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À la veille du retour au bureau en présentiel, les cas de burn-out explosent

Publié le

par Pauline Ferrari

© mapodile / Getty Images

Le taux de surmenage chez les salariés a doublé en un an.

Avec le récent calendrier de déconfinement, le 9 juin marquera le retour progressif de certains salariés en présentiel, quelques jours par semaine, après plus d’un an quasi exclusivement en télétravail. Selon un baromètre de la santé psychologique des salariés français, réalisé par OpinionWay, les burn-out "explosent" à la veille de ce retour au bureau, et la détresse psychologique des salariés reste élevée.

"Le taux de burn-out a doublé en un an, culminant à 2 millions de personnes en burn-out sévère", constate Christophe Nguyen, à la tête du cabinet franco-québécois Empreinte Humaine, spécialisé dans la prévention des risques psychosociaux (burn-out, dépressions, suicides…), en présentant la septième vague de ce baromètre depuis le début de la crise du Covid-19.

Les indicateurs de l’état psychologique des salariés demeurent par ailleurs "très inquiétants" avec 44 % des salariés en détresse psychologique dont 17 % élevée, selon l’enquête. Celle-ci relève également que six salariés sur dix estiment que leur direction "ne se rend pas compte de l’état psychologique des salariés et n’agit pas en fonction". Le taux de dépression nécessitant un accompagnement chez les salariés reste à 36 % (dont 21 % risquant une dépression sévère) et 56 % des salariés au chômage partiel présentent un "risque dépressif".

Cet "épuisement professionnel sévère" se traduit, selon Christophe Nguyen, par une forme de "déshumanisation" avec "des gens qui fonctionnent comme des robots pour se protéger de leurs émotions" et qui "s’autocensurent" par crainte d’en parler. En effet, les questions de santé mentale restent taboues, y compris au sein du milieu professionnel. Le directeur d’Empreinte Humaine estime qu'"avec de tels chiffres, dans un contexte de retour dans les bureaux, on peut s’attendre malheureusement à une nouvelle explosion des arrêts maladie dans les prochains mois".

Avec le déconfinement, la peur d’une crise psychologique collective

La septième vague du baromètre "Impact de la crise sanitaire sur la santé psychologique des salariés" a été réalisée en ligne du 30 avril au 10 mai 2021 auprès d’un panel représentatif de 2.007 salariés selon la méthode des quotas. Selon cette enquête, dans la dernière année, 15 % des salariés disent avoir été absents pour raison de santé psychologique, avec une moyenne de 2,83 jours d’absence par salarié.

L’incertitude de la crise sanitaire et de son impact sur la vie économique et professionnelle pèse également, puisqu’un quart des salariés interrogés disent avoir "peur de perdre leur emploi"; c’est le cas de 39 % de ceux en chômage partiel. Pour de nombreux secteurs, la pandémie a été dévastatrice : on estime à 360 500 le nombre d’emplois détruits dans le secteur privé, en France, en 2020.

En matière de santé mentale et d’impact psychologique, la fonction la plus exposée reste celle de manager, avec 52 % d’entre eux en détresse psychologique. Six managers sur dix disent ne pas pouvoir faire leur travail comme ils le souhaiteraient, eu égard à "la taille des équipes" pour la moitié d’entre eux. Les télétravailleurs sont aussi plus exposés avec 46 % d’entre eux en détresse psychologique que leurs collègues en présentiel (40 %) mais huit sur 10 veulent continuer à télétravailler à raison de un à trois jours par semaine.

Les conséquences de la santé mentale sur le physique

Car le retour en présentiel ne ravit pas tout le monde : la moitié des télétravailleurs ne veulent "pas revenir au bureau comme avant", et disent craindre "de ne pas pouvoir faire les mêmes amplitudes horaires" que pendant les confinements et ne pas tenir la charge de travail.

La santé mentale a également des conséquences sur la santé physique : le stress chronique et le bouleversement de nos modes de vie contribuent à dérégler notre organisme. 40 % des personnes interrogées déclarent avoir des problèmes de sommeil, 37 % des douleurs et tensions musculosquelettiques, 19 % des problèmes digestifs, 26 % des maux de tête et 10 % des nausées.

Après plus d’un an de crise sanitaire et de confinements, de nombreux spécialistes alertent sur les conséquences psychologiques de la pandémie. Dépression, anxiété, troubles du sommeil, addictions… Selon eux, le monde d’après devra surtout s’attacher à soigner nos maux intérieurs.

Konbini news avec AFP

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