Blocus lycéen : à la veille du "mardi noir", les syndicats veulent inscrire le mouvement dans la durée

Ils préparent déjà la mobilisation pour le retour des vacances de Noël.

(© Clothilde Bru/Konbini news)

“Je pense qu’on va gagner, c’est obligé”, lance sur un ton assuré Louis Boyard, président de l’Union nationale lycéenne (UNL) interrogé par Konbini news. C’est l’un des syndicats lycéens à l’initiative du "mardi noir" – un appel à bloquer tous les lycées de France demain, mardi 11 décembre.

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Depuis une semaine les lycéens se sont greffés au mécontentement des gilets jaunes. Ils protestent contre diverses mesures liées à l’éducation : la réforme du baccalauréat, Parcoursup, le service national universel, ou encore l’augmentation des frais d’inscription à la fac pour les étudiants étrangers.

Quotidiennement, des dizaines de lycées sont bloqués un peu partout en France. Ce lundi, environ 450 établissements étaient toujours perturbés et 50 bloqués sur les 4 000 que compte la France, selon le ministère de l’Éducation nationale. C’est presque deux fois moins que vendredi dernier. Jeudi, nous étions avec les élèves de Lamartine dans le 9e arrondissement à Paris où le blocus s’est déroulé dans le calme.

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Mais il arrive que les blocages dégénèrent. Mercredi dernier, un lycéen a été grièvement blessé à la tête par un tir de flash-ball. Le lendemain, ce sont les images de dizaines de jeunes agenouillés mains sur la tête et entourés de CRS devant un lycée de Mantes-la-Jolie qui suscitaient l’indignation.

"Ça me tord le bide de voir des jeunes, en France, en 2018, à genoux avec les mains sur la tête", avait avoué le secrétaire d’État auprès du Ministre de l’Éducation nationale et de la Jeunesse, Gabriel Attal, interrogé par Hugo Clément.

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Combien de temps durera la mobilisation ?

À côté de ce "mardi noir", les syndicats lycéens appellent à des blocages reconductibles. Combien de temps durera ce mouvement sans précédent ?

"D’habitude, c’est toujours les étudiants qui se mobilisent, suivis par les lycéens, et là c’est l’inverse, la forme que ça prend c’est inédit”, se félicite Louis Boyard. Des étudiants ont en effet déjà commencé à se joindre à la contestation des lycéens. Mercredi dernier, nous étions avec ceux de Tolbiac.

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Ce lundi, plusieurs facultés étaient encore bloquées dont cette université parisienne. Selon Marouane Majrar, porte-parole de la Fédération indépendante et démocratique lycéenne (FIDL) qui a également appelé à un blocage général demain, le gouvernement joue la montre en espérant que le mouvement s’éteigne à la faveur des vacances de Noël.

"Il va falloir mettre les bouchées doubles après les vacances, parce que la mobilisation continuera après. On espère être rejoints par les facultés pour créer un véritable mouvement de jeunesse des lycéens et des étudiants.”

L’autre difficulté, c’est de parvenir à inscrire le mouvement dans la durée : "Au bout d’un moment, les lycéens vont se dire ‘on a le bac à la fin de l’année’, ‘on a des absences’, ‘il faut rattraper nos cours’", s’inquiète Marouane Majrar.

La FIDL réfléchit donc déjà à une sorte de programme qui permettrait aux lycéens de rattraper leurs cours, baptisé "Lycée debout". Les lycéens misent également sur l’implication des professeurs pour raviver la contestation à la rentrée : “Imaginons qu’à la rentrée, les profs se mettent en grève ?”, rêve le président de l’UNL.

L’idée d’une convergence des luttes avec les gilets jaunes est encore bien présente : “On a cette idée de les solliciter pour qu’ils sécurisent les blocus,” explique le porte-parole de la FIDL. Car les violences en marge de ces blocus sont également de nature à démotiver les troupes.

Alors qu’Emmanuel Macron doit prendre la parole ce soir pour répondre aux revendications des gilets jaunes, tous espèrent aussi que le président aura un mot pour la jeunesse en colère.

Par Clothilde Bru, publié le 10/12/2018

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