© LIONEL BONAVENTURE / AFP

Marche arrière : le Sénat renonce à allonger le délai pour l'IVG

"Mais de qui se moque-t-on !", a réagi le planning familial, qui soutenait grandement cet amendement.

Voté par les sénateurs vendredi 7 juin dernier, l’allongement du délai légal pour avoir recours à une IVG (interruption volontaire de grossesse) n’aura finalement pas lieu. L’amendement qui le prévoyait a été revoté hier à l’initiative de la ministre de la Santé et des Solidarités Agnès Buzyn, qui avait plaidé pour une "deuxième délibération".

L’adoption de cet amendement avait en effet provoqué une série de critiques puisqu’il avait eu lieu dans un hémicycle très clairsemé : seule une petite vingtaine de sénateurs étaient encore présents au moment de son examen. Le dernier article venait d’être voté et restaient seulement "une poignée d’amendements" à examiner.

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Le président Les Républicains de la commission des Affaires sociales, Alain Milon, avait alors critiqué les circonstances du vote, arguant :

"Ce n’est pas en toute fin de texte, au détour d’un article additionnel et avec une majorité de circonstance, que l’on réforme le délai d’accès à l’IVG."

Agnès Buzyn a déclaré hier devant les sénateurs qu’elle estimait "en conscience et en responsabilité que les conditions dans lesquelles le Sénat s’est prononcé vendredi dernier pour allonger le délai pour recourir à une IVG n’étaient pas satisfaisantes", poursuivant que cela était dû "aux circonstances particulières du vote". Puis elle avait assuré :

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"Je veux réunir les conditions pour que ce débat légitime ait lieu dans le bon cadre et en assurant l’ensemble des échanges que l’importance du sujet justifie."

"Ne croyez pas que les femmes vont se dire : 'Oh, j’ai encore deux semaines, je vais partir en vacances'"

L’amendement en question était porté par la sénatrice socialiste Laurence Rossignol, ancienne secrétaire d’État chargée notamment de la Famille, de l’Enfance et des Droits des femmes et cette initiative était soutenue par le planning familial.

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Vendredi dernier, Laurence Rossignol s’était réjouie, déclarant : "Je n’en reviens pas", avant de qualifier cet allongement de "vrai plus" pour les droits des femmes. Dans l’hémicycle hier, elle avait tout tenté pour qu’il soit à nouveau voté, dans un dernier plaidoyer :

"Je ne peux pas laisser dire ou entendre ou présupposer que si on allonge les délais d’IVG, eh bien, après 14 [semaines], ce sera 16 et puis pourquoi pas 18… C’est mal connaître les femmes. Quand une femme est enceinte, qu’elle ne peut pas garder un enfant, le plus vite elle avorte, le mieux c’est.

Ne croyez pas que les femmes vont se dire : 'Oh, j’ai encore deux semaines, je vais partir en vacances puis après je verrai pour l’IVG !'"

Laurence Rossignol a ensuite énoncé les différentes raisons qui font qu’elle se bat pour un allongement du délai légal d’IVG : le "manque d’accès aux soins", la "désorganisation des services", le "manque de médecins", le fait d’être mineure et ne pas oser en parler ou encore celui de prendre la pilule et donc de confondre un retard de règles dû à la grossesse avec un retard dû à la prise de la pilule.

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Selon la sénatrice, la suppression de cet amendement va contribuer à "accroître les injustices sociales", les femmes qui pourront se permettre financièrement d’avoir recours à une IVG à l’étranger, les autres "feront comme elles pourront""Mais de qui se moque-t-on !", a pour sa part réagi le planning familial dans un communiqué.

Par Astrid Van Laer, publié le 12/06/2019

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