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La France en bonne voie pour autoriser le cannabis thérapeutique

L'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé rendra sa décision dans les jours à venir.

Un comité d'experts scientifiques, conduit par le président de SOS Addiction, Nicolas Authier, s'est réuni mercredi 12 décembre pour une troisième réunion en vue d'évaluer la "pertinence et la faisabilité de la mise à disposition du cannabis thérapeutique" en France. Au programme : retours d'expérience sur l'utilisation du cannabis médical en Allemagne et en Suisse, et étude du rapport de l'OETD (Observatoire européen des drogues et des toxicomanies).

Le comité scientifique a rendu ses conclusions en fin de journée et a jugé "pertinent" l'autorisation de l'usage du cannabis dans certains cas. Les experts sont parvenus à cette décision après avoir, lors de la première séance en octobre, passé en revue le système canadien, qui a récemment légalisé le cannabis, et dressé un état des lieux de la consommation de cannabis en France et dans le monde.

Lors de la seconde réunion, le comité avait reçu des associations de patients – des personnes atteintes d'épilepsie, de Parkinson ou de diverses maladies rares – mais également procédé à une évaluation des risques liés au cannabis comme la toxicomanie ou les troubles cardiovasculaires.

Pas de forme "fumée"

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Le conseil a rendu plusieurs avis complétant la mise à disposition du cannabis thérapeutique en France. Parmi eux : la création d'un registre national des patients traités pour évaluer le ratio bénéfice/risque mais également l'accompagnement médical des patients "ayant un usage du cannabis thérapeutique justifié" ou encore la mise en place d'études académiques sur le sujet.

Le comité a donc listé plusieurs "situations thérapeutiques" qui justifient un usage, c'est-à-dire les pathologies justifiant l'usage du cannabis thérapeutique. Il s'agit des douleurs réfractaires aux thérapies, de certaines formes d'épilepsie sévères, dans le cadre des soins de support en oncologie, dans les situations palliatives et enfin, dans la "spasticité douloureuse" de la sclérose en plaques.

Toutefois, la voie d'administration sera différente de celle attendue. Exit les joints et leur fumée, le cannabis thérapeutique a beaucoup de chance d'être prescrit sous la forme de gélule, comme un médicament traditionnel. En effet, le conseil a exclu la voie d'administration "fumée".

Le feu vert du comité ne fait pas loi, l'ANSM devra prendre une décision dans les jours qui arrivent.

Des malades obligés de se mettre en situation d'illégalité

De nombreuses associations de malades se battent depuis des années pour légaliser le cannabis thérapeutique. Beaucoup d'entre eux se placent dans des situations à risque, comme Franck Milone, à qui l’on a diagnostiqué une sclérose en plaques alors qu’il avait 18 ans.

Ce dernier racontait récemment à Konbini news comment il est régulièrement obligé de se mettre dans l'illégalité en se procurant du cannabis à l'étranger.

Un discours similaire à celui de Bertrand Rambaud. Il y a trois semaines, ce dernier atteint du sida ainsi que des hépatites B et C témoignait. Il a accepté de s'exprimer malgré les risques encourus. Intolérant aux anti-rétroviraux, il subit une hausse des effets secondaires de ses traitements. Pour lui, le cannabis lui permet simplement de "vivre" et d'effectuer des actions aussi simples que manger et dormir.

Par Astrid Van Laer, publié le 13/12/2018