© Ludovic Marin / POOL / AFP

Covid-19 : Christophe Castaner s'en prend aux villes qui rendent les masques obligatoires

"Cela laisse penser qu'on peut sortir si on a un masque."

De tous les corollaires de la crise du coronavirus, les masques sont probablement le sujet qui a fait couler le plus d’encre en France. Sur ce point, la position du gouvernement s’est révélée contestable.

Aujourd’hui, on sait qu’il essayait de dissimuler tant bien que mal une triste réalité. Nous n’avons pas suffisamment de masques pour les soignants. Encore moins pour le reste de la population. 

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Toutefois, tout a changé le 5 avril dernier à la faveur d’un rapport de l’Académie de médecine recommandant à toutes et tous de porter un masque quel qu’il soit, homologué ou non.

Doucement, le gouvernement a alors commencé à changer son fusil d’épaule. "Peut-être qu’un jour nous proposerons à tout le monde de porter une protection", a déclaré le directeur général de la Santé, Jérôme Salomon. Jusqu’alors, le gouvernement répétait à l’envi que le masque n’était utile que pour les soignants et les malades. 

À la suite de ces déclarations, le pays se met en branle. Anne Hidalgo promet 2 millions de masques en tissu aux Parisiens, et d’autres grandes villes comme Bordeaux, Rennes ou Nîmes lui emboîtent le pas.

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D’autres édiles vont plus loin et prennent des arrêtés pour obliger leur population à porter un masque. 

Jeudi 9 avril, Christophe Castaner s’en est vivement pris à cette initiative. Lors d’une audition devant la mission d’information de l’Assemblée nationale, portant sur l’épidémie de coronavirus, le ministre de l’Intérieur a demandé le retrait de ces textes, comme le rapporte Le Parisien : 

"J’ai demandé aux préfets de prendre langue avec ces maires pour qu’ils retirent leurs arrêtés pendant toute la période du confinement."

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Jusqu’à présent, trois communes ont pris un arrêté de ce type : Val-d’Isère, Royan, où le maire s’est finalement rétracté et Sceaux, où le test a été suspendu jeudi 8 avril, après une plainte de la Ligue des droits de l’Homme, précise Europe 1.

Une utilité "pas médicalement démontrée"

Si ces arrêtés peuvent sembler extrêmes, l’obligation de porter un masque est déjà une réalité dans d’autres villes et même certains pays du monde. On peut citer Taïwan, l’Autriche ou encore la Slovaquie.

Lors de son oral, Christophe Castaner a expliqué pourquoi ces arrêtés à la base juridique "plus qu’incertaine" posaient "des principes pour le moins contestables".

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En premier lieu, il estime qu’ils remettent en cause l’esprit de la quarantaine : "Cela laisse penser qu’on peut sortir si on a un masque, en s’affranchissant des règles du confinement."

Ensuite, il avance que ce type de mesure peut exacerber les inégalités territoriales. "Certaines communes peuvent avoir les moyens d’équiper l’ensemble de leur population en masques, quand d’autres ne l’auraient pas", souligne-t-il.

Enfin, alors qu’on pensait être sortie de la polémique sur l’utilité des masques, le ministre de l’Intérieur semble rétablir une ambiguïté, arguant qu’elle "n’est pas médicalement démontrée".

Des propos qu’on avait déjà pu entendre quelques heures plus tôt dans la bouche de Sibeth Ndiaye, invitée de France Info jeudi 8 avril : "Il n’y a pas aujourd’hui de consensus scientifique en la matière."

D’autres villes ont fait part de leur intention de rendre le port du masque obligatoire. On pense à Nice, Cannes ou encore Paris. Cela veut-il dire que le port du masque ne sera jamais obligatoire en France ? Pas du tout. 

Comme le rapporte Le Parisien, Christophe Castaner n’a pas pour autant démonté l’hypothèse d’un port du masque généralisé en France dans les semaines à venir. 

Par Clothilde Bru, publié le 10/04/2020