© Christophe SIMON / AFP

En banlieue, des habitants dénoncent des violences policières pendant le confinement

Vidéos à l'appui.

"Des contrôles ciblés et violents" : depuis le début du confinement, des habitants des banlieues populaires dénoncent des violences policières, vidéos à l’appui, lors de contrôles des forces de l’ordre qui, elles, martèlent la difficulté à faire respecter les mesures dans certains quartiers.

Le 23 mars, une semaine après le début du confinement en France, Yassim, 30 ans, poste une vidéo. "Ils m’ont éclaté la tête à deux reprises contre le mur et ils m’ont mis un coup de crosse de flash-ball en pleine tête", relate l’habitant des Ulis (Essonne), le visage tuméfié.

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Le lendemain, une autre vidéo, également prise aux Ulis, provoque l’indignation sur les réseaux sociaux. Cette fois-ci, on y voit Sofiane, 19 ans, frappé par des policiers et amené sous un porche d’où émanent ses cris stridents.

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Le jeune homme, qui s’est vu prescrire trois jours d’ITT, "est encore traumatisé" et n’a pas pu reprendre son travail dans la logistique chez Amazon, selon son avocat Me Samim Bolaky.

Les deux hommes ont porté plainte et demandé la saisie de l’Inspection générale de la police nationale (IGPN, la police des polices). Le parquet d’Evry a ouvert deux enquêtes judiciaires pour faits de violences par personne dépositaire de l’autorité publique, confiées à la cellule de déontologie de la Direction départementale de la sécurité publique de l’Essonne.

"Au-delà de ces deux affaires, il y a eu en France un certain nombre de cas dont le dénominateur commun est la police et la banlieue", estime leur avocat, Me Samim Bolaky.

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À Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), Ramatoulaye est contrôlée le 19 mars par la police alors qu’elle revient de ses courses. "Je leur montre mon attestation manuscrite et les huit policiers se moquent de moi", déclare à l’AFP la jeune femme de 19 ans. Le ton monte et les insultes "dégradantes" fusent, raconte Ramatoulaye qui est accompagnée de son petit frère de 7 ans.

Un voisin filme la scène de sa fenêtre. Un policier fait usage de son pistolet à impulsions électriques. Elle reçoit une décharge à la poitrine, s’écroule et tente de se relever puis elle est plaquée violemment au sol. La jeune femme est embarquée et placée en cellule une heure. Elle s’est fait prescrire 5 jours d’ITT.

"Le défenseur des droits et l’IGPN ont été saisis", indique son avocat Me Nabil Boudi.

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Une source policière indique de son côté que "la jeune femme était complètement hystérique. Les policiers étaient dans leur bon droit pour la maîtriser", poursuit cette source. 

"Nos quartiers sont devenus un parc d’attractions pour les policiers"

Selon Michel Lavaud, porte-parole de la police nationale, "il convient de rappeler que, face à des individus parfois délibérément récalcitrants au respect du confinement, la force a pu être légitimement employée pour maîtriser des personnes qui injuriaient, voire crachaient sur les policiers ou encore tentaient de s’en prendre à eux physiquement".

"Avec le confinement, nos quartiers sont devenus un parc d’attractions pour les policiers avec des contrôles ciblés et violents", accuse Assa Traoré, militante antiraciste et sœur d’Adama, jeune homme mort lors de son interpellation par les gendarmes dans le Val-d’Oise en 2016.

Pour elle, "il est important de prendre en considération les facteurs qui poussent certains jeunes à sortir : logement exigu, rupture familiale, violence".

De son côté, le préfet de Seine-Saint-Denis Georges-François Leclerc a assuré jeudi que "les règles du confinement sont globalement respectées" et qu'"il ne fallait pas stigmatiser le département".

"Le code de procédure pénale est le même pour tous, on ne peut pas mettre une amende à une personne d’un centre-ville bourgeois qui ne présente pas d’attestation et faire une clé d’étranglement en banlieue", juge Me Mourad Battikh, dont le client, originaire de Seine-et-Marne, a subi lors de son interpellation un placage ventral, une technique d’immobilisation décriée. 

Le parquet de Meaux a saisi l’IGPN pour déterminer "les circonstances de l’interpellation du mineur".

Depuis le début du confinement, l’IGPN a été saisie de cinq plaintes, selon une source policière.

Fin mars, plusieurs associations, parmi lesquelles Human Rights Watch et la Ligue des droits de l’homme, avaient alerté le ministère de l’Intérieur sur des contrôles policiers "abusifs" et des "violences" pour faire respecter le confinement et avaient appelé à la vigilance des autorités. 

Konbini news avec AFP

Par Clothilde Bru, publié le 10/04/2020