Agressions sexuelles : plusieurs hommes accusent le représentant du pape en France

Les témoignages mettant en cause monseigneur Luigi Ventura se multiplient.

Emmanuel Macron et Luigi Ventura en 2018, à Paris. (© Ludovic Marin/AFP)

À chaque fois, c’est le même mode opératoire dans des réceptions officielles. Mathieu, Benjamin et Thomas*, qui témoignent ce jeudi 28 février dans les colonnes de Libération, ont tous les trois été agressés sexuellement par un même homme : monseigneur Luigi Ventura, l’ambassadeur du Vatican en France.

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À rebours des scandales de ce type qui affectent l’Église, les faits ne remontent pas à l’enfance de ces trois hommes âgés de 26, 35 et 39 ans.

C’est la plainte déposée par Mathieu, un jeune homme qui travaille selon La Croix à la Délégation générale aux relations internationales (DGRI), qui a permis de lever l’omerta sur les pratiques du prélat. Le 15 février, Le Monde révélait l’affaire : "L’ambassadeur du pape en France est visé par une enquête pour 'agressions sexuelles'."

Les faits se sont déroulés le 17 janvier à l’hôtel de ville de Paris. Anne Hidalgo présentait ses vœux à quelques diplomates et des autorités religieuses, dont monseigneur Luigi Ventura. Mathieu est chargé de l’accueil. "Dans la cour, il me dit 'vous êtes très beau'", se souvient le jeune homme. Dans la plainte que Libération a pu consulter, il livre les détails sordides de l’agression : il "a retiré sa main de mon bras puis l’a glissée par-dessous ma veste. Il m’a alors touché les fesses comme s’il me caressait."

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S’ensuit une nouvelle agression dans l’ascenseur : "Pendant toute la montée, il me pressait les fesses et les malaxait." Le prélat continue ensuite son manège devant tout le monde. Mathieu est estomaqué. Prévenus, ses collègues deviennent alors les témoins de ces agissements. "L’adjoint d’Anne Hidalgo chargé des relations internationales, Patrick Klugman, demande au nonce de quitter les lieux sur-le-champ", raconte Libération.

Puis la Mairie de Paris transmet un signalement au procureur de la République de Paris.

"On n’est pas face à un artisan mais face à un industriel"

Deux jours après le premier article du Monde, une seconde plainte est déposée par Benjamin. Les faits dénoncés sont les mêmes. C’est lors de la même soirée, à un an d’intervalle, que Benjamin raconte avoir été victime de monseigneur Luigi Ventura.

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"Il place une main sur mon épaule pendant que son autre main attrape mes fesses. On n’est pas face à un artisan mais face à un industriel : il y a du travail à la chaîne, la répétition des gestes est parfaite", précise-t-il en insistant sur le souvenir glaçant laissé par le sourire du prélat.

"Je ne corresponds pas à ce que je pensais être le profil des victimes de harcèlement sexuel, ce qui explique que j’ai dû minimiser le tout dans ma tête", avance le jeune homme pour justifier le temps entre les faits et sa plainte.

Dans tous ces témoignages, c’est la décontraction du mode opératoire qui a saisi les victimes. Voici ce qui est arrivé à Thomas en décembre dernier : "Il me serre la main de sa main droite. Avec la gauche, tout en continuant à me parler, il caresse mes fesses."

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Encore une fois, la scène a lieu lors d’une réception mondaine donnée pour la communauté italienne de Paris à l’hôtel Meurice. Pour le chef d’entreprise, "sa façon de faire témoigne d’un calcul et d’une maîtrise totale".

Thomas, Benjamin et Mathieu sont loin d’être les seuls à avoir été victimes des attouchements de monseigneur Luigi Ventura. Depuis une quinzaine de jours, les témoignages se multiplient. Le 15 février, Têtu publiait celui d’une autre victime présumée.

Les faits auraient été commis en janvier, lors d’une cérémonie de vœux officiels. Elle raconte : "Je me suis dit : est-ce que c’est vraiment en train de m’arriver ? Tout ça entouré de 300 personnes, au milieu de discussions mondaines. C’est un frotteur du métro."

"Oh, c’est le nonce, tout le monde le sait"

"Oh, c’est le nonce, tout le monde le sait, il n’y a pas de quoi en faire un plat", aurait déclaré un spécialiste des milieux ecclésiastiques à l’une des victimes.

Monseigneur Luigi Ventura est en poste à Paris depuis 10 ans, où il est chargé des relations du Saint-Siège avec les autorités françaises. Il joue aussi également un rôle prépondérant dans la nomination des évêques du pays.

C’est une nouvelle gifle pour l’Église catholique. Dimanche dernier, le pape a organisé un sommet historique sur la lutte contre la pédophilie, au cours duquel il a fait un parallèle entre les agressions sexuelles et des rites païens, parlant de "la main du diable à l’œuvre dans ces attouchements".

"L’explication théologique ne tient pas : ce n’est pas la main de Satan qui m’a touché les fesses, bon sang !", rétorque Benjamin interrogé par Libération.

Au moins deux plaintes ont été déposées contre le prélat. Le parquet de Paris a ouvert une enquête. Toutefois, ce dernier jouit d’une immunité diplomatique qui l’empêche pour le moment d’être convoqué et entendu. Parallèlement, son entourage tente d’éteindre l’incendie, mettant en avant l’opération qu’il a subie en 2016 (on lui aurait retiré une tumeur au cerveau).

C’est désormais à l’Église de décider de l’opportunité de lever l’immunité de ce prêtre et de transformer les paroles en actes.

Par Clothilde Bru, publié le 28/02/2019

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