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120 personnes dont au moins 2 positives au Covid seraient enfermées à Roissy

Publié le

par Lila Blumberg

© Jean-Pierre REY / Gamma-Rapho via Getty Images

Plus de la moitié de ces personnes seraient d’origine indienne.

Selon l’Association nationale d’assistance aux frontières pour les étrangers (Anafé), 120 personnes, dont plus de la moitié seraient de nationalité indienne, seraient maintenues en zone d’attente à Roissy, pour certaines depuis près de dix jours. L’association, qui était sur place mardi et mercredi, dénonce les conditions sanitaires dans lesquelles ces personnes seraient enfermées.

Les personnes maintenues en zone d’attente le sont pour trois raisons : soit elles demandent l’asile, soit elles ne remplissent pas les conditions pour entrer sur le territoire (passeport, visa, assurance, etc.), soit elles sont en transit interrompu (le pays d’où elles viennent et le pays où elles souhaitent se rendre sont en dehors de Schengen, mais elles font une escale à Roissy).

La plupart des ressortissants indiens sont demandeurs d’asile ou en transit interrompu. Sur les 120 personnes enfermées, 61 ont demandé l’asile en France.

Contactée par Konbini news, Laure Palun, directrice de l’Anafé, affirme que deux personnes auraient été testées positives au Covid-19. L’une d’elles serait présente dans la zone depuis le 16 avril.

Konbini news | Que dénoncez-vous ?

Laure Palun | Pas d’aération des locaux, pas de distanciation, pas de tests sur demande même en cas de symptômes, pas de libre accès au savon et masques. On dénonce l’enfermement alors que l’on sait que les mesures de protection ne sont pas suffisantes.

Si des masques peuvent parfois être distribués et qu’un médecin peut être présent, ça reste très dangereux pour le personnel, mais surtout pour les personnes enfermées 24 heures sur 24. On voudrait que les gens ne soient pas en zone d’attente. C’est trop dangereux, on ne peut pas assurer les gestes barrières.

En ce qui concerne les tests PCR, ils sont pratiqués majoritairement quand les personnes sont symptomatiques ou lorsqu’un vol est prévu pour les refouler. Ils sont surtout utilisés pour mettre en œuvre la politique d’éloignement.

Les personnes positives sont-elles isolées ?

Quand une personne est positive en zone d’attente, elle est placée dans une cellule d’isolement, seule ou avec la personne avec qui elle partageait sa chambre. La personne "cas contact" est donc isolée avec la personne contaminée, ce qui représente beaucoup de risques pour elle.

Les cellules d’isolement disciplinaires sont, normalement, très peu utilisées en zone d’attente pour personnes en instance (Zapi) et les personnes contaminées devraient être installées dans des chambres pour personnes malades. On dirait vraiment des geôles. La dernière fois, deux personnes positives étaient en cellule d’isolement…

Est-ce la pire situation sanitaire à laquelle vous avez assisté ?

En six ans, j’ai rarement vu autant de personnes en zone d’attente. 80 personnes, c’est régulier hors temps de Covid, mais 120 personnes en pleine pandémie…

Il y a déjà eu des situations inquiétantes. Par exemple, le 31 mars, 70 personnes, dont 12 enfants et 46 demandeurs d’asile, étaient enfermées à Roissy. Mais là, c’est la première fois depuis le début de la crise sanitaire qu’autant de personnes sont enfermées en même temps dans la zone d’attente de Roissy, la plus grande de France.

Quelles sont les solutions ?

On est pour la prise en charge médicale si les personnes sont malades. Il faudrait qu’elles puissent être libérées et soignées sur le territoire. Quand des personnes sont positives au Covid, la préfecture doit pouvoir leur faire un arrêté de mise en quarantaine pour qu’elles puissent sortir des zones d’attente et s’isoler.

On en revient à la fermeture de ces lieux d’enfermement. En les laissant ouverts, soit des personnes vont se contaminer entre elles, soit elles seront refoulées et, potentiellement, diffuseront le virus ailleurs.

"Le maintien […] dans un lieu d’enfermement […] expose à un risque particulier de contamination"

Depuis le début de la pandémie, plusieurs associations ont alerté les pouvoirs publics sur la dangerosité d’un maintien en zone d’attente. Dans un avis du 28 avril 2020, la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) s’inquiétait déjà "que la défense de l’ordre public sanitaire ne l’emporte trop souvent sur la protection des droits et libertés, comme peuvent déjà le laisser craindre certaines décisions, en particulier celles relatives à la prolongation de plein droit des détentions provisoires […] et de la libération des étrangers placés en centres de rétention administrative (CRA)".

Elle relevait également "que le maintien de ces derniers dans un lieu d’enfermement les expose à un risque particulier de contamination. À cela s’ajoute une contradiction, s’agissant des étrangers placés en CRA, puisque leur maintien en rétention a pour finalité un éloignement que la fermeture des frontières interdit".

52 des 120 personnes ont été présentées aujourd’hui au juge des libertés et de la détention. L’Anafé espère leur libération. Contacté au sujet de la situation de ces personnes à Roissy, le Service d’information et de communication de la Police nationale n’a pas encore répondu à notre sollicitation.

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