© STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

Congé pour le deuil d'un enfant : le gouvernement rétropédale

Après avoir pointé du doigt une mesure "pénalisant" l'entreprise, les ministres veulent finalement "aller plus loin"...

La proposition d’allonger le congé pour le deuil d’un enfant de cinq à douze jours continue de faire parler d’elle bien au-delà des bancs de l’hémicycle. Jeudi dernier, les députés avaient voté majoritairement contre cette mesure, à 40 voix contre 38, provoquant un tollé.

La proposition émanait du groupe UDI et était portée par le député du Nord Guy Bricout. Celui-ci justifiait ainsi sa proposition : "Le Code du travail accorde 11 jours de congé de paternité, il ne me semble pas normal que cette durée soit plus courte en cas de décès. Ce serait dans l’ordre des choses selon moi."

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La ministre du Travail, Muriel Pénicaud, avait expliqué que l’adoption d’une telle mesure "pénaliserait" les entreprises. Les députés LREM avaient en grande majorité suivi la consigne de vote de la majorité, et voté contre.

"Faire preuve d’humanité"

Samedi, face aux multiples réactions indignées faisant suite au rejet de cette proposition, Emmanuel Macron a pris la parole personnellement pour demander au gouvernement de reculer pour "faire preuve d’humanité". Les ministres, Muriel Pénicaud en tête, ont donc fait un demi-tour complet. Celle-ci a déclaré : "La perte d’un enfant est une tragédie terrible. La solidarité nationale auprès des parents doit être renforcée." Avant d’ajouter :

"Avec Adrien Taquet [le secrétaire d’État chargé de la protection de l’enfance], nous réunirons les associations et partenaires sociaux pour améliorer rapidement le soutien aux parents [dont les congés], et l’inscrire dans la loi."

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Dans Le Parisien, la ministre a même déclaré vouloir proposer un "texte plus ambitieux". Interrogée par le quotidien sur la prise de position première, elle a répondu que "la décision prise collectivement n’était pas la bonne". Questionnée sur le financement de la mesure, elle a rétorqué : "Ce n’est pas une question d’argent mais de solidarité et de compassion de la Nation. La mesure pourra être financée par la solidarité nationale, autrement dit la Sécurité sociale." Et de poursuivre :

"Est-ce que les entreprises en prendront une part ? Nous allons en parler, toutes les options sont possibles, mais cette mesure sera financée. Et on garde les mesures adoptées jeudi qui permettent le don de RTT entre salariés et facilitent la prise de congés pour les milliers de parents concernés chaque année."

"Une erreur collective"

Invité d’Europe 1, Adrien Taquet a quant à lui reconnu dimanche une "erreur collective" et déclaré :

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"J’endosse la partie gouvernementale, je n’ai pas à me prononcer sur les parlementaires. Il y a eu une erreur d’appréciation sur ce texte de la part du gouvernement. Je n’ai aucun problème à reconnaître les erreurs que l’on a faites. Que ce soit aujourd’hui l’occasion de rectifier, voire de faire mieux !"

Adrien Taquet et Muriel Pénicaud ont également publié un communiqué de presse conjoint dans lesquels ils expriment "leur compréhension de l’émoi suscité par les débats ayant eu lieu à l’Assemblée nationale, et réaffirment la volonté du gouvernement de mieux accompagner les parents à la fois dans les jours qui suivent le deuil mais également dans la durée".

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Par Astrid Van Laer, publié le 03/02/2020

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