À Vaulx-en-Velin, des enfants dorment à l’école pour ne pas passer la nuit dehors

Dans la banlieue de Lyon, le collectif Jamais sans toit se mobilise afin que 50 enfants sans domicile ne dorment pas dans la rue.

(© Jamais sans toi, via Twitter)

"Nous dormons à l’école pour que des enfants ne dorment pas à la rue." Ce sont les mots que l’on peut lire sur des banderoles suspendues devant trois écoles élémentaires de Vaulx-en-Velin, une banlieue populaire de Lyon.

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Depuis 15 jours, 50 enfants et leurs familles sans domicile occupent les écoles Croizat, Grandclément et Wallon. Leurs profils sont variés (ils sont migrants, sans papiers ou citoyens français), mais tous sont à la rue. Dans ces écoles, dès 18 heures, les salles de classe deviennent donc des dortoirs afin d’accueillir ces enfants de tous âges et leurs proches.

"On ne peut pas laisser les camarades de nos enfants à la rue"

Depuis deux semaines, Jamais sans toit (un collectif de citoyens, de parents d’élèves et d’enseignants qui soutient les enfants scolarisés et sans logement de la métropole lyonnaise), se mobilise pour ces familles. Isabelle, membre du collectif et institutrice à l’école Wallon, nous explique que l’association ne cherche pas "à faire la charité", mais en appelle à la responsabilité de l’État afin que la loi soit appliquée.

Car selon l’article L. 345-2 du code de l’action sociale et des familles, "toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique et sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d’hébergement d’urgence". Magali est parente d’élève à l’école Grandclément et très active dans le collectif. Dix élèves de l’école de sa fille sont sans logis. "Des liens se sont créés. On ne peut pas laisser les camarades de nos enfants à la rue", explique-t-elle.

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Le collectif Jamais sans toit alerte les pouvoirs publics sur la situation de ces 50 enfants depuis septembre. Pourtant, rien ne se passe : la mairie (PS) de Vaulx-en-Velin et la préfecture ne cessent de se renvoyer la balle. Des demandes d’audience ont été faites auprès de la préfecture, qui refuse de recevoir les familles. La mairie, quant à elle, ne semble pas vouloir faire de la situation de ces familles une priorité. Notons que les opérations d’occupation d’écoles de ce type ne sont pas une première dans la commune.

Droit de réquisition

L’immobilisme des pouvoirs publics est d’autant plus insupportable pour les membres du collectif que des solutions s’offrent à eux. "Trois logements chauffés sont vacants et disponibles juste au-dessus de l’école Grandclément", nous informe Magali.

Jamais sans toit souhaite que la mairie fasse jouer son droit de réquisition sur les 1 200 logements qui seraient vacants à Vaulx-en-Velin. En région parisienne, plusieurs maires ont fait valoir ce droit pour pallier la crise du logement dans leur ville, comme le maire de Montreuil en septembre dernier, ou bien Anne Hidalgo à Paris, il y a peu.

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Ce soir, les élèves de Croizat, Grandclément et Wallon seront en vacances et les trois écoles vont donc fermer leurs portes pour deux semaines. Instituteurs, parents d’élèves et riverains ont réussi à s’organiser pour offrir un toit à ces enfants et leurs familles pour les vacances, mais ils refusent de faire le travail de l’État. L’occupation des écoles recommencera dès la rentrée scolaire, jusqu’à ce qu’une solution soit trouvée.

Par Manon Marcillat, publié le 21/12/2018

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