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Covid aux Antilles : une situation extrêmement grave, des taux d’incidence jamais connus

Publié le

par Lila Blumberg

© Cedrick Isham Calvados/AFP

Alerte rouge, restrictions, renfort de soignants et menace d’une tempête tropicale.

Des taux d’incidence "jamais connus" en France depuis le début de l’épidémie de Covid-19, un confinement strict en Martinique et probable en Guadeloupe : la crise sanitaire est "extrêmement grave" aux Antilles, où le ministre des Outre-mer Sébastien Lecornu débute mardi une "visite de crise".

Une situation dramatique

"La situation est extrêmement grave", a affirmé à l’AFP le ministre avant son départ pour les Antilles, où il est attendu mardi soir en Guadeloupe. Il se rendra jeudi en Martinique, où il sera rejoint par le ministre de la Santé Olivier Véran. "Ce sont des taux d’incidence que l’on n’a jamais connus dans tous les territoires de la République confondus", a-t-il ajouté, envisageant un probable renforcement du confinement en Guadeloupe, comme celui annoncé en Martinique lundi.

"Il tombe sous le sens que nous allons devoir durcir les mesures de freinage, tant il y a urgence", a-t-il expliqué. La décision devrait être prise mercredi, après avoir consulté les élus locaux et assisté à distance à un Conseil de défense sanitaire présidé par Emmanuel Macron en visioconférence.

En Martinique, malgré un confinement partiel depuis le 30 juillet, les autorités ont annoncé des mesures strictes et invité les touristes à quitter l’île. Sont fermés les commerces (sauf les commerces alimentaires et les pharmacies), les locations saisonnières et les hôtels (sauf pour l’accueil de professionnels et résidents), les lieux de culture et de loisir, dont les plages. Les déplacements sont restreints à un kilomètre maximum autour du domicile, contre 10 km jusque-là.

Dans ce territoire peu vacciné (22 % de la population a reçu une première dose), où le variant Delta représente 40 % des contaminations, le taux d’incidence s’est envolé à 1 162 cas pour 100 000 habitants, selon l’Agence régionale de santé. À titre de comparaison, à l’échelon national, Olivier Véran a annoncé sur Twitter que 45 millions de Français et 80 % des adultes étaient "primo-vaccinés".

Renfort de soignants depuis l’Hexagone

La Martinique est passée de 410 cas le 6 juillet à 4 171 la première semaine d’août, et 35 décès. En quatre semaines, 350 personnes ont été hospitalisées. "Il faut comprendre que nous accueillons au moins 15 patients chaque jour : c’est l’équivalent d’une unité d’hospitalisation de médecine", rappelle Jérôme Viguier, le directeur général de l’ARS.

En Guadeloupe (déjà soumise à un nouveau confinement mais, pour l’heure, moins strict que celui de la Martinique), les chiffres explosent aussi : du 2 au 8 août, le taux d’incidence atteignait 1 769 pour 100 000 habitants, contre 876 la semaine précédente. Sur cette même période, 14 personnes sont décédées, et le variant Delta représente 88 % des contaminations. Là aussi, la couverture vaccinale est beaucoup plus faible qu’en métropole et moins de 20 % de la population y a reçu les deux injections.

Gérard Cotellon, le directeur général du CHU de Pointe-à-Pitre, affirme à l’AFP devoir "pousser les murs" pour installer des nouveaux patients, dont l’immense majorité n’est pas vaccinée. Et "j’ai recruté massivement, mais cela ne suffit pas", se désole-t-il, en attendant un renfort de 120 soignants de la métropole. Au total, 240 soignants répartis dans deux avions, un pour la Guadeloupe, un pour la Martinique, doivent s’envoler mardi de Paris pour une mission d’appui de 15 jours. En outre, 60 pompiers se rendront aux Antilles.

Risque d’une tempête tropicale

Face à l’afflux de patients, les deux îles ont procédé début août aux premières évacuations de patients vers des hôpitaux de l’Hexagone. Pour ne rien arranger, une tempête tropicale menace la Guadeloupe et la Martinique, qui ont été placées en vigilance jaune mardi par Météo France.

Des heurts se sont produits dans la nuit de dimanche à lundi en Guadeloupe, faisant deux blessés parmi les pompiers. Lundi, des sapeurs-pompiers de la caserne de Sainte-Rose, affiliés au syndicat Force ouvrière, ont bloqué la route nationale 2 pour protester contre l’obligation vaccinale.

Ailleurs en Outre-mer, la situation sanitaire est aussi critique en Polynésie, où le taux d’incidence dépasse désormais les 1 000 cas pour 100 000 habitants et où les autorités ont annoncé le rétablissement d’un couvre-feu de 21 heures à 4 heures du matin. À La Réunion (soumise à un confinement partiel depuis le 31 juillet), le taux d’incidence était à plus de 350 le 3 août.

Konbini news avec AFP

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