(c) STEPHANIE KEITH / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

Assassinat, faux suicide... la mort d'Epstein au cœur de toutes les théories du complot

La mort du milliardaire accusé d'agressions sexuelles sur des mineures alimente tous les fantasmes.

Samedi 10 août, le milliardaire américain Jeffrey Epstein est mort. Il se serait suicidé dans sa cellule de la prison fédérale de Manhattan, à New York. L’homme d’affaires de 66 ans y était incarcéré depuis le mois de juillet, dans l’attente de son procès pour des agressions sexuelles sur des mineures.

Outre-Atlantique, de nombreuses personnes s’interrogent sur les circonstances de sa mort. À droite comme à gauche, la classe politique a exigé que la lumière soit faite sur ce que l’administration pénitentiaire a qualifié de "suicide apparent".

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Pourquoi autant de suspicions ?

Des circonstances troubles

Les précautions sont de rigueur pour qualifier la mort du sexagénaire. Au lendemain du drame, la médecin légiste chargée de l’autopsie a déclaré avoir besoin de "plus d’informations" avant de pouvoir rendre ses conclusions.

Jeffrey Epstein avait déjà tenté de mettre fin à ces jours, le 23 juillet dernier. À ce titre, il devait faire l’objet d’une surveillance renforcée antisuicide. Selon plusieurs médias américains, cette surveillance était levée depuis le 29 juillet.

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Par ailleurs, le riche financier était incarcéré à la prison fédérale de Manhattan, l'une des plus sécurisée des États-Unis. Cet établissement a l’habitude de recevoir des terroristes ou des figures du grand banditisme. C’est notamment là-bas que fut emprisonné le narcotrafiquant mexicain Joaquín Guzmán, dit "El Chapo", auteur de deux évasions spectaculaires au Mexique.

Comment Jeffrey Epstein a-t-il pu échapper à la surveillance des gardiens ?

Un cocktail explosif

Les relations du riche financier sont aussi au cœur de tous les fantasmes. On lui prête notamment des amitiés avec Bill Clinton et Donald Trump.

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En 2002, l'actuel président des États-Unis déclarait : "Je connais Jeff depuis 15 ans. Un type génial." Et d’ajouter : "On dit même qu’il aime les jolies femmes autant que moi, et beaucoup sont plutôt jeunes" – une déclaration glaçante au regard des faits qui lui sont reprochés.

L’homme d’affaires était accusé d’avoir fait venir, pendant plusieurs années, des dizaines de jeunes adolescentes dans ses luxueuses résidences, les forçant à des "massages" qui tournaient presque toujours en rapports sexuels forcés, rappelle l’AFP.

"On retrouve la présence d’un cocktail assez spécifique, qui coche toutes les cases de ce qui peut exciter la complosphère. On a les plus grands de ce monde, on a des soirées orgiaques, on a de la pédophilie", avance Tristan Mendès France, maître de conférences associé à Paris-Diderot et spécialiste des cultures numériques.

Ce dernier étudie depuis plusieurs années les mécaniques complotistes. Selon lui, la nature des crimes commis par Jeffrey Epstein joue un rôle important dans les réactions suscitées par sa mort :

"Qu’on soit bien clair : les milliardaires pédophiles, ça existe. Mais dans l’imaginaire complotiste, il y a souvent cette idée des puissants qui organisent des soirées orgiaques qui peuvent se terminer par des meurtres d’enfants. Dans le cas de l’affaire Epstein, je l’ai vu passer. Il y a sur Internet des personnes qui supposent que les soirées d’Epstein se terminaient par des sacrifices d’enfants."

Les théories du complot en question

Pour toutes ces raisons, les théories du complot fleurissent sur les réseaux sociaux depuis l’annonce de sa mort. De quelles natures sont-elles ?

Globalement, il s’agit de variations sur le même thème, à en croire Tristan Mendès France : "On l’a laissé se suicider, on l’a aidé à se suicider, on l’a poussé à se suicider, on l’a tué… Après, dans le 'on l’a tué', il y a des subdivisions pour savoir qui l’a tué. Ça peut être le clan Clinton, ou Trump, mais aussi le Mossad. Le fait qu’Epstein soit juif rajoute d’ailleurs un élément qui hystérise la base complotiste."

Aussi a-t-on vu émerger sur Twitter le hashtag #EpsteinMurder. Pour beaucoup d’internautes, sa mort arrange certains de ses amis célèbres, qui auraient pu se retrouver dans le viseur de la justice en cas de procès.

Donald Trump a lui-même encouragé les théories les plus folles, en retweetant une vidéo publiée par le comédien Terrence Williams, affirmant qu’Epstein "avait des informations sur [l’ex-président] Bill Clinton" et en sous-entendant que cela serait lié à sa mort.

"Il y a aussi la théorie selon laquelle Epstein n’est pas mort, et a été remplacé par un sosie.  Soit il a été enlevé, soit il s’est échappé", ajoute Tristan Mendès France.

Au-delà de ces scénarios incohérents, "des responsables pénitentiaires anonymes ont indiqué dimanche à certains médias que les procédures prévues pour la surveillance de Jeffrey Epstein n’avaient pas été respectées", rappelle l’AFP. Deux enquêtes ont donc été ouvertes par le FBI et le ministère américain de la Justice. 

Par Clothilde Bru, publié le 12/08/2019

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