Au Canada, des gilets jaunes manifestent contre la "trahison des politiciens"

Les gilets jaunes ont traversé l’Atlantique.

© Yellow Vests Canada/Facebook

On le sait, les gilets jaunes se sont exportés dans plusieurs pays d’Europe, atteignant progressivement la Belgique, les Pays-Bas ou encore la Bulgarie. Mais pas que. Un mouvement de protestation a vu le jour au Canada sous le nom de "Yellow Vests Canada".

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Le créateur du groupe, Tyler Malenfant, que nous avons sollicité en vain pour l’instant, poste des messages pour le moins anxiogènes sur la page Facebook dédiée au mouvement. Entre autres :

"Voilà pourquoi les journalistes mentent à propos des gilets jaunes canadiens. Ils ne mentent pas juste pour s’amuser, les journalistes mentent parce qu’ils veulent voir de terribles choses arriver à d’innocents canadiens."

Un message qui a attiré notre attention. Comme nous ne voulons "pas voir d’horribles choses arriver à d’innocents canadiens", on a passé en revue la page en question, les profils de ses membres les plus actifs ainsi que leur site Internet pour connaître leurs revendications principales et comprendre d’où provient une telle paranoïa.

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Sur le site, partagé par l’un des administrateurs du groupe, Coleen Mac, sont listés les points principaux de protestation. On y retrouve le "surplus de taxes", identique au tout premier sujet controversé évoqué par les gilets jaunes français : la hausse des taxes.

Mais on trouve également "l’immigration irrégulière et illégale", – contre laquelle ces gilets jaunes canadiens préconisent "un renforcement de la souveraineté des frontières" –, ainsi que la "censure" de la presse. Enfin, ils assurent être un "mouvement pacifique".

Écologie vs économie

© Yellow Vests Canada/Facebook

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Sur sa page Facebook, qui totalise près de 107 000 membres, le mouvement se définit ainsi : "Ce groupe a pour but de protester contre la taxe carbone et la trahison des politiciens de notre pays qui ont l’audace de vendre NOTRE souveraineté nationale aux mondialistes de l’ONU et leurs politiques tyranniques."

Cette référence à l’annonce faite en octobre dernier par Justin Trudeau, qui prévoyait la mise en place d’une taxe carbone dans quatre provinces canadiennes et qui avait provoqué la colère de beaucoup de citoyens, est l’une des figures de proue du combat de ces militants.

Autre point majeur des revendications des "yellow vests" : l’arrêt total de l’importation d’énergies depuis des pays étrangers. À la place, ils proposent et plaident en faveur de la construction de pipelines. Une sorte d’antagonisme environnement/économie, qui semble être le point d’orgue de désaccord de ces gilets jaunes avec leur gouvernement.

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Le Canada importe beaucoup de pétrole en raison des bas prix pratiqués par plusieurs pays d’Europe et du Moyen-Orient, alors qu’il dispose d’importantes ressources et réserves. Le projet de pipelines évoqué par les gilets jaunes canadiens ne va pas dans le sens de la lutte en faveur de l’environnement menée par le gouvernement de M. Trudeau.

La filiale canadienne de Greenpeace explique que la construction de pipelines aurait des conséquences environnementales importantes. "Ces pipelines représentent une menace pour les rivières, les cours d’eau et les terres d’un bout à l’autre du pays. Sans compter l’accroissement du trafic maritime de navires pétroliers qui aura un impact sur nos littoraux", explique l’ONG.

Justin Trudeau, l’origine de tous leurs maux

Depuis hier, l’inquiétude monte dans les rangs de ces gilets jaunes d’Amérique : 14 000 membres ont été suspendus du groupe Facebook en raison de la modification des règles du réseau social. Eux y voient une attaque directe de la part de Justin Trudeau. Ils ont créé un site, et expliquent leur démarche ainsi : "Clairement, nous pouvons nous attendre à ce que le groupe soit bientôt fermé. La purge peut avoir lieu n’importe quand et nous devons nous y préparer."

Les élections fédérales auront lieu en octobre prochain et désigneront les membres qui siégeront au Parlement canadien. Pour beaucoup de membres du groupe, c’est l’occasion rêvée de voir partir le chef du gouvernement. Sur leur site, il y a un décompte des jours qu’il reste avant ces élections et donc le départ de Justin Trudeau.

On trouve également, comme en France, plusieurs mentions du Pacte mondial sur les migrations sûres, ordonnées et régulières, surnommé pacte de Marrakech et très décrié par plusieurs groupes de gilets jaunes dans l’Hexagone, mais aussi au Canada.

Ce pacte est, pour les "yellow vests", une preuve que les Nations unies "gouvernent" leur pays, avec l’accord de Justin Trudeau lui-même. Une rumeur similaire a circulé en France, selon laquelle Emmanuel Macron aurait "vendu" la France à l’ONU.

Interrogé à la télévision canadienne en décembre dernier, Justin Trudeau n’a pas semblé très inquiet au sujet de cette vague de protestation. Il a surtout renvoyé la balle aux députés conservateurs, qu’il accuse d’alimenter les controverses. Il a parlé d’une "minorité de plus en plus vocale qu’il va falloir surveiller".

Il n’en reste pas moins que l’objet de détestation et de révolte principal de ce groupe Facebook Yellow Vests Canada est le Premier ministre canadien Justin Trudeau. En témoignent les dizaines de memes et de photomontages à son effigie, qui sont postés depuis plusieurs jours sur le groupe, comme ceux-ci :

© Yellow Vests Canada/Facebook

© Yellow Vests Canada/Facebook

© Yellow Vests Canada/Facebook

© Yellow Vests Canada/Facebook

Et, bien entendu, les journalistes

Mais enfin et surtout, les ennemis principaux de ces yellow vests sont bien évidemment les journalistes. Dans la description du groupe Facebook, on peut lire :

"Nous sommes aussi contre la tentative du gouvernement d’acheter les médias l’année d’une élection et sa conspiration avec les entreprises détenant les réseaux sociaux pour censurer notre discours. On ne PEUT PAS avoir une société libre et démocratique à moins d’avoir LA LIBERTÉ DE PAROLE et l’habilité de s’exprimer aussi loin qu’on le souhaite. Nous sommes des patriotes canadiens qui refusons de laisser ce pays marcher sur le chemin de la tyrannie. Dieu vous bénisse."

Les critiques à l’adresse des journalistes sont multiples. Dans une publication de Tyler Malenfant, on peut lire, en toute sobriété : "Les journalistes mainstream sont d’accord avec le fait de laisser ISIS entrer dans votre QUARTIER. […] Ils pensent que vous êtes pires qu’ISIS et souhaitent que des choses terribles vous arrivent à VOUS et votre FAMILLE."

Alors que la France s’apprête à vivre l’acte X de mobilisation des gilets jaunes, plusieurs regroupements de "yellow vests" sont attendus dans tout le Canada demain, parmi lesquels une manifestation devant le symbolique siège de la banque nationale à Montréal.

Par Astrid Van Laer, publié le 18/01/2019

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