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Audrey Pulvar s’exprime au sujet des accusations de pédocriminalité visant son père

Publié le

par Astrid Van Laer

Audrey Pulvar, décembre 2019. © Patrice Pierrot/Avenir Pictures/ABACAPRESS.COM

"Je suis là en tant que fille d’un pédocriminel, et donc fille d’un monstre."

“C’est quelque chose qui est très difficile", a déclaré Audrey Pulvar ce matin au micro de France Inter. Le 8 février dernier, dans une tribune intitulée "Marc Pulvar, alias Loulou pour les intimes, était un prédateur sexuel", Barbara Glissant, Karine Mousseau et Valérie Fallourd ont accusé leur oncle Marc Pulvar, le père d’Audrey Pulvar, de pédocriminalité.

"C’était l’oncle de la famille, le favori, adulé déjà, par tous. Une confiance totale, qui dure encore aujourd’hui de manière posthume, et que nous avons décidé de briser, une fois pour toutes", avaient écrit les trois victimes présumées pour expliquer leur démarche de dénoncer cette figure du syndicalisme martiniquais décédée en 2008.

Depuis plusieurs jours, sa fille, l’ex-journaliste désormais engagée en politique Audrey Pulvar, a vu son nom largement associé à celui de son père, certains lui reprochant notamment de ne pas avoir dénoncé les faits.

Après une première vague d’attaques rappelant malheureusement celles qui avaient visé la chanteuse Angèle lorsque son frère, le rappeur Roméo Elvis, avait été accusé d’agression sexuelle, de nombreuses personnalités lui avaient apporté leur soutien, à l’instar des journalistes Caroline Fourest et Edwy Plenel, ou de la sénatrice Laurence Rossignol, qui avaient pointé du doigt "l’amalgame" subi par Audrey Pulvar.

 
 

"Vous vous demandez si vous n’êtes pas un peu un monstre vous-même"

Lors de sa prise de parole, Audrey Pulvar a donc tenu à rappeler à ses détracteurs que "ici, en France métropolitaine, c’est pas l’affaire Marc Pulvar, qui est quand même l’auteur des crimes, c’est pas la parole des victimes qu’on a entendue, c’est mon nom qui a été mis en exergue".

Et l’ancienne présidente de la Fondation pour la nature et l’homme devenue adjointe en charge de l’Agriculture, de l’Alimentation durable et des Circuits courts de proximité de poursuivre :

"Je suis là en tant que moi-même et en tant que fille d’un pédocriminel, donc fille d’un monstre au sens actuel qu’on donne à ce mot. Et quand vous êtes la fille d’un monstre, forcément, à un moment, vous vous demandez si vous n’êtes pas un peu un monstre vous-même.”

"C’est un processus presque automatique", a-t-elle expliqué, assurant vouloir parler des victimes : "si je me suis tue depuis huit jours, c’est parce que pour moi l’important était que les victimes puissent s’exprimer".

"Non, il ne m’est pas venu à l’idée de le dénoncer"

“Les victimes parlent et ont parlé à ce moment-là, comme toujours dans ces affaires-là, pour être entendues, écoutées et crues", a martelé Audrey Pulvar, expliquant que lorsqu’elle a pris connaissance de ces accusations en 2002, soit une vingtaine d’années après les faits présumés, elle les a crues parce qu’elle est "toujours du côté des victimes" : "les victimes quand elles parlent, c’est toujours pour être crues".

Et l’adjointe à la mairie de Paris d’ajouter :

"J’étais enfant quand les faits se sont produits, j’avais 5 ans, mes cousines avaient 5, 6, 7 ou 8 ans. Et depuis 45 ans, je sais qu’il s’est passé des choses, confusément.

Quand j’avais 5, 6, 7 ans, j’étais donc très petite, il s’est passé des choses dont je sentais qu’elles n’étaient pas normales. […] Je sentais qu’il y avait un climat que je ne comprenais pas, je ne savais pas ce que c’était.”

Avant de poursuivre : “Ma cousine Barbara, à l’époque, m’a même dit un jour, dans ma mémoire, elle avait 7 ans, on s’était disputées et elle m’a dit : ‘ton père met sa main ma culotte’. Ça m’avait tétanisée. J’avais 6 ans. Après, ces souvenirs-là se sont cadenassés dans mon cerveau pendant des années, pendant vingt-cinq ans. En revenant par flash, sans que je sache ce que c’était.”

“Non, il ne m’est pas venu à l’idée de le dénoncer. Ça n’était pas à moi de le faire. Je ne savais pas que je le savais. Ce n’est pas quelque chose qui est là, devant vous, et que vous identifiez”, a-t-elle aussi dit.

"Ce que veulent les victimes, c’est pas d’être protégées, c’est qu’on ne viole plus"

Réfutant l’idée selon laquelle il s’agirait pour ses cousines d’opérer une "manœuvre politique soit pour m’atteindre moi qui suis candidate [aux élections régionales, ndlr], soit pour abîmer la mémoire de mon père". Audrey Pulvar a rappelé : "Les victimes parlent quand elles peuvent parler, quand les conditions sont réunies pour elles : […] pour pouvoir dire à haute voix ‘ça m’est arrivé‘, […] ça prend du temps, il faut respecter cette parole."

Quant aux conséquences de ces courageuses prises de parole, Audrey Pulvar a déclaré : "J’entends beaucoup parler de libération de la parole. Sachez que ça ne libère pas grand monde, on ne repart pas joyeux et léger", et a espéré qu’elles aient une incidence sur la société : "Il ne faut pas seulement écouter la parole des victimes, il faut faire en sorte que ça n’arrive plus. Ce que veulent les victimes, c’est pas d’être protégées, c’est qu’on ne viole plus."

L’association Face à l’inceste, qui a salué la prise de parole d’Audrey Pulvar, a toutefois interrogé l’emploi du mot "monstre", expliquant : "Les violeurs, les pédocriminels ne sont pas des monstres mais des hommes ordinaires. Il faut s’interroger sur les conditions qui ont rendu leurs actes possibles, sur la culture du viol et de l’impunité qui a pu leur faire croire qu’ils pouvaient se permettre de faire ça."

Des propos qui rappellent ceux de l’actrice Adèle Haenel. En 2019, lors d’un entretien accordé à Mediapart, celle-ci avait déclaré : "Les monstres, ça n’existe pas", précisant : "C’est notre société, c’est nous, c’est nos amis, c’est nos pères. On n’est pas là pour les éliminer, on est là pour les faire changer."

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