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Files distinctes pour déposer plainte : l’annonce de Gérald Darmanin ne passe pas

Publié le

par Astrid Van Laer

Photomontage : Photo de Gérald Darmanin © Blondet Eliot/ABACA via Reuters Connect et © Capture d’écran Twitter @GDarmanin

Cette "nouveauté au commissariat d’Orléans" a rapidement occasionné de nombreuses inquiétudes.

Alors que l’on apprenait mercredi que le policier qui avait pris la plainte de Chahinez Daoud, victime de féminicide brûlée vive par son mari le 4 mai dernier à Mérignac, venait lui-même d’être condamné pour "violences intrafamiliales", un dispositif présenté par Gérald Darmanin a une nouvelle fois donné lieu à des interrogations quant à la politique du gouvernement en matière de lutte contre les violences conjugales.

En fin de matinée ce vendredi, le ministre de l’Intérieur s’est félicité d’une "nouveauté au commissariat d’Orléans", se fendant d’un tweet expliquant qu’une "signalétique différente et deux files d’attente distantes" y avaient été mises en place. Et de détailler : "une avec un rond orange pour les personnes victimes de viol, de violences conjugales ou intrafamiliales et une avec un rond bleu pour les victimes d’une autre infraction."

Très rapidement, de nombreux internautes se sont insurgés contre cette initiative, pointant du doigt les risques de stigmatisation des victimes, rappelant les difficultés déjà éprouvées par les victimes lors de leur parcours de plainte.

Pour rappel, en mars dernier, le collectif Nous Toutes publiait une enquête baptisée Prends ma plainte dont les résultats étaient alarmants.

"66 % des répondantes font état d’une mauvaise prise en charge par les forces de l’ordre lorsqu’elles ont voulu porter plainte pour des faits de violences sexuelles", rapportait notamment Nous Toutes. En 2018, Konbini news avait recueilli le témoignage de Lina et Marie. Les deux jeunes femmes se confiaient sur leur parcours du combattant pour porter plainte pour viol :

"Deux files d’attente distantes"

Voyant la polémique enfler et accusé d’accentuer un problème déjà existant en exposant les victimes venues déposer plainte, le ministre a publié un nouveau message dans lequel il déclarait : "Pas de place pour la polémique sur un sujet aussi sérieux. Ce sera le même dispositif que celui mis en place au Mans, qui respecte la confidentialité des victimes et qui donne entière satisfaction."

Ce dispositif n’est effectivement pas nouveau. Appelé "Tableau d’Accueil Confidentialité", il avait été notamment présenté lors de son introduction dans un commissariat du Mans l’an passé. La police nationale avait publié une vidéo qui s’accompagnait du message suivant : 

"Le 'tableau d’accueil-confidentialité' permet aux victimes d’expliquer discrètement la raison de leur présence. La couleur orange détermine une infraction nécessitant une confidentialité renforcée et une prise en charge prioritaire."

Pourtant, le dispositif présenté par Gérald Darmanin semble bel et bien différent de celui du Mans. Tout d’abord car son message indiquait mot pour mot la mise en place de "deux files d’attente distantes". Mais également parce que le ministre avait joint à son message le lien d’un article de La République du Centre.

Et sur la photo qui illustre ce dernier, qui a désormais été modifiée, on pouvait voir là aussi figurer deux files d’attente bien distinctes :

Les vives réactions ont toutefois donné lieu à un erratum, laissant penser qu’il n’y aura donc finalement pas de files distinctes, simplement un code oral. La République du Centre précisait cet après-midi avoir modifié son article, arguant : "contrairement à ce qui nous avait été indiqué au préalable, il ne s’agit pas de files d’attente dans les commissariats mais d’une indication à donner oralement par les victimes, à l’accueil."

Et le quotidien régional de préciser le fonctionnement de cette signalétique : "Si vous êtes victime d’un viol, d’agression sexuelle, de violences conjugales ou intrafamiliales, vous expliquez à l’accueil que votre code couleur est 'orange'. Votre plainte sera ainsi prise avec plus de confidentialité et de discrétion. Si vous êtes victime d’une autre infraction, c’est le code couleur 'bleu'."

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