Hôpital La Pitié-Salpetrière, le 15 avril 2019. © KENZO TRIBOUILLARD / AFP

"Agnès, réveille-toi ou remplace moi" : les urgences sonnent une nouvelle fois l'alarme

En grève depuis plusieurs semaines maintenant, les services d'urgence, "en souffrance", manifestent ce jeudi à Paris.

"La colère est montée d’un cran" : dans un communiqué publié hier, l'Union syndicale assistance publique CGT (Usap-CGT) alerte sur les conditions de travail des personnels de services d’urgence, qui manifestent dans les rues de la capitale ce jeudi.

Ces derniers protestent pour alerter une nouvelle fois sur le cruel manque de moyens qui leur sont alloués. Dans tout l’Hexagone, ce sont plus de 80 services qui se sont mis en grève pour pointer du doigt leur situation. Sur les panneaux des manifestants, les slogans sont les suivants : "Agnès, réveille-toi ou remplace-moi", "Urgences en souffrance" ou encore "Soignants méprisés, patients en danger".

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Dans le communiqué du syndicat, celui-ci déplore, "alors que le mouvement de grève dure depuis plus de cinquante jours", "l’absence de prise en compte des revendications posées depuis plusieurs semaines maintenant".

"Il faut embaucher certes, mais après il faut garder les gens en poste"

Et pour cause, le mois dernier, Konbini news avait consacré un article à la grève illimitée des urgences. Rose-May Rousseau, une ancienne infirmière, nous avait expliqué les motifs de protestation : des cadences intenables, des suppressions de postes, un manque de moyens, des salaires gelés et des agressions qui se multiplient. Ils demandaient notamment une prime de 300 euros nets mensuels pour les agents des urgences.

"Jusqu’à maintenant et pendant des années, ils ont masqué le sous-effectif. Maintenant, il est temps que les choses reviennent à un autre niveau", avait-elle plaidé, avant de s’insurger : "On ne fait pas du fric avec la santé des gens !"

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Cette dernière, également secrétaire générale de l'Usap-CGT, nous avait expliqué que ces sous-effectifs "toute l’année" provoquaient des délais d’attente dangereux pour la santé des patients, prenant l’exemple de personnes âgées que l’on fait patienter sur des brancards dans les couloirs pendant des heures. Et de plaider :

"Comme les gens n’ont pas accès à un médecin après 18 heures, ils se dirigent vers des urgences. C’est ça qui provoque l’allongement des délais d’attente. On ne peut pas avoir dix ou douze heures d’attente sur des brancards. Les urgences doivent être de moins de trois heures d’attente. C’est ce qu’on voudrait qu’Agnès Buzyn comprenne."

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Eh bien, un mois plus tard et malgré la poursuite du mouvement de grève, rien ne semble avoir vraiment bougé. Konbini news a interrogé Hugo, infirmier à l’hôpital Lariboisière et en grève illimitée. Avant de se rendre à la manifestation, il a pris le temps de nous rappeler les revendications principales des personnels grévistes, qui sont :

"L’augmentation structurelle avec une augmentation des places d’aval, la non-fermeture des services d’urgence la nuit, l’augmentation du nombre de lits et des effectifs en fonction du besoin exprimé par les services ainsi qu’une augmentation de la masse salariale qui soit équivalente à l’augmentation de l’activité."

Le jeune homme rappelle : "Les effectifs, ça ne fait pas tout : il faut embaucher certes, mais après il faut garder les gens en poste et donc on demande une hausse du salaire mensuel de 300 euros nets." Rien de nouveau, donc : après plus d’un mois et demi, le discours de cet infirmier est exactement le même que celui de Rose-May Rousseau.

Et pour cause : depuis avril, la situation ne semble pas avoir bougé d’un iota. Les personnels regrettent qu’il n’y ait eu aucun pas vers eux de la part du ministère de la Santé, explique Hugo. La situation est la même, voire s’est aggravée, puisque de plus en plus d’effectifs, en plus d’être en grève, ont été placés en arrêt maladie. À ce sujet, Hugo témoigne :

"Je ne suis pas surpris du nombre d’arrêts maladie quand on voit l’état d’épuisement du personnel après deux mois et demi de grève sans aucune réponse du gouvernement et quand on voit ce qui se passe à Lons-le-Saunier, c’est strictement inacceptable."

Pour Agnès Buzyn, ces arrêts maladie sont "une surcharge pour les autres"

La référence à Lons-le-Saunier n’est pas anodine. En effet, depuis quelques jours, une polémique est née après que des soignants des urgences de la ville ont été réquisitionnés par des gendarmes sur ordre du préfet pour assurer les missions de soin à l’hôpital.

En effet, ces derniers, quand bien même en arrêt maladie, ont été contraints par la loi de se rendre sur leur lieu de travail. L’article L3131-8 du Code de la santé publique indique :

"Si l’afflux de patients ou de victimes ou la situation sanitaire le justifie, le représentant de l’État dans le département peut procéder aux réquisitions nécessaires de tous biens et services, et notamment requérir le service de tout professionnel de santé, quel que soit son mode d’exercice, et de tout établissement de santé ou établissement médico-social dans le cadre d’un dispositif dénommé plan départemental de mobilisation.

Il informe sans délai le directeur général de l’agence régionale de santé, le service d’aide médicale urgente et les services d’urgences territorialement compétents et les représentants des collectivités territoriales concernées du déclenchement de ce plan."

D’après l’article L4163-7 du Code de la santé publique, le fait, "pour un médecin, de ne pas déférer aux réquisitions de l’autorité publique", est passible d’une amende de 3 750 euros.

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Lors d’une interview sur France Inter le 4 juin, Agnès Buzyn avait critiqué les personnels en arrêt maladie, déclarant que leur action contribuait à "dévoyer ce qu’est un arrêt maladie" et expliquant penser que "ça n’est pas bien". Puis la ministre a poursuivi :

"Ça entraîne une surcharge pour les autres. Nous l’avons vu à Lons-le-Saunier, ce sont les ambulanciers, ce sont les pompiers, ce sont la médecine privée et les médecins libéraux qui ont pris en charge tous les patients."

Et de conclure : "En réalité, en faisant cela, on accroît la fatigue des autres." Des propos auxquels Hugo rétorque : "Cette surcharge de travail est liée aux politiques de santé et elle est permanente." Pour l’Usap-CGT, "les actions [de ces personnels] doivent être considérées comme celles des lanceurs d’alerte".

Un nouveau rassemblement est prévu mardi 11 juin devant le ministère de la Santé pour "dire stop à la dégradation [des] conditions de travail". Pour l’heure, une rencontre était envisagée à 15 heures aujourd’hui.

Par Astrid Van Laer, publié le 06/06/2019

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