Arabie saoudite : une journaliste sous le coup d’une enquête pour tenue indécente

Ironie du sort : elle commentait la levée de l’interdiction pour les femmes de conduire.

Alors que le monde applaudit la levée de l’interdiction de conduire pour les femmes en Arabie saoudite qui a eu lieu dimanche 24 juin dernier, un incident fait relativiser au sujet de ce tournant progressiste que semblait prendre le pays de la péninsule arabique.

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Shireen al-Rifaie, journaliste pour la chaîne de télévision de Dubaï Al Aan TV, fait l’objet d’une enquête pour tenue indécente, comme le rapporte Sud-Ouest. Alors qu’elle réalisait un sujet sur cette avancée pour les femmes saoudiennes, ironie du sort, elle s’est attiré les foudres des conservateurs du pays.

Dans les images du reportage, qui a été publié sur Twitter, on peut voir Shireen al-Rifaie, tout de blanc vêtue, commenter l’événement. C’est sa tenue qui aurait posé problème à certains internautes : elle porterait un décolleté trop prononcé sous son abaya (vêtement traditionnel) et son foulard ne couvrirait pas assez ses cheveux.

Le hashtag "femme nue conduisant à Ryad" se répand depuis comme une traînée de poudre sur les réseaux sociaux de ce royaume très conservateur. C’est ce torrent de protestations qui aurait conduit le gouvernement saoudien à agir.

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L’insolvable paradoxe

Mardi 26 juin, le ministère saoudien des Médias a annoncé que l’Autorité générale pour les médias audiovisuels ouvrait une enquête sur la journaliste. Dans les faits, on lui reproche d’avoir "violé les règles et consignes" en portant une "tenue indécente" sur les images de son reportage.

Entre-temps, Shireen al-Rifaie, qui a rejeté l’accusation, s’est exprimée à travers le site internet Ajel, affirmant qu’elle portait des "vêtements décents". Selon les informations de ce même site, Shireen al-Rifaie aurait quitté le pays dès que la polémique a pris de l’ampleur.

Pour Clarence Rodriguez, ex-correspondante en Arabie saoudite et auteure d’Arabie Saoudite 3.0, interrogée par Konbini news, cet incident révèle parfaitement le paradoxe avec lequel les femmes saoudiennes doivent composer au quotidien :

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"D’un côté on veut faire conduire les femmes, et de l’autre, elles ne peuvent pas s’habiller comme elles veulent. Les femmes qui ont milité pour la levée de l’interdiction sont d’ailleurs en prison aujourd’hui. C’est du délire."

Selon l’ancienne correspondante, qui a vécu douze ans dans la monarchie pétrolière, l’apparente modernité du prince héritier Mohammed ben Salmane n’est qu’un vernis : "Il se présente comme le symbole de la modernité, mais en réalité c’est la fermeture et l’archaïsme qu’il prône."

Il y a quelques semaines, nous rencontrions Hoda Al-Helaissi, une universitaire saoudienne membre de l’Assemblée consultative qui défendait un point de vue totalement opposé et prenait le parti du gouvernement et de la société saoudienne.

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Par Clothilde Bru, publié le 28/06/2018

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