© ARIS MESSINIS / AFP

Dans le camp de réfugiés à Lesbos, des enfants souhaitent mourir pour échapper à l'enfer

"On peut voir des enfants se taper la tête contre les murs, d'autres s'arracher les cheveux."

Il y a quelques semaines, nous vous dévoilions notre reportage réalisé à Samos, une île grecque qui abrite un "hotspot", un de ces centres censés accueillir et traiter les demandes des réfugiés qui arrivent sur les côtes européennes. Le camp de Samos est surpeuplé. Ils sont 6 000 malheureux habitants dans une structure conçue pour accueillir 650 personnes.

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Mais ce n’est pas le seul camp comme celui-ci qui existe en Grèce. En tout, il y en a cinq, répartis sur des îles situées le long des côtes turques. Au nord de Samos, sur l’île de Lesbos, la situation est tout aussi dramatique, sinon pire – bien qu’il soit impossible d’établir une hiérarchie dans l’horreur.

Selon une bénévole contactée par Konbini news, dans ce camp, ils seraient 18 275 réfugiés pour 2 800 places, d’après le dernier décompte. Et les enfants représentent 40 % de cet effectif, parmi lesquels on trouve environ 1 500 mineurs non accompagnés.

CNN s’est rendu sur place. Interrogée par la chaîne d’informations américaine, Angela Modarelli, psychologue pour enfants, témoigne : "Entendre un enfant de 7-8 ans me dire : 'J’ai envie de mourir', c’est quelque chose que je ne pensais jamais entendre."

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En trois mois, la psychologue, qui travaille pour Médecins sans frontières, a eu à traiter 20 cas d’enfants qui avaient tenté de se faire du mal. Deux autres avaient essayé de se suicider. L’année dernière déjà, près d’un quart des enfants de 6 à 18 ans avaient essayé de se mutiler, de se suicider ou avaient eu des pensées suicidaires, alertait Médecins sans frontières dans un rapport en septembre 2018.

"Certains enfants se scarifient"

"On peut voir des enfants se taper la tête contre les murs, d’autres s’arracher les cheveux, raconte-t-elle, interrogée par CNN. Entre l’âge de 12 ans et 17 ans, certains enfants se scarifient, et font part de leur souhait de mourir." Une bénévole confie : "On voit souvent des enfants marcher hagards. Souvent, ce sont des mineurs non accompagnés. Ils ont 13 ou 14 ans et n’ont nulle part où se mettre à l’abri."

D’autres enfants souffrent d’attaques de panique, d’anxiété, d’accès d’agressivité, de cauchemars permanents. Certains se sont même réfugiés dans le mutisme. "En principe, après une expérience traumatisante, un enfant a besoin de récupérer. À Moria, c’est impossible", explique Angela Modarelli.

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En effet, ces enfants viennent souvent de pays en guerre, ou en proie à un grand niveau de violence, auquel il faut ajouter le trajet pour les amener jusque dans cet endroit. Durant le voyage, certains ont perdu leurs proches. À cette détresse psychologique s’ajoute l’hiver : "Les gamins ont tous une pneumonie. C’est une catastrophe humaine", nous confie la jeune humanitaire.

La Grèce s’était engagée à fermer le camp de Moria dès le mois de janvier – un scénario qui semble aujourd’hui peu probable selon les ONG sur place.

Par Clothilde Bru, publié le 18/12/2019

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