People queue for drinking water being distributed in a tanker in the municipality of Chacao in a tanker, in Caracas, on March 11, 2019. – Venezuela President Nicolas Maduro extended the closure of shools and businesses for another 24 hours on Monday due to the ongoing electricity blackout, Communications Minister Jorge Rodriguez said. The power outage caused chaos with public services such as water and transport also grinding to a halt, while hospitals were left without power. (Photo by Cristian HERNANDEZ / AFP)

Après une panne d’électricité, le Venezuela fait face à une pénurie d’eau

"C'est le chaos."

Des gens font la queue pour remplir des bidons d’eau, le 11 mars 2019 à Caracas. © Cristian HERNANDEZ / AFP

Depuis près d’une semaine, le Venezuela est paralysé par une panne d’électricité qui a engendré une pénurie d’eau. Deux fléaux qui font craindre désormais une crise sanitaire majeure et qui jouent déjà sur la hausse de l’inflation. Mais ce n’est pas tout : "C’est le chaos, même la police est débordée", alerte Catalina Vargas, coordinatrice de la réponse humanitaire en Amérique latine pour l’ONG CARE.

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Interrogée par téléphone, cette dernière témoigne pour Konbini news d’une "situation très critique" :

"À cause de la coupure électrique, les gens n’ont pas non plus accès à l’eau. Trois jours ont été déclarés fériés cette semaine car personne ne peut se rendre au travail. Au bout de six jours, l’impact de cette coupure est déjà visible : les stocks de nourriture dans les frigos sont abîmés en raison de la panne et les autres réserves s’épuisent."

"Ce n’est pas la première fois qu’il y a une coupure, mais c’est la première fois qu’elle dure autant", explique-t-elle. À quoi est due cette coupure ? Selon Mme Vargas, à "un manque d’entretien des pompes depuis des années, ce qui a créé une explosion autour de la pompe d’électricité principale".

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De son côté, le président vénézuélien Nicolás Maduro avance une autre hypothèse, selon laquelle le pays aurait été "attaqué", sans vraiment donner plus de détails. Hier soir, le chef d’État a publié un message allant dans ce sens :

"J’ai chargé une Commission internationale, avec le soutien de la Chine, de la Russie et des Nations unies, d’enquêter attentivement sur ce qui s’est passé et d’établir des responsabilités. Le monde doit connaître toute la vérité sur l’attaque de haute technologie perpétrée contre notre système électrique national."

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Une déclaration que CARE se refuse à commenter : "En tant qu’ONG apolitique, on ne veut prendre position ni pour l’hypothèse de Maduro ni pour celle de Guaido [opposant politique à Maduro, président autoproclamé, ndlr], car chaque parti a sa version. On s’en tient aux informations que l’on obtient sur le terrain", précise Catalina Vargas.

"Les gens ont peur de sortir dans la rue"

Différentes devises de monnaie. Caracas, le 10 mars 2019. © Cristian Hernandez / AFP

Quelle que soit son origine, cette panne majeure, dont ni l’état actuel et ni une éventuelle solution pour le futur n’ont été communiqués, a déjà des conséquences dramatiques. Dans la capitale, seuls 10 % des magasins ont pu rester ouverts. En temps normal, le mode de paiement au Venezuela est la carte bancaire, "pas le cash, car la monnaie locale n’a pas de valeur".

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Sauf qu’en l’absence d’électricité, les terminaux bancaires se sont retrouvés hors d’état de marche. "Par conséquent, le peu de magasins ouverts accepte uniquement le dollar car c’est la monnaie la plus forte, mais dont très peu de citoyens disposent", poursuit Catalina Vargas, avant d’évoquer la violence engendrée par le manque :

"Les gens ont peur de sortir dans la rue, il y a eu des émeutes lorsque certaines personnes ont tenté de rentrer dans les supermarchés pour s’approvisionner en nourriture. L’insécurité a vraiment augmenté. Dans les rues et quartiers défavorisés de Caracas, il y a des tensions, des émeutes et des violences."

On apprenait dans la journée de mercredi qu’à Caracas, le courant était en partie rétabli, alors que la pénurie d’eau s’aggrave. La situation dans les campagnes reste quant à elle assez incertaine. Catalina Vargas n’a pas d’informations, n’ayant plus de nouvelles des membres de l’ONG qui ne sont pas à Caracas, car ils sont probablement "sans Internet ou sans la possibilité de recharger leurs téléphones". Pour le reste, le problème se déplace peu à peu vers la frontière colombienne.

Entre autres causes, la pénurie de médicaments et les conséquences de la crise sur les hôpitaux. "Le peu d’hôpitaux qui étaient encore en fonctionnement est très affecté", rapporte Mme Vargas, concluant sur son inquiétude concernant les personnes les plus vulnérables comme les enfants et les femmes enceintes :

"La question des hôpitaux est très très sensible. Beaucoup de personnes sous traitement sont obligées d’arrêter leur traitement. D’autres tentent de passer illégalement en Colombie car la fermeture de la frontière complique les choses. Les hôpitaux frontaliers, notamment à Cúcuta, sont bondés et le personnel est débordé".

Par Astrid Van Laer, publié le 13/03/2019

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