bonnement jamais été question.

"Cela n’a rien changé, les gens sont pareils sur les points de blocage, ça ne les a pas démotivés, c’est plus la météo qui les refroidit un peu", assure Ghilsain Coutard. Le jeune Narbonnais est considéré comme l’un des fondateurs du mouvement. Même son de cloche du côté de José Espinosa, gilet jaune de Montreuil, en Seine-Saint-Denis : "Cela n’a rien remis en cause. Cette semaine nous avons occupé tous les jours et tous les soirs le rond-point de la Croix de Chavaux. Et le mouvement continue de grossir."

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Les annonces façon "cadeaux de Noël" faites lundi par Emmanuel Macron n’ont pas été à la hauteur. "II fait une apparition furtive de 13 minutes au bout d’un mois. Je ne sais pas pourquoi il est autant absent ce mec-là. Il est fou", ironise Ghislain Coutard.

"Des actions de mobilisation partout sur le territoire”

Jeudi 13 décembre deux visages célèbres du mouvement – Maxime Nicolle et Priscillia Ludosky – ont donné une conférence de presse devant un lieu à forte charge symbolique : le Jeu de Paume. Le but ? Réaffirmer leur engagement et leur détermination. "On a prêté le serment de rester soudés jusqu’à ce que le gouvernement cède", explique à Konbini news par téléphone Maxime Nicolle, plus connu sous le nom de "Fly Rider".

"Demain, il y aura des actions de mobilisation partout sur le territoire", assure le gilet jaune qui réside dans les Côtes-d’Armor. De son côté, Ghislain Coutard sera fidèle au poste sur l’un des ronds-points de Narbonne : "Demain je pense qu’on sera le même nombre de personnes. En plus, il y a Carcassonne qui nous rejoint à chaque fois, et d’autres villes autour."

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Quid de Paris ? Le Marseillais Mathieu Blavier hésite à venir. Ils sont plusieurs gilets jaunes à s’attendre à une mobilisation de moins grande ampleur dans la capitale.

"Je pense qu’à Paris il y aura un petit peu moins de monde : ça les a un peu refroidis le gros piège à souris de la semaine dernière. Ils ne vont peut-être pas prendre le risque de passer le week-end en garde à vue encore", explique Ghilsain Coutard.

Le jeune homme fait référence au nombre record d’interpellations samedi dernier dans la capitale. "Je pense qu’il y aura un tout petit peu moins de monde", confirme Maxime Nicolle qui fera le déplacement jusqu’au centre de Paris. "Demain, je serai sur les Champs-Élysées le matin pour manifester mais je vais partir tôt pour éviter les casseurs", nous explique Julie, gilet jaune qui habite l’Essonne.

"Il y aura un acte VI, un acte VI, un acte VII…"

Car les casseurs sont bien dans les têtes de tout le monde. Leur présence est inéluctable: "On les repère bien depuis le début, depuis le 17 novembre, c’est toujours pareil", déplore Julie. "On le sait, qu’il y aura des casseurs", abonde Mathieu Blavier.

Il y a aussi la question des violences des forces de l'ordre. "Ils ne me font pas peur, ils sont là pour notre sécurité. Ils ne sont pas sympas, mais bon, c’est pas grave. On ne peut pas leur en vouloir", nous confie le Marseillais. D’autres font moins confiance. "Des volontaires seront sur place pour filmer les violences policières sur les gilets jaunes. On va filmer ce qu’il se passe", explique Maxime Nicolle.

Une chose est sûre : parmi les personnes que nous avons interrogées, la détermination ne faiblit pas. "Tant que le gouvernement ne donnera pas satisfaction sur des points clefs, il y aura un acte VI, un acte VI, un acte VII…", explique José Espinosa. Mais de quoi parle-t-on exactement ?

On peut considérer qu’il y a deux revendications partagées par tous les gilets jaunes : l’augmentation du pouvoir d’achat et un retour aux urnes, que ce soit pour un référendum populaire ou de nouvelles élections législatives.

La mobilisation de demain est capitale pour la suite des événements. Pour faire pression sur le gouvernement, le mouvement ne doit pas faiblir.

Par Clothilde Bru, publié le 14/12/2018

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