© Pawita Warasiri / EyeEm / Getty Images

Témoignage : l'urgence écologique a bouleversé mon mode de vie

Depuis que j'ai réalisé l'ampleur du désastre écologique, je ne veux plus participer à ça.

À 15 ans, je rêvais d’être responsable de mon appartement, de mes repas, de mon budget… À 18 ans, j’étais enfin cet étudiant libre et autonome, partageant ma vie avec ma copine. Finis les "À table !" inopinés et les sorties sur autorisation.

Aujourd’hui, j’ai 20 ans. L’appartement est propre, nos comptes sont au vert. Je vis chaque jour un peu plus par moi-même. Pourtant, ma vision de l’autonomie a changé. De nouvelles préoccupations prennent en moi une place toujours plus grande. Changement climatique, menaces sur la biodiversité, destruction des écosystèmes…

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Mon mode de vie est aujourd’hui remis en question

Par mes lectures, je prends conscience du rôle actif de l’espèce humaine dans ces grands bouleversements. Les prévisions des scientifiques quant à leurs conséquences à moyen et à long termes remettent en cause le mode de vie que j’essayais d’adopter. L’indépendance matérielle dont j’avais tant rêvé me semble aujourd’hui bien futile.

Pendant ma première année d’études, je me suis nourri de doses d’aliments industriels ultra-transformés, j’ai travaillé dans des fast-foods et dépensé mon salaire pour m’habiller dans la fast-fashion – ces temples de la consommation aux conséquences environnementales si lourdes… Comment se dire autonome, lorsque notre mode de vie participe à un système qu’on ne cautionne pas ?

Ma transition écologique : quel chantier !

Impossible de ne pas prendre conscience de l’absurdité de l’obligation de produire pour avoir un revenu décent, alors que produire rend invivable la vie sur Terre. Face à ces réalités aussi tristes que révoltantes et parce que les générations futures, c’est déjà nous, j’ai décidé d’adopter un nouvel imaginaire de vie et d’entrer en transition écologique.

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Mais quel chantier ! Déjà, la cuisine. Le jambon est bien pratique comme solution de repas rapide et efficace, mais les colorants pour le rendre rose ainsi que la consommation démesurée de ressources naturelles et l’émission de gaz à effet de serre causés par l’élevage de masse, ça ne me correspond plus.

Pour diminuer mon impact sur l’environnement, je réorganise mon quotidien en cuisinant moi-même les repas de la semaine, à partir d’aliments bruts et sans emballages et en prenant en compte la saisonnalité et le lieu de production. De cette manière, je me réapproprie ce que je mange et donne de la valeur à mes repas.

Une vie plus sobre peut aussi être désirable

Face à ce défi, je prends conscience qu’une vie plus sobre peut aussi être désirable. L’an dernier, nous sommes partis avec ma copine neuf jours en voyage itinérant, parcourant 416 kilomètres à vélo le long de la Loire, de Paris jusqu’à Tours, avec tentes et sacs à dos. De vraies "vacances en transition".

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Expérimentant de nouvelles manières de voyager, plus largement d’habiter le monde, c’est un grand nombre de normes qui sautent. Sur mon vélo, je décide de ne dépendre que des éléments naturels, de la météo et de mon corps. J’apprends chaque fois l’humilité et le goût de l’effort, dont on ne peut attendre ni reconnaissance sociale ni mérite. Je me surprends à questionner un peu plus mon existence, et à rêver ainsi d’un travail épanouissant et indépendant de sa valeur marchande.

Maintenant, la prochaine étape de ma transition écologique consistera à ne plus acquérir d’objets neufs. Cela va demander une remise en question supplémentaire, mais j’ai confiance. L’écologie, ça n’est pas une contrainte. La mesure de mon impact environnemental devient une boussole pour la construction d’une vie qui me ressemble, plus sobre et plus consciente. Plus autonome, finalement.

Loïc, 20 ans, volontaire en service civique, Paris

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Ce témoignage provient des ateliers d’écriture menés par la ZEP (la Zone d’Expression Prioritaire), un média d’accompagnement à l’expression des jeunes de 15 à 25 ans, qui témoignent de leur quotidien comme de toute l’actualité qui les concerne.

Par La Zep, publié le 13/03/2020