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États-Unis : que retenir des 100 premiers jours de Joe Biden au pouvoir ?

Publié le

par Astrid Van Laer

Joe Biden entouré de Kamala Harris et Nancy Pelosi, le 28 avril 2021. © Chip Somodevilla/Pool via REUTERS REFILE

Armes à feu, impôts pour les plus riches, climat… Retour sur les faits marquants et mesures phares de ce début de mandat.

100 jours tout pile après son investiture, le nouveau président américain Joe Biden bénéficie pour l’heure d’une opinion publique relativement favorable. D’après un sondage réalisé par Yougov et rendu public dimanche dernier par la chaîne CBS, 58 % des sondés approuvent son action.

Des chiffres à nuancer toutefois car, comme le souligne l’AFP, "à l’exception de Donald Trump et Gerald Ford, Joe Biden affiche le plus faible taux de satisfaction parmi tous les présidents américains depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale à ce stade de son mandat".

Quoi qu’il en soit, rapidement après son investiture, le président nouvellement élu qui, à l’inverse de son prédécesseur, bénéficie d’une certaine indulgence médiatique, a multiplié les annonces fortes, comme son intention de faire fermer la prison de Guantánamo et de réformer la police américaine d’ici à la fin de son mandat.

From Sleepy Joe to Speedy Joe

Il a également enchaîné les mesures telles que la distribution de chèques d’aides directes allant jusqu’à 1 400 dollars par individu et personne à charge pour les citoyens gagnant moins de 75 000 dollars par an, ou encore la prolongation des allocations-chômage exceptionnelles jusqu’en septembre. Sans oublier l’abrogation du Muslim Ban.

Tous les commentateurs politiques s’accordent à dire que le nouveau leader a appuyé sur la pédale d’accélérateur. Une rapidité qui pourrait s’expliquer par la volonté de changer son image auprès de l’opinion publique après avoir été surnommé Sleepy Joe par son opposant devant tout le pays durant la campagne présidentielle ou, plus vraisemblablement, par l’échéance des midterms de 2022.

Parmi tous les faits, mesures et prises de parole qui ont ponctué ces cent premiers jours, nous avons choisi d’en retenir cinq. Elles concernent les armes à feu, le climat, la campagne de vaccination contre le Covid-19, la crise migratoire à la frontière avec le Mexique, ainsi que la hausse des impôts pour les citoyens et entreprises les plus riches.

"La violence par arme à feu dans ce pays est une épidémie"

Concernant les armes à feu, fléau qui ravage les États-Unis – on ne dénombre pas moins de 11 000 personnes tuées par armes à feu depuis le 1er janvier –, Joe Biden a haussé le ton. Alors que l’année 2020 a connu une forte hausse des ventes d’armes à feu outre-Atlantique, dans un discours prononcé début avril, le chef d’État a affirmé : "La violence par arme à feu dans ce pays est une épidémie, c’est une honte internationale."

Mais s’il a annoncé l’adoption de nouvelles mesures, celles-ci apparaissent toutefois assez légères au regard de l’ampleur du problème qui ronge le pays. Prenant la forme de six simples décrets, ceux-ci pourraient rapidement être balayés de la même manière que Joe Biden a détricoté de nombreux décrets de Donald Trump à son arrivée à la Maison-Blanche.

Parmi elles figurent la lutte contre les armes dites "fantômes", ces armes artisanales sans numéro de série, ou encore la commande d’un rapport sur le trafic d’armes à feu dans le pays, mais pas de mesure étatique d’envergure majeure telle que la vérification des antécédents psychologiques ou juridiques des acheteurs.

Ces décrets semblent cacher une certaine impuissance du chef d’État en raison d’une majorité très limitée au Congrès, où les opposants à un durcissement de la loi concernant les armes à feu comptent bien se faire entendre.

Ces annonces ont d’ailleurs suscité des réactions rapides des Républicains. Kevin McCarthy, chef de la minorité républicaine à la Chambre des représentants, avait notamment publié sur Twitter le message suivant :

"Les républicains s’opposeront fermement [aux mesures] et utiliseront chaque option – qu’elle soit législative ou judiciaire – pour protéger le droit de porter des armes."

200 millions de doses de vaccin administrées

En décembre dernier, Joe Biden s’était fixé l’objectif d’atteindre l’injection de 100 millions de doses de vaccin contre le Covid-19 avant la fin des 100 premiers jours de son mandat. Alors que cette échéance est arrivée à son terme, le président américain avait déjà annoncé la semaine dernière que ce sont 200 millions de doses, c’est-à-dire le double de l’objectif initial, qui ont d’ores et déjà été administrées.

Mardi, les autorités sanitaires américaines ont même annoncé que les personnes vaccinées contre le Covid-19 n’ont désormais plus besoin de porter de masque lorsqu’elles sont en extérieur, mis à part lorsqu’elles se trouvent dans des foules. Rochelle Walensky, la directrice des Centres de prévention et de lutte contre les maladies (CDC), avait expliqué :

"Si vous êtes entièrement vacciné et que vous voulez participer à un petit rassemblement avec des gens qui sont vaccinés et non vaccinés […], les données scientifiques montrent […] que vous pouvez le faire en toute sécurité, sans masque."

Concernant ce dossier, l’administration Biden bénéficie grandement de l’opération Warp Speed, le programme signé par l’administration Trump, lorsque, après s’être longtemps refusé à prendre des mesures fortes de gestion de crise, la pandémie était devenue un enjeu majeur de la campagne présidentielle. Alors, dès le printemps 2020, ces achats en pré-commande massifs avaient permis des avancées scientifiques et des prouesses logistiques.

"Les États-Unis sont officiellement de retour dans l’accord de Paris"

Il l’avait promis lors de la campagne présidentielle : à peine son prédécesseur Donald Trump parti, le nouveau locataire de la Maison-Blanche a annoncé le retour des États-Unis dans l’accord de Paris pour le climat, que Donald Trump avait quitté en 2017.

Donald Trump s’apprêtant à annoncer son intention de quitter l’accord de Paris sur le Climat. Washington, 1er juin 2017. (© Reuters/Joshua Roberts)

Et le 19 février dernier, il affirmait donc, entérinant cette décision symbolique :

"Aujourd’hui, les États-Unis sont officiellement de retour dans l’accord de Paris sur le climat. Mettons-nous au travail."

"Il est temps pour les 1 % d’Américains les plus riches de payer leur juste part"

Il l’a annoncé aux parlementaires mercredi soir lors d’une prise de parole devant le Congrès : pour financer son plan d’aides à l’éducation et aux familles, Joe Biden veut faire payer les plus riches. L’objectif affiché par Joe Biden est le suivant : investir pour "reconstruire la classe moyenne et investir dans l’avenir [du pays]". Cela permettrait, entre autres, d’offrir deux années d’école maternelle gratuites et deux années en université communautaire.

"Il est temps pour les entreprises américaines et les 1 % d’Américains les plus riches de payer leur juste part", a-t-il argué, comme le rapporte l’AFP, qui précise que "ces mesures sont censées générer des financements de 700 milliards de dollars sur dix ans", et développe :

"Le taux maximal d’imposition individuel remonterait à 39,6 % au lieu de 37 % mais ne concernerait que le 1 % des foyers les plus riches.

De même pour les plus-values sur les capitaux, comme les transactions boursières, qui jouissent jusqu’ici d’un taux d’imposition de 20 % : elles pourraient désormais être taxées à hauteur de 39,6 % également, pour ceux qui gagnent plus d’un million de dollars par an."

Crise à la frontière avec le Mexique

Donna, 30 mars 2021. (© Dario Lopez-Mills/Pool/AFP)

Autre fait marquant de ce début de mandat, et non des moindres : l’afflux migratoire à la frontière mexicaine, véritable épine dans le pied du chef d’État. En mars 2020, Joe Biden avait qualifié la politique de Donald Trump de "dangereuse" et "inhumaine" et avait affirmé : "Elle va contre tout ce que nous représentons en tant que nation d’immigrés."

"Mon administration y mettra fin", avait-il aussi dit. Mais mi-mars, acculé par la situation, il déclarait clairement à l’adresse de potentiels migrants lors d’un entretien accordé à la chaîne télévisée ABC News : "Oui, je peux dire très clairement : ne venez pas", avant d’ajouter :"Ne quittez pas votre ville ou ville ou communauté."

Car depuis son arrivée au pouvoir, le pays fait face à une forte augmentation du nombre d’arrivées aux frontières de migrants d’Amérique centrale, et parmi eux figurent de très nombreux enfants. Près de 500 mineurs isolés sont arrêtés chaque jour depuis la fin février, selon des chiffres du ministère de la Sécurité intérieure.

Fin mars, des images poignantes d’un centre de rétention surpeuplé, à Donna, au Texas, avaient été publiées. Et les autorités américaines avaient annoncé l’ouverture d’un nouveau centre pour faire face à cet afflux de mineurs non accompagnés.

Ajoutez à cela son rétropédalage concernant le nombre de réfugiés autorisés à entrer sur le sol américain, qui avait provoqué un véritable tollé dans son propre camp : le message peine à être audible et la position de la nouvelle administration claire.

"Beaucoup d’entre nous s’attendaient à une administration bien plus conservatrice"

Pour l’heure, le début de mandat de Joe Biden a occasionné de nombreuses réactions de l’opposition politique. La députée de gauche Alexandria Ocasio-Cortez a provoqué la surprise car, en commentant les premiers jours de Joe Biden au pouvoir, elle avait déclaré que, pour l’instant, son administration avait été "au-delà des attentes des progressistes". Et d’ajouter :

"Je vais être franche, je pense que beaucoup d’entre nous s’attendaient à une administration bien plus conservatrice."

À l’inverse, le sénateur républicain Ted Cruz, fervent opposant à Joe Biden, pour qui le chef d’État est notamment "responsable de la crise à la frontière", a commenté son discours au Congrès hier en affirmant une position nettement moins surprenante : "Ça ferait passer Barack Obama pour quelqu’un de doux et modéré", ajoutant :

"Pour les millions d’Américains qui avaient mieux à faire ce soir que d’écouter Joe Biden exposer sa vision socialiste de notre pays, je peux vous résumer son discours en trois mots : ennuyeux, mais radical."

À noter également que dans le sondage paru la semaine passée, on apprenait que le taux de confiance accordé par les sympathisants républicains à Joe Biden était près de deux fois inférieur à celui accordé à Barack Obama en 2009, avec 16 % contre 31 %.

Les midterms, élections de mi-mandat qui auront lieu en 2022, seront une échéance décisive pour le président américain. D’autant plus que Donald Trump, qui s’est quelque peu effacé du paysage politique depuis plusieurs semaines, avait toutefois pris la parole début mars : "Nous reprendrons la Chambre des représentants, nous reprendrons le Sénat" lors de ces midterms, laissant entendre qu’il pourrait décider de se représenter en 2024.

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