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Fraude fiscale : le PDG de Renault arrêté au Japon

Ce n’est pas pour rien qu’on le surnomme le "cost killer".

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Le PDG de Renault, Carlos Ghosn, l’un des plus grands patrons d’industrie au monde, a connu lundi 19 novembre une chute brutale : il été arrêté à Tokyo sur des soupçons de malversations et s’apprête à être limogé par Nissan, qui a dénoncé son "côté obscur".

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Le président exécutif du constructeur d’automobiles japonais, Hiroto Saikawa, a eu des mots très durs contre l’ex-PDG, tombé pour avoir trop concentré les pouvoirs, selon ses mots.

"C’est un problème que tant d’autorité ait été accordée à une seule personne", a déclaré Hiroto Saikawa lors d’une conférence de presse au siège du groupe à Yokohama, en banlieue de Tokyo. "Je dois dire que c’est un côté obscur de l’ère Ghosn", et, "à l’avenir, nous devons nous assurer de ne pas nous appuyer sur un individu en particulier", a-t-il ajouté.

Se départissant de la prudence adoptée en pareil cas, et sans même attendre les conclusions de l’enquête, Nissan a annoncé la tenue d’un conseil d’administration dès ce jeudi pour démettre Carlos Ghosn de son poste de président de cette instance.

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Dissimulation de revenus

Surnommé le "cost killer", Carlos Ghosn, qui dirige en outre le conseil d’administration de Mitsubishi Motors, "a pendant de nombreuses années déclaré des revenus inférieurs au montant réel", selon les résultats d’une enquête interne de Nissan menée sur la base du rapport d’un lanceur d’alerte.

"En outre, de nombreuses autres malversations ont été découvertes, telles que l’utilisation de biens de l’entreprise à des fins personnelles", ajoute Nissan. Un autre responsable du groupe, Greg Kelly, est mis en cause. Les informations ont été transmises au parquet de Tokyo, qui n’avait pas communiqué dans l’immédiat.

Si Hiroto Saikawa s’est dit "extrêmement choqué" par ces révélations, il a tout de même reconnu que Carlos Ghosn avait "réalisé d’importantes réformes et que ce qu’il avait accompli ne pouvait être nié".

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Le Franco-Libano-Brésilien de 64 ans a ainsi érigé en à peine deux décennies un empire automobile, en cumulant des fonctions comme aucun autre dirigeant d’entreprises de cette taille ne l’avait fait avant lui.

Salaire de Carlos Ghosn : l’éternelle polémique

Carlos Ghosn, est l’un des chefs d’entreprise les mieux rémunérés de France. Son salaire, évalué à 15 millions d’euros par an depuis 2014, a suscité diverses polémiques et des accrochages avec l’État français.

En tant que PDG de Nissan, poste qu’il a quitté le 30 mars 2017, il avait touché sur cette année fiscale (avril 2016/mars 2017) quasiment 1,1 milliard de yens, soit environ 8,8 millions d’euros, selon des documents de référence du groupe Renault que l’AFP a consultés.

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À la tête du groupe Renault en tant que PDG depuis 2009 (auparavant il en était uniquement le directeur général), son salaire annuel dépasse les 7 millions d’euros, depuis 2014 (contre entre 1 et 4 millions annuels les années précédentes). Sa rétribution comprend une part fixe, une part variable et des actions de performances, selon les documents de référence.

En juin 2017, Carlos Ghosn avait démenti des informations de l’agence Reuters sur l’existence d’un projet de banquiers de l’Alliance Renault-Nissan-Mitsubishi visant à cacher des millions d’euros de bonus supplémentaires du PDG et d’autres dirigeants, via une société off-shore installée aux Pays-Bas.

Les émoluments très élevés de Carlos Ghosn se sont souvent retrouvés sur le devant de la scène médiatique, jusqu’à entraîner l’intervention de l’État, titulaire de 15 % du capital et d’environ 20 % des droits de vote dans l’entreprise.

Le 29 avril 2016, l’assemblée générale des actionnaires de Renault avait rejeté par 54 % des voix le niveau de rémunération du PDG fixé pour l’exercice 2015 (en année calendaire) à un total de 7,25 millions d’euros, en hausse de 0,49 % sur 2014.

Mais ce vote n’était que consultatif et le conseil d’administration du groupe avait finalement avalisé le salaire de son patron, en arguant de la "qualité des résultats de l’année 2015". Pendant trois ans, l’État avait voté contre la rémunération du dirigeant qui restait inflexible et ardent défenseur d’une rémunération très forte.

Finalement, en février 2018, Carlos Ghosn a accepté de réduire sa rémunération de 30 %, une condition imposée par le gouvernement du président Emmanuel Macron pour apporter son soutien à sa reconduction pour un nouveau mandat de quatre ans à la tête de Renault, à partir de juin 2018.

Konbini news avec AFP

Par Clothilde Bru, publié le 19/11/2018

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