A French flag floats as fire is burning during a protest of Yellow vests (Gilets jaunes) against rising oil prices and living costs, on December 1, 2018 in Paris. – Speaking at the Paris police’s command centre, French Prime Minister said 36,000 people were protesting across France, including 5,500 in the capital for this 3rd nationwide day of blockade ands demos. (Photo by Geoffroy VAN DER HASSELT / AFP)

"Gilets jaunes" et gouvernement, pourquoi les négociations sont impossibles

Chaque rencontre finit par être annulée.

(Photo by Geoffroy VAN DER HASSELT / AFP)

Édouard Philippe devait recevoir une délégation de huit gilets jaunes ce mardi 4 décembre dans l’après-midi à Matignon. Finalement et sans grande surprise la rencontre n’aura pas lieu. C’est le deuxième rendez-vous manqué entre l’exécutif et un petit noyau de représentants du mouvement social qui secoue la France depuis plusieurs semaines.

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Vendredi déjà, une rencontre avec un groupe de huit autres "gilets jaunes" avait capoté. Aujourd’hui comme la semaine dernière, les motifs de cet échec ne sont pas très clairs.

“Si tu sors de chez toi, tu vas pisser rouge”

Mardi matin, Matignon confirme l’annulation de la réunion, "faute de participants". La majorité de la délégation a en effet décidé de s’abstenir craignant pour sa sécurité. Jacline Mouraud est l’une des premières à s’être exprimée sur le sujet. Cette figure emblématique du mouvement qui devait se rendre aujourd’hui à Matignon a déclaré au micro de BFMTV : "Nous avons tous été menacés, notamment nos enfants."

Cette version est confirmée par un autre membre de la délégation. Interrogé par Konbini news, Benjamin Cauchy confirme avoir reçu une trentaine de menaces en tout :

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“Si tu sors de chez toi, tu vas pisser rouge”, ou encore “Protège tes enfants."

Si pour le "gilet jaune" originaire de Toulouse, ce n’est que le fait que d’une “minorité qui s’est radicalisée” il confirme que la rencontre n’aurait pas pu avoir lieu pour des raisons de sécurité. Toutefois, ce n’est pas pour cette raison qu’il a décliné l’invitation :

"Le gouvernement ne voulait pas vraiment négocier. Ils voulaient nous recevoir pour l’image, qu’on serve de marionnette au service d’une communication politique."

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Résultat des courses, "gilets jaunes" et gouvernement semblent dans l’incapacité de se retrouver autour de la table.

Un mouvement horizontal

L’autre facteur qui bloque sérieusement les négociations, c’est la difficulté du mouvement à désigner des représentants. “Le mouvement des gilets jaunes est un mouvement horizontal, qui refuse tout leadership et tout porte-parolat. Donc pour négocier, c’est très compliqué,” confirme Benjamin Cauchy.

Pour Frank Buhler, "gilet jaune" du Tarn-et-Garonne, élire des représentants n’a aucun sens. Les "gilets jaunes", c’est le peuple :

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"Depuis quinze jours, il y a une bande de rigolos qui se dit 'élus' ou 'choisis'. Mais à chaque fois, ils se retirent parce qu’ils ne sont pas légitimes. La base ne les reconnaît pas. Les gens sont furieux. Personne n’est représentant."

Éric Drouet, autre figure emblématique des "gilets jaunes", devait se rendre à Matignon vendredi dernier. Il a finalement choisi de se retirer de peur de porter atteinte à la collégialité du mouvement. Le "gilet jaune" avait déclaré sur les réseaux sociaux : "Aucune délégation n’a encore le rôle de représenter les 'gilets jaunes'", avant d’ajouter presque menaçant : "Ceux qui accepteront d’y aller devront en accepter les conséquences".

Cette fois aussi, la délégation choisie ne faisait pas l’unanimité. Baptisé les "gilets jaunes libres", le collectif que devait recevoir Édouard Philippe ce mardi après-midi s’était constitué à l’occasion d’une tribune publiée dans le JDD dimanche 2 décembre. Toutefois, il était loin d’avoir l’assentiment de l’ensemble du groupe des "gilets jaunes".

Ghislain Coutard, qui est considéré comme l’un des fondateurs du mouvement, nous explique cette défiance : “Ils se sont auto-élus, il n’y a pas eu d’élection juste, on ne sait vraiment pas qui et qui. On ne peut pas savoir à 100 % qui sont ces représentants.”

Défiance envers les représentants

D’une manière générale, le mouvement des "gilets jaunes" cristallise une défiance envers les élus des partis politiques comme des syndicats. Ils sont donc réticents à utiliser les instruments traditionnels de négociations. L’idée d’être représentés ne convient pas à tout le monde, nous confirme Ghislain Coutard : “Certains ne veulent pas du tout être commandés. En fait, ça devient l’anarchie : ils ne veulent pas de chef, pas de référent et pas d’organisateur.”

Le souci de transparence est partout. Mardi dernier, le ministre de la Transition écologique, François de Rugy, recevait Priscillia Ludosky et Eric Drouet. Par mesure de sécurité, ce dernier avait pris le soin de filmer l’intégralité de l’entretien et de le diffuser en direct sur Facebook.

Pour Benjamin Cauchy, "gilets jaunes" et gouvernement doivent donc s’en tenir pour le moment à un "dialogue social 3.0" :

“Le dialogue social se passe par médias interposés et les réseaux sociaux et c’est plutôt positif, parce que tout ce qu’on dit s’entend et se voit et tout ce qu’on nous répond s’entend et se voit. Le fait de ne pas être enfermé dans une salle à Matignon nous permet d’être le plus transparent possible.”

On ne peut s’empêcher de se demander : dans de telles conditions, une rencontre peut-elle vraiment être possible ? Pour Benjamin Cauchy : "Il n’y a que deux fins possibles : la négociation ou la dissolution de l’Assemblée nationale."

À l’inverse, certains membres du mouvement sont complètement opposés à l’idée d’asseoir autour d’une table une poignée de "gilets jaunes" et certains membres du gouvernement.

Une chose est sûre, le moratoire sur la hausse des taxes sur les carburants annoncé par Édouard Philippe ce mardi est loin d’avoir calmé la colère des "gilets jaunes". Dans ces conditions, l’issue du conflit social reste incertaine.

Par Clothilde Bru, publié le 04/12/2018

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