© Rainer Holz via Getty Images

Du selfie à la montre connectée : ces fois où des criminels se sont bêtement fait serrer

Bientôt au Cluedo, on entendra : "Le colonel Moutarde, dans la cuisine, avec une Apple Watch."

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Le ministre de l’Action et des comptes publics Gérald Darmanin a annoncé récemment que, pour lutter contre les fraudes, le fisc allait surveiller les réseaux sociaux, expliquant : "Il y aura la permissivité de constater que si vous vous faites prendre en photo […] de nombreuses fois, avec une voiture de luxe alors que vous n’avez pas les moyens de le faire, peut-être que c’est votre cousin ou votre copine qui vous l’a prêtée, ou peut-être pas."

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En somme, si tu déclares 1 200 euros de revenus et que tu ne fais que poster des selfies devant une Ferrari, il y a peut-être des raisons de creuser tes déclarations. Caméras, téléphones intelligents, objets connectés, réseaux sociaux… de plus en plus régulièrement, les progrès de la technologique permettent de confondre des coupables.

Alors que l’enceinte Echo d’Amazon pourrait bientôt être citée dans une affaire de meurtre, voici notre florilège des criminels qui se sont fait pincer bêtement par la technologie.

  • Elle fait un selfie avec la preuve du crime et le poste sur Facebook

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Mars 2015. Au petit matin, le corps de Brittney Gargol, 18 ans, est retrouvé par un passant sur le bord de la route de Saskatoon, dans l’ouest du Canada. Non loin du cadavre de la jeune fille, une ceinture gît sur le sol. L’autopsie permet de démontrer que la mort a été causée par strangulation et l’arme du crime apparaît évidente.

En épluchant les réseaux sociaux pour reconstituer l’emploi du temps de la victime, les enquêteurs tombent d’abord sur de faux messages postés par Cheyenne Antoine, la meilleure amie de la victime, sur son profil, demandant innocemment à Brittney : "Où es-tu ? Je n’ai pas eu de tes nouvelles. T’es bien rentrée chez toi ?"

En plus de cette tentative de diversion, elle fait croire que son amie a quitté le bar où elles avaient passé sa dernière soirée avec un inconnu – mensonge démenti par le visionnage des vidéos des caméras de surveillance de l’établissement.

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Mais les policiers ne se font pas duper et retrouvent la trace de cette même ceinture sur un selfie posté quelques heures avant le crime… par Cheyenne Antoine elle-même. La jeune femme est forcée d’avouer qu’ivre (et après avoir usé de stupéfiants), elle a étranglé Brittney.

En janvier 2018, Cheyenne Antoine a été condamnée à une peine de sept ans de prison ferme, après avoir plaidé coupable.

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  • Il avoue ses crimes alors qu’il porte un micro

Robert Durst, au tribunal de Los Angeles, en décembre 2016. (© Photo : Jae C. Hong/POOL/AFP)

2015. Le dimanche 15 mars au soir, les Américains sont en haleine et HBO s’apprête à réaliser un record d’audience en diffusant le dernier épisode de sa nouvelle série documentaire. La veille, le multimillionnaire Robert Durst, surnommé Bob Durst, a été arrêté par le FBI et placé en garde à vue. Une rumeur circule : il aurait confessé ses crimes alors qu’il était enregistré.

Ce riche héritier, diagnostiqué autiste Asperger, a un passé judiciaire des plus tumultueux. En 1982, sa femme Kathleen avait disparu dans des circonstances mystérieuses. En décembre 2000, c’est au tour de sa meilleure amie Susan Berman d’être assassinée d’une balle dans le crâne. Elle devait témoigner le lendemain au sujet de la disparition de Kathleen Durst. Enfin, en 2001, il avait assassiné son voisin Morris Black, avant d’être acquitté en 2003.

Le corps de son épouse n’ayant pas été retrouvé, même si à l’époque tout l’accuse, aucune preuve ne permet de le confondre. Quant à Susan Berman, la police pensera à un crime crapuleux puisqu’elle se trouve être la fille d’un mafieux et qu’elle rédigeait alors un ouvrage sur la pègre. Durst échappe à la police.

Concernant le meurtre de Morris Black, seul le tronc de ce dernier est retrouvé dans la baie de Galveston, à quelques mètres d’un sac-poubelle contenant ses bras et ses jambes. À l’époque, Robert se travestit en femme et loue l’appartement voisin de celui de Morris Black, au nom de Dorothy Ciner. Il porte une perruque, s’est rasé les sourcils et est peu loquace. Il avoue son crime, mais plaide la légitime défense et est acquitté grâce aux plaidoiries de ses avocats qui ont joué sur l’Asperger de leur client.

Des années plus tard, il est suivi par des caméras de télévision, car un docu-série est réalisé à son sujet par Andrew Jarecki. Cette série, intitulée The Jinx : The Life and Deaths of Robert Durst, est pour lui une chance inouïe d’être lavé de tout soupçon dans le meurtre de sa meilleure amie Susan Berman. C’était sans compter sur le micro qu’il pense désactivé alors qu’il se rend aux toilettes, après qu’une preuve inédite vient de lui être présentée.

"Qu’est-ce que j’ai fait ? Je les ai tous tués évidemment", murmure-t-il à lui-même après avoir lancé : "Et voilà, tu t’es fait attraper, quel désastre." Pris la main dans le sac. Le micro causa la perte de Robert Durst, qui était pourtant parvenu à passer entre les mailles du filet depuis des dizaines d’années.

Son procès n’a pas encore eu lieu, mais il devrait plaider non coupable.

  • La victime portait une Apple Watch

Après 18 mois d’enquête, c’est la montre connectée de Myrna Nilsson qui permit de lui rendre justice en démontant l’alibi de sa belle-fille. En septembre 2016, l’Australienne âgée de 57 ans avait été retrouvée morte dans la buanderie de sa maison, située à Valley View.

Un voisin avait aperçu sa bru, Caroline Dela Rose Nilsson, sortir du domicile bâillonnée. Cette dernière avait ensuite raconté à la police qu’un groupe d’hommes voulant cambrioler la maison a tué sa belle-mère et qu’elle est parvenue à s’échapper, le tout aux alentours de 22 heures. Sauf que non seulement aucune empreinte extérieure n’a été retrouvée chez elle, mais de surcroît l’heure de la mort se trouve être bien différente à ce qu’a raconté la jeune femme.

Et ça, c’est l’étude de la montre de la victime qui a permis de le démontrer. La procureure en charge de l’affaire, Carmen Matteo, a ainsi expliqué :

"La défunte doit avoir été attaquée vers 18 h 38 et est certainement morte avant 18 h 45. […] Cela représente le temps de mettre en scène l’attaque… et de nettoyer et jeter les vêtements ensanglantés."

  • Oussama Ben Laden, trahi par sa peur des technologies

À l’inverse, c’est la trop grande méfiance d’Oussama Ben Laden à l’égard de la technologie qui causa sa perte. Mai 2011 : le leader d’Al-Qaïda figure sur la liste des dix criminels les plus recherchés par le FBI et se cache dans sa villa pakistanaise d’Abbottabad, située au nord d’Islamabad.

Soucieux de ne pas être mis sur écoute, surveillé ou filmé, le chef du groupe terroriste ne dispose alors ni d’Internet ni du téléphone. Mais finalement, l’isolement de sa forteresse se retourna contre lui : cette absence totale de technologie pour une propriété d’une telle envergure a mis la puce à l’oreille des Américains.

Sa maison, évaluée à un million de dollars et située au beau milieu d’un quartier luxueux, éveille les soupçons, comme le confie à l’époque un haut responsable américain à l’AFP :

"Tout ce que nous avons vu – la sécurité opérationnelle extrêmement sophistiquée […], l’emplacement et l’organisation de la résidence elle-même –, correspondait parfaitement à ce à quoi un refuge de Ben Laden devait ressembler, selon nos experts."

Oussama Ben Laden est finalement abattu par un commando américain qui fait irruption dans sa villa, le 2 mai 2011.

La villa d’Abbottabad, le 2 mai 2011. (© Farooq Naeem/AFP)

Par Astrid Van Laer, publié le 15/11/2018

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