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Évacuation des jardins d’Eole : sans autre solution, les toxicomanes errent dans les rues

Publié le

par Clothilde Bru

© GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP

"Tu fais le tour du pâté de maisons autour du parc, tu hallucines."

Ce mercredi 30 juin au matin, Anne Hidalgo a procédé en grande pompe à l’évacuation des jardins d’Eole – ce parc du nord-est parisien où les consommateurs de crack ont été regroupés mi-mai par les pouvoirs publics.

Comme le rappelle 20 Minutes, la décision de déplacer les toxicomanes de la place Stalingrad vers ce parc du XIXe arrondissement, incombe à la mairie et à la préfecture de police de Paris.

Nous nous étions rendus sur cette place emblématique de Paris devenue au fil du temps un véritable supermarché de drogues à ciel ouvert.

Depuis six semaines, tous les consommateurs de crack de la capitale ont pris l’habitude de se rendre dans les jardins d’Eole, à quelques dizaines de mètres de là, au grand dam des riverains qui partagent leur désespoir sur Twitter. Nous avions rencontré l’une d’entre elles.

Selon la préfecture de police, les jardins d’Eole accueillaient jusqu’à aujourd’hui 150 consommateurs réguliers. Selon un riverain interrogé par Libération, ce nombre serait passé à près de 400 entre la mi-mai et aujourd’hui.

Cette nuit, comme chaque nuit, les toxicomanes ont été évacués du parc. "Et ce matin, ils ont fait une heure de nettoyage, ils ont fermé toutes les portes et ils ont laissé seulement une porte ouverte pour filtrer les entrées", raconte Émilie, une habitante du quartier interrogée par Konbini News.

"Les toxicomanes sont dans la rue"

Ce matin, il ne restait donc "presque aucune trace de la présence d’usagers de drogue : pas une seringue, pas une pipe, rien", abonde Libération, et ce pour accueillir la visite d’Anne Hidalgo qui a voulu faire honneur à sa promesse de rendre le parc aux riverains au 30 juin.

Où vont-ils aller maintenant que le parc est fermé ? À écouter l’édile, rien n’a été prévu. Et d’évoquer "plusieurs propositions à l’État", qui manifestement n’ont pas abouti. 

"Les toxicomanes sont dans la rue, c’est terrible. Tu fais le tour du pâté de maisons autour du parc, tu hallucines. C’est incroyable qu’ils n’aient pas prévu de structure pour les prendre en charge", confirme Émilie.

"Ils avancent au hasard, totalement perdus, le geste las, comme désarticulé", abonde le journaliste de Libération.

Les toxicomanes restent donc livrés à leur sort dans les rues du nord-est parisien. 

Pire, selon Émilie, des toxicomanes seraient déjà de retour dans le parc : "Les gardiens ne filtrent pas, parce que comme ils nous ont dit : 'Nous, on n’a pas envie de se prendre un coup de couteau.'"

Une situation qui n’augure rien de bon. Le climat est on ne peut plus tendu dans le quartier. Samedi, des consommateurs de crack ont été la cible de tirs de mortiers dans les jardins d’Eole.

Selon Anne Hidalgo, la balle est désormais dans le camp de l’État. Toutefois, cette dernière s’est engagée à ouvrir "des lieux avec des médecins, avec des psychiatres, avec des infirmiers et des infirmières, avec les associations", sans réponse du gouvernement à la suite de ses propositions.

Le Parisien évoque le mois de septembre comme date butoir à la mise en place de cette "solution pérenne". 

Selon 20 minutes et en attendant qu’une solution ne soit trouvée, une cinquantaine de policiers municipaux seront déployés aux abords du parc pour éviter que les toxicomanes qui y avaient leurs habitudes n’y retournent.