Paris, le 6 septembre 2019. © Ludovic MARIN / AFP

Affichage contre les féminicides : des militantes interpellées à Paris et à Lyon

Pour le collectif, ces arrestations sont "indécentes et intolérables".

"Elle le quitte, il la tue" : depuis plusieurs semaines, des inscriptions chocs de ce genre ont inondé les murs de la capitale et autres grandes villes françaises pour interpeller les citoyens, mais aussi et surtout le gouvernement, au sujet du fléau des nombreux féminicides. Le 5 novembre dernier, #NousToutes en comptabilisait 129 depuis le début de l'année. 

Dans la nuit de dimanche 3 au lundi 4 novembre, des militantes qui collaient des affiches contre les féminicides sur les façades des tribunaux de 27 villes ont été interpellées à Paris et à Lyon, nous a fait savoir Chloé Madesta, une militante du collectif.

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Sur les affiches figurait le message suivant : "Féminicides, État coupable, justice complice". Le but de l’action était de "dénoncer l’inaction de l’État et des services de police dans la prise en charge des femmes victimes de violences conjugales et de féminicides".

Elles étaient au nombre de sept. Trois ont été interpellées dans le XVIIe arrondissement de Paris, et quatre dans la capitale des Gaules. À Lyon, les militantes ont été emmenées au commissariat pour y être interrogées. Lors de l’interrogatoire, le combat du collectif aurait été "décrédibilisé" par les forces de l’ordre avec "des phrases complètement indécentes comme le fait que notre arrestation leur faisait perdre du temps pour arrêter les agresseurs et sauver les femmes battues."

"C’est d’une indécence absolue puisque la plupart du temps, on ne répond pas lorsque ces femmes appellent", poursuit la militante interrogée. Questionné sur l’illégalité de l’affichage sauvage, le collectif a une position ferme et répond avec la légitimité de son combat :

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"On est choquées et révoltées par ces arrestations-là car encore une fois, on se rend compte que la police est plus rapide à arrêter des militantes activistes qui luttent contre les féminicides qu’à arrêter les hommes qui perpétuent ces mêmes violences.

Quand on voit que quand on va coller, ça nous prend trois minutes et les flics arrivent en deux minutes mais que si l’on appelle pour des faits de violences, on refuse de se déplacer, on trouve ça indécent et intolérable".

"On ne va pas se déplacer pour une dispute"

En septembre dernier, Konbini news avait rencontré l’instigatrice du mouvement, Marguerite Stern, qui nous avait expliqué le but du projet : "on veut que l’État agisse. Et le moyen d’action, c’est d’inonder les rues de Paris et de toute la France de nos messages pour pouvoir sauver nos sœurs."

Konbini news avait par la même occasion suivi ces militantes pendant une action nocturne à Paris. L’une d’elles, Camille Lextray, nous avait alors déjà expliqué des faits similaires :

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"Vendredi soir dernier, on était sept à coller. On s’est, toutes les sept, fait verbaliser. Les policiers sont arrivés au bout de trois minutes. Le nombre de témoignages de personnes qui appellent la police pour dénoncer les violences conjugales et qui nous relatent que la police ne les écoute pas, que la police leur dit : 'on ne va pas se déplacer pour une dispute' !"

La jeune femme avait conclu par ce triste constat, toujours autant valable aujourd’hui : "En France, on est arrêté plus facilement aujourd’hui quand on colle des affiches contre les féminicides que quand on commet un féminicide."

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Par Astrid Van Laer, publié le 06/11/2019

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