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États-Unis : jugé raciste, un spectacle inspiré de Tarzan déprogrammé d'un lycée

Voici ce qui dérange dans le roman originel d'Edgar Rice Burroughs.

Le 4 décembre dernier, les élèves du lycée Alexander Hamilton, à Elmsford dans l’État de New York, devaient être auditionnés pour participer au spectacle de fin d’année.

Ils espéraient obtenir un rôle pour une comédie musicale basée sur le film Tarzan de Disney. Finalement, ce ne sera pas l’histoire du célèbre homme singe que les familles de ces lycéens verront sur scène, mais une adaptation musicale de La Nuit des rois de William Shakespeare.

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Comme le rapporte CNN, le lycée a préféré déprogrammer le spectacle après que des parents ont souligné le caractère raciste de l’œuvre originale d’Edgar Rice Burroughs, dont le Tarzan de Disney est directement inspiré.

"Certains membres de la communauté scolaire ont fait part de leurs inquiétudes quant aux sous-entendus racistes présents dans l’œuvre originale, la direction a donc préféré reconsidérer son choix", a fait savoir l’académie.

Derrière l’œuvre éponyme, dont on ne compte plus les adaptations, se cache un roman : Tarzan seigneur de la jungle, écrit en 1912 par Edgar Rice Burroughs, un auteur américain.

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En plus de certains aspects de l’œuvre, les parents redoutaient que des étudiants non-blancs se retrouvent à jouer des singes. Selon le Washington Post, plus de 50 % des élèves du lycée Alexander Hamilton sont hispaniques et 23 % sont noirs ou afro-américains

Au-delà de cela, l’œuvre d’Edgar Rice Burroughs se traîne depuis toujours une réputation douteuse. D’abord, elle a été écrite par un auteur qui n’a alors jamais mis les pieds en Afrique.

Ensuite, elle raconte l’histoire de Tarzan, qui signifie littéralement "visage blanc" dans le langage inventé par l’auteur, rappelle Jeune Afrique. Dans le texte, Edgar Rice Burroughs décrit Tarzan comme un "tueur de bêtes et d’un grand nombre d’hommes noirs".

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Des détails qui dérangent

Quel est le pitch ? Fils de nobles anglais ayant perdu la vie dans la jungle africaine suite à un incendie, Tarzan – de son vrai nom John Clayton II, Lord Greystoke – est élevé par une tribu de grands singes. À l’âge adulte, il rencontre Jane Porter avec qui il va s’installer en Angleterre.

De leur amour naît un fils, Jack qui, fasciné par le passé de son père, décide de fuir et de gagner la jungle africaine. Pour le retrouver, Tarzan rejettera le monde "civilisé" et retournera à la "vie sauvage", accompagné de Jane.

"L’un des premiers points grotesques, c’est que cet homme semble tout maîtriser dans la jungle. Il a une force surhumaine et sait parler aux animaux, mais pas les Africains, qui sont sur le continent depuis toujours", notait Régis Dubois, spécialiste de la représentation des Noirs dans le septième art, interrogé par Jeune Afrique.

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Mais ce n’est pas le seul détail dérangeant qu’a relevé cet observateur :

"Rappelez-vous quand même que Tarzan vit seul en Afrique durant toute sa jeunesse. En plus de 20 ans, on ne lui connaît aucune compagne africaine… Il suffit qu’une femme blanche surgisse dans sa jungle pour qu’il se mette en couple !"

Malgré tout, l’œuvre continue d’être adaptée, quitte à occulter certains de ces aspects les plus nauséabonds. Par exemple, en 2016, devant la caméra de David Yates, le roi de la jungle est accompagné d’un nouvel acolyte noir.

Quant à la version animée de Disney, ce n’est pas mieux. En 1999, les studios ont tout simplement décidé de faire disparaître les Africains de l’histoire.

Quant à savoir comment cette décision a été reçue au lycée Alexander Hamilton, selon le Washington Post, les étudiants étaient soulagés.

Par Clothilde Bru, publié le 11/12/2019