Des masques de type FFP2. © Fred DUFOUR / AFP

Des masques destinés à la France rachetés par les Américains sur le tarmac d'aéroports ?

"Les Américains arrivent, sortent le cash, et payent trois ou quatre fois plus cher les commandes que nous avons faites."

L’information fait les gros titres ce matin : des masques chinois destinés à la France ont été détournés par les États-Unis sur le tarmac d’aéroports chinois. Toutefois, la question se pose après la publication d’un tweet de Jean Rottner, président de la région Grand-Est, qui a attiré notre attention ce matin. Voici ce qu’il a déclaré suite aux rumeurs concernant le détournement de masques destinés à sa région par les États-Unis :

"STOP à la désinformation. Je n’ai jamais dit que notre commande avait été détournée, mais qu’il s’agissait de pratiques désormais courantes sur les tarmacs. Nos masques sont arrivés en France."

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Même son de cloche pour Renaud Muselier, président de la région Sud Provence-Alpes-Côte d’Azur, qui a qualifié de "fake news" un article qui rapportait le détournement de 4 millions de masques destinés à sa région.

Plusieurs commandes de masques effectuées par les régions sont en effet arrivées à bon port dans la nuit, comme en Île-de-France ou dans le Grand-Est. Et vers 10 h 15 ce matin, Renaud Muselier précisait : "Je tiens à rappeler que les masques de la région Sud Provence-Alpes-Côtes d’Azur sont en route et n’ont pas été achetés par une puissance étrangère".

Mais il n’en reste pas moins, à en croire les dires de Jean Rottner et Renaud Muselier eux-mêmes, que cette pratique de rachat sur le tarmac existe. En réalité, seul le mystère de l’identité de la région concernée demeure.

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"Je ne vous donnerai ni le nom de la région ni le nombre de masques commandés"

Le 1er avril, sur RT France, Renaud Muselier avait déjà évoqué le problème, toujours sans préciser la région concernée, évoquant "une commande française". "Ce matin, sur le tarmac en Chine, une commande française a été achetée par les Américains cash et l’avion qui devait venir en France est parti directement aux États-Unis".

Il n’a donc pas révélé le nom de la région concernée. Il a confirmé cette volonté, en déclarant à l’AFP :

"Un président de région nous a expliqué que sa commande de masques lui avait été piquée sur l’aéroport même, par les Américains, qui ont payé trois fois le prix, en liquide.

Mais je ne vous donnerai ni le nom de la région ni le nombre de masques commandés."

À la question "Est-il vrai que des cargaisons de masques destinées à la France ont été rachetées cash par les Américains sur le tarmac des aéroports chinois ?", Renaud Muselier a répondu sans détour ce matin à BFMTV : "C’est exact", poursuivant :

"Nous avons commandé, dès que nous avons pu et que le gouvernement nous en a donné la possibilité, des masques en Chine. La tension est énorme là-bas. Les escrocs sont multiples et variés et, cerise sur le gâteau : il y a un pays étranger qui a payé trois fois le prix de la cargaison sur le tarmac."

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"On est obligés de payer en trois tiers, alors qu’eux payent en cash"

Et l’ancien eurodéputé de conclure : "Les masques sont partis et la région qui les avait commandés s’est retrouvée démunie". Il n’a toutefois pas donné de détails concernant la manière dont les faits se sont déroulés ni dévoilé la région concernée : "Tout ce que je sais, c’est que la commande qui était payée et livrable a été détournée, parce qu’achetée."

Puis Renaud Muselier a pointé du doigt un problème d’ordre technique : "Notre mode de comptabilité fait en sorte qu’on est obligés de payer en trois tiers, alors qu’eux payent en cash là-bas, donc c’est un peu compliqué. Il faut hypersécuriser les filières."

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Même son de cloche de la part de Jean Rottner, médecin lui-même, interrogé sur RTL hier. Il y a déclaré qu’il devait "se battre au quotidien", ajoutant : "C’est vrai que, sur le tarmac, les Américains arrivent, sortent le cash, et payent trois ou quatre fois plus cher les commandes que nous avons faites, donc il faut vraiment se battre."

Ce dernier expliquait même sur RMC avoir une "cellule quasi permanente qui ne fait que cela, ici en région, et qui travaille avec des importateurs que nous avons sélectionnés pour leur sérieux et leur connaissance du marché".

Fragmenter les commandes pour "ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier"

Pour éviter d’avoir à faire face à ce type de déconvenues, le président de région a expliqué avoir commandé 5 millions de masques et avoir "fragmenté" la commande "en plusieurs morceaux, de manière à, justement, ne pas mettre tous nos œufs dans le même panier". Ce à quoi il a ajouté, confirmant les dires de son homologue du Sud : "Ils [les Américains, ndlr] sont en capacité sur le tarmac de racheter des cargaisons entières en payant en cash."

Cette pratique, qu’il qualifie de "courante sur les tarmacs" serait également facteur d’inflation. Prenant l’exemple des surblouses, il a expliqué que celles-ci coûtent d’ordinaire environ 36 centimes. Actuellement, elles "oscillent entre 3 et 6 $", d’après lui. "Ça montre toute cette surcote qui arrive avec l’arrivée des Américains sur le marché", conclut-il.

Un épisode qui souligne grandement la nécessité pour la France d’acquérir au plus vite son indépendance dans la fabrication de masques, car leur acquisition cristallise de nombreuses tensions géopolitiques, même avec des nations appartenant à l’Union européenne, comme en témoigne la "réquisition" polémique de masques suédois par la France au début du mois de mars.

Mardi, le président de la République, Emmanuel Macron, a déclaré qu’il souhaitait que l’Hexagone acquière son indépendance "pleine et entière [en la matière] d’ici la fin de l’année".

Par Astrid Van Laer, publié le 02/04/2020